Un amour pendant la guerre

D'Osvalde Lewat

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3,5 millions de morts et les femmes comme principales victimes : ce double bilan de cette guerre qui ne veut pas s’achever à l’est de l’ex-Zaïre sert de trame au film de la Camerounaise Osvalde Lewat qui vit aujourd’hui à Kinshasa. Puisque la guerre, ce sont les hommes qui s’affrontent comme des coqs et les femmes qui la subissent dans un pays coupé en deux, Osvalde Lewat prend un couple pour sujet, que la guerre sépare et qui se retrouve et tente de revivre ensemble après six ans de galère et de distance. En flash-back pour respecter le temps du récit, Aziza et Didier racontent ces dures années à 2000 km de distance, entre Kinshasa et Bukavu. Ces interviews un peu figées ou ces reconstitutions familiales peu naturelles ne sont pas ce qu’on retient le plus d’un film qui se fait plus émouvant au fur et à mesure qu’il permet de saisir le tragique du vécu des populations et de la condition féminine. L’émotion ne vient pas du zoom sur le visage d’Aziza qui se met à pleurer mais de l’alternative qu’offre ce film aux images télévisuelles indifférenciées de masses souffrantes. En nommant cette famille, en la filmant dans son quotidien avec les enfants, en expliquant par le menu leurs aventures passées, il restaure à ces Africains leur statut d’être humain dont chaque douleur est respectable et tout aussi scandaleuse qu’elle l’est partout ailleurs.
La guerre laisse des traces : « Tu as changé. Tu t’énerves pour des riens contre les enfants », dit Aziza à Didier qui a du mal à reprendre sa place. A l’extérieur, les femmes manifestent pour la paix, les mains sur la tête. Journaliste, Aziza enquête sur les femmes violées, retrouve son amie Feza, dont les militaires ont abusé en cascade à 13 ans et qui prend soin de sa fille Judith qui en est née. Elle suit Venantie, engagée auprès des femmes violées, qui en explique le sens stratégique : pression psychologique, déséquilibre des populations contre l’autodétermination. Le film se meut en reportage : « le monde doit savoir que ça se fait et qu’un des aspects cachés de la guerre est ce que vivent les femmes dans les villages », dit un responsable du Centre contre les violences sexuelles qui a identifié 9000 cas de femmes violées et souvent mutilées.
La piste de l’intimité d’un couple pour témoigner de la guerre débouche ainsi sur la violence faite aux femmes par le biais journalistique. Ce n’est plus la réalisatrice qui construit mais la gravité de la réalité qui s’impose à elle. Le documentaire cède la place aux documents, autour d’une question commune : comment se reconstruire après le traumatisme ? On verra ainsi évoqué un travail théâtral avec les femmes et les enfants qui leur permet de rejouer les chocs pour les exorciser. Quant au couple d’Aziza et Didier, la thérapie est dans le dialogue et le partage des manques. En les forçant à la parole, ce film n’en est-il pas la première pierre ?

///Article N° : 3954

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