Cinéma/TV

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Entretien d'Olivier Barlet avec Leïla Kilani

Lussas, août 2003

C’est votre premier film et un coup de maître : qu’est-ce qui vous a amené au cinéma ? Je suis historienne de formation. Ce film était porté par la grâce : je l’ai écrit comme une obsession, une évidence. Je n’ai jamais cherché à faire du cinéma : c’est une histoire que j’ai cherché à raconter et un vocabulaire s’est imposé qui était fait d’images et de sons. J’ai écrit ce film et l’ai envoyé au CNC qui m’a accordé l’aide à l’écriture. Par la suite, France 3 organisait un concours de jeunes auteurs et j’ai pu tourner dans la foulée. C’était comme un…

De François Christophe

« Il filme pour Yelli » : avec sa caméra, François Christophe fait le lien entre Yelli, émigré en Italie et sans papiers, ne pouvant revenir, et sa famille au Sénégal. Tout ce qui est dans cet échange où le film se fait lettre, pris en mains par ceux qui cherchent ainsi à communiquer, est magnifique : les messages sont émouvants, les timidités très physiques se révèlent, une sorte de spontanéité s’installe comme lorsqu’on s’envoie des cassettes audio à défaut d’écrire sur du papier. Et le film serait ainsi très beau s’il n’y avait pas le reste, ces effets d’images pour transmettre…

De Djamila Sahraoui

Dans Algérie, la vie quand même, Djamila Sahraoui retournait dans le « bled » où elle a grandi pour saisir la vie des jeunes à l’époque des massacres et du terrorisme d’Etat qui tue l’espoir. On y voit les jeunes « hédistes » (mur, hed en arabe), ces jeunes qui se nomment eux-mêmes « analphabètes bilingues » (arabe/français), éternellement adossés à un mur, jouer d’humour et d’autodérision (un sport national en Algérie, dira la réalisatrice). Lorsque ces jeunes ont vu le film sur Arte, ils se sont rendus compte que leur ville avait une allure de bidonville. Le contrat fut alors d’y revenir filmer à condition…

D'Emmanuelle Bidou

Emmanuelle Bidou, mariée à un musicien zoulou dont elle a un enfant, parle la langue du Natal. Cela ne fut pas rien dans la réussite de son film-témoignage sur les femmes d’un village qui restent seules onze mois de l’année pendant que leur mari travaille sur les chantiers de Johannesburg ou de Durban. Souvent au chômage, ils ne rapportent que peu d’argent et la vie des femmes s’apparente à la survie. La vente des paniers traditionnels longuement tissés leur permet juste de nourrir la famille. « Je ne suis pas mariée pour me faire nourrir mais pour me faire baiser », lâchera…

De Christian Lelong et Pierre Mortimore

Des femmes pilent, des dromadaires passent… Dans le quotidien s’inscrit une radio locale, que chacun écoute en vaquant à ses occupations. Les reporters de Nomade FM chassent l’info : habitat traditionnel, réunion des notables du Sultan, groupement de femmes qui parlent en tricotant ou vannant… Une émission sur la religion et la tolérance est évoquée parce que justement, elle n’est pas très tolérante. Une réunion de femmes à l’école coranique contre le mariage précoce, une pièce de sensibilisation contre le mariage forcé dans les locaux sommaires de la radio… Scènes captées au hasard d’une présence, tranches de vies d’une radio…

De Farida Benlyazid

Casablanca Casablanca est typique des films qui confondent énoncé et énonciation. Non seulement tout est dit, mais dès qu’une action a fini de démontrer ce qui devait être dit, la morale en est tirée dans une conversation entre les acteurs. Cela ne veut pas dire que ce qui est dit n’est pas intéressant : la corruption en vigueur au Maroc dans les milieux des affaires et de la politique y est dénoncée sans ambages. Il est clair que le simple fait de dire les choses est important pour un public habitué à beaucoup de censure et que là réside le principal…

De Regina Fanta Nacro

Dans un style alerte, voici le combat d’une femme aux prises avec son époux féodal. Au comédien Hyppolite Ouangrawa, qui avait déjà joué dans Un certain matin, son premier court métrage, la réalisatrice confie le rôle du menuisier Abel, dépeint comme un conservateur réfractaire au mouvement d’émancipation des femmes. Le personnage de Bintou est incarné par l’actrice Alimata Salouka Koné, aussi naturelle que convaincante dans sa composition de femme battue. Humiliée par son époux devant ses enfants et les voisins, elle ne se résigne point. Au refus de son époux d’inscrire sa fille à l’école au même titre que ses…

