Cinéma/TV

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De David Gordon Green

Le réalisateur a 26 ans, il est blanc et texan. Le tournage de ce premier long métrage a duré 19 jours, avec des morceaux de pellicule récupérée, sur un script de 60 pages. Autant dire que l’impro est de mise, et c’est sans doute pourquoi ce pari un peu fou est tenu : évoquer de façon seulement suggestive et parfaitement irréelle l’imaginaire d’adolescents essentiellement noirs de Caroline du Sud. L’intention est clairement de brouiller les pistes de la représentation : un scénario volontairement improbable et louvoyant, un héros qui ne peut l’être (par malformité congénitale d’une fontanelle qui ne veut…

De Youssef Chahine

« Jouer la comédie n’est pas un jeu, il faut prendre le public au sérieux », fait dire Chahine à un de ses personnages. C’est le programme et le paradoxe de son 37ème film : magistralement ficelée, l’intrigue fait entrer un séducteur arriviste dans le milieu du showbiz et du cinéma. C’est dans la farce que la machination sera déjouée, c’est en farceur que Chahine mène la danse, dans la grande tradition du film musical égyptien pour un appel à la vigilance face aux calculs des vendeurs d’émotion et de vérités. Préférant mettre aussitôt le spectateur dans la confidence, jouant donc le…

D'Abas Kiarostami

Cela commence par un fax qui sort de l’appareil sous nos yeux. C’est le programme « Actions des femmes ougandaises pour sauver des orphelins ». Pas bête : un cinéaste mondialement célèbre pourrait efficacement y contribuer par un film. Et c’est réussi : il est présenté hors compétition à Cannes ! Il cite les chiffres car les chiffres sont éloquents : sur 22 millions d’Ougandais, 2 sont morts du sida, 2 sont séropositifs et 2 million d’enfants sont orphelins en 2002. Et d’entrée, la recherche de la bonne distance. Arrivée à l’aéroport, plan sur les valises, plan sur le chauffeur. Et une…

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Entretien d'Heike Hurst et Olivier Barlet avec Abbas Kiarostami à propos de son film ABC Africa

Festival de Cannes 2001

Quel but avez-vous poursuivi avec ce film ? Faire en sorte que les gens participent à l’aide à ce pays et aux enfants. Lorsqu’une spectatrice de Caroline du Nord m’a demandé après une projection comme elle pouvait aider, j’ai senti que je remplissais mon rôle : attirer l’attention sur la question des orphelins du sida en Ouganda. J’espère aussi que le Pape aura l’occasion de le voir et de réfléchir à ce qui se passe dans ce pays avec l’opposition de l’Eglise à la contraception ! L’affiche du film et son titre reprennent l’enfant qui est adopté par un couple…

De Mahmoud Ben Mahmoud

Il y a dans les Siestes grenadines un terrible constat : celui d’une société qui ne cesse de se cacher son vrai visage. Ben Mahmoud ne pouvait le dresser qu’en se centrant sur un personnage partagé : une fille de mère française, de père tunisien, parlant arabe mais venant de Dakar et passionnée de danse africaine. Elle a la vitalité et la naïveté nécessaire pour faire bouger les convenances et révéler les hypochrisies, à commencer par les préjugés racistes et les corruptions manipulatrices. Son personnage a du corps, et ce n’est pas la moindre qualité de ce film attachant : elle nous touche…

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Entretien d'Olivier Barlet avec Mahmoud Ben Mahmoud à propos de Siestes Grenadines

Pourquoi ce titre ? « Kwaïl Ar-roummân » que j’ai traduit par « Les Siestes grenadine » est une expression tunisienne, en fait tunisoise, puisque j’ai observé en dehors de Tunis que les gens la décodaient moins bien. Elle désigne cette période de l’année qui ressemble un peu à ce qu’on appelle en français « l’été indien ». Les chaleurs, parfois exceptionnelles, qui marquent le début de l’automne en Tunisie ont cette particularité de faire mûrir la grenade et le coing. C’est une époque de torpeur et de lascivité, où l’on n’a pas envie de recommencer à travailler, de rentrer à l’école, et qui dans l’imaginaire…

De Chad Chenouga

Film délibérément autobiographique, 17 rue Bleue est l’histoire d’une