D'Ingrid Sinclair

Malgré d’évidentes intentions pédagogiques, « Riches » émeut et convainc. L’enseignante Molly dégage une belle énergie dans sa tentative de s’ancrer dans son pays d’accueil après avoir quitté l’Afrique du Sud de l’apartheid. Ses désillusions n’en seront que plus vives mais n’entameront pas sa dignité et c’est là le grand message de ce beau film : ne jugeons pas l’Afrique sur les apparences de la pauvreté. Adapté d’une nouvelle de Bessie Head, grande écrivaine sud-africaine aujourd’hui disparue, « Riches » nous apprend, comme la jeune fille du conte que raconte l’institutrice à ses élèves, à creuser toujours plus loin pour déceler au fond du…

De Ngozi Onwurah

Quand la détermination sociale empêche d’espérer sortir de son rang sans un miracle, ne reste plus que la loterie ou le sport… Ou bien vendre son âme au diable, comme la légende que raconte Robert Johnson dans le film. Kwame aurait eu le sport : il est super bon en basket. Mais il lui faut de bonnes chaussures pour convaincre l’entraîneur américain de le tirer de là – et le voilà entraîné dans un coup foireux. L’intention crève l’écran, illustrée par de longs plans de regards soulignés par l’éclairage, des ralentis et une musique dramatique. Le scénario (qui ne donne…

De Zulfah Otto-Sallies

Un brin de sociologie (le milieu indien en Afrique du Sud) et de morale (faire confiance en son enfant) habillent le message asséné par ce film au scénario fort prévisible : le crime ne paie pas (en l’occurrence, dealer). Les effets de perspective et la musique pénétrante ne servent pas vraiment le propos mais ici encore, comme dans la plupart des films de la série Mama Africa, c’est la détermination qui emporte l’intérêt : celle d’une femme qui se bat pour élever son enfant, ne choisissant pas forcément les bons moyens parce que confrontées aux difficultés de la vie. Il…

1997 et 1999

Renaissance du cinéma – Le fait que j’ai disposé d’une bourse de l’Etat gabonais, pour financer mes études à la FEMIS  (1) dénote un certain intérêt pour le cinéma de la part de celui-ci. D’ailleurs, je ne suis pas le seul, car il y a également une compatriote, Arlette Gombomoye, qui elle a suivi une formation de producteur. Maintenant peut-on parler à partir de là de redémarrage du cinéma gabonais ?!… Ce qui est certain, c’est qu’il faut mettre en place un environnement pouvant favoriser la création. Nous devons donc être à plusieurs pour insuffler cette dynamique. Car depuis les…

Abidjan, 1997

Galères Entre mes deux long-métrages, Djeli (1) et Wariko (2), il y a douze ans d’écart. Aucune structure ne me permettait de démarrer la production en Côte d’Ivoire. La télévision nationale aimait le scénario mais n’osait pas s’engager, ne sachant pas ce que cela allait donner : tout le monde à peur du cinéma et de ce qu’il peut exprimer. En 1989, j’ai reçu une aide de 120 OOO FF d’un organisme suisse. Je suis tombé ensuite dans les griffes d’une maison de production française, la World Film Company, qui n’était que du vent. Dès que j’avais signé le contrat en Côte d’Ivoire l’autorisant…

De Yamina Bachir-Chouikh

En quelques images, l’ambiance est là. Rachida a une vingtaine d’années, institutrice à Alger. Un ancien élève veut l’obliger à déposer une bombe dans son école. Elle refuse et on l’abat, sur place. Elle s’en tirera, s’échappera d’Alger pour se réfugier avec sa mère dans un village, mais la violence est partout… Voilà six ans que Yamina Bachir-Chouikh, monteuse dont c’est le premier film, essaye de tourner ce premier long métrage produit et tourné en Algérie depuis que son mari Mohamed Chouikh avait tourné « L’Arche du désert », sorti en 1997. Reflétant les pires années du terrorisme, il est poignant, déchirant,…

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De Bernard Debord

Kanembwa, Tanzanie. Depuis 1994, des réfugiés burundais y sont parqués dans un camp s’étendant sur 10 kilomètres. D’autres arrivent chaque jour par petits groupes. Mais ce ne sont pas des images terrifiantes et esthético-putassières à la Salgado : ici, la promiscuité est limitée, la pauvreté certes mais pas la misère – chacun a sa parcelle à cultiver et de l’espace. Certains arrivent même à faire de petits boulots en douce dans les villages voisins pour améliorer l’ordinaire. Sans jamais en rajouter dans un commentaire qui ne se veut que personnel et informatif, Debord prend le temps de faire connaissance : il rencontre…

De Jihan El Tahri

Comme dans L’Afrique en morceaux, son remarquable documentaire sur l’Afrique des Grands lacs, la documentariste Jihan El Tahri ne s’encombre pas de soucis de création. Son but est essentiellement pédagogique : trouver les bonnes personnes à interviewer pour analyser une situation en prenant un exemple spécifique. La clarté de la démonstration est son souci majeur et fait bien sûr la force de son travail. Ici, sur la question de l’aide alimentaire, le rôle joué par les Etats-Unis qui contribuent de façon considérable au Programme alimentaire mondial (PAM) est mis en accusation de façon irréfutable : les arguments des uns et des autres…

Faiblesse de production oblige, les sélections cannoises ne comportaient qu’un film centrafricain et deux marocains. Pourtant, des systèmes d’aide existent. Mais alors même que tous se mobilisent contre le rouleau compresseur américain pour défendre la diversité culturelle dans le monde, l’enjeu est de savoir si l’Europe, en aidant la production d’images du Sud, se pose comme un passage obligé ou si elle permet aux pays du Sud de structurer une industrie apte à produire ses propres images. En somme, si on préfère un jeu de ping-pong Europe-Amérique ou un véritable multilatéralisme culturel. Le festival de Cannes 2003 a été le…

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Le jury de Cannes junior entouré de son directeur Jean Burtschell et de Serge Ada, directeur de TV5 © OB
Les limousines des vedettes alignées à côté du Palais des festivals © OB
Mille mois, de Faouzid Bensaïdi
Le Silence de la Forêt, de Didier Ouenangaré et Bassek ba Kobhio




Dans chaque numéro d’Africultures, le guide succinct des films sortis en France. On trouvera sur africultures.com les critiques complètes des films ainsi que les interviews avec les réalisateurs et acteurs, à consulter dans la base de données des articles.

De Pierre-Yves Vandeweerd

Voilà une idée saugrenue : chercher en Mauritanie un arbre qui pousse dans le jardin de sa petite villa belge. Mais voilà une idée géniale : l’évidente métaphysique de la question ne peut entraîner que des réponses du même ordre. Poser une question absurde est le chemin de la poésie, à condition de prendre les risques du voyage. Vandeweerd les prend : il part à l’aventure de sa quête décalée, advienne que pourra. Pour qui accepte de rentrer dans le temps de son récit, fait d’écoute, d’attention aux êtres et à la nature, ce partage filmé est d’or. Car c’est une pensée autre…

Vroum Vroum

Pour ceux qui croyaient que le « biker movie » était mort dans les années 50, 2003 leur réserve des surprises. Cette année semble bien partie pour être celle des grosses mécaniques. Biker Boyz fait un petit tour du côté des clubs de motos californiens et de toute la culture qui l’accompagne. Le père de Kid est le meilleur ami de Smoke, champion de Californie et président des « Black Knights ». A la mort de son père percuté par un motard qui tentait de battre Smoke, Kid décide de créer son propre club, les « Biker Boyz ». Ils sont plus jeunes, plus audacieux et…

De Mika Kaurismäki

Cela commence dans la neige et le vent. Juste quelques instants pour placer le réalisateur, frère d’Aki Kaurismäki, primé à Cannes pour L’Homme sans passé et dont il a produit les premiers films. Mika, sa passion, en dehors du cinéma d’action (il est l’auteur de films de gangsters et de thriller), c’est le Brésil et sa musique. Au point qu’il possède une salle de concerts à Rio et y vit une bonne partie de l’année. Mais la neige est là aussi pour marquer le contraste. Car cette musique est plus que torride ! Cette samba longtemps interdite par les autorités mais…

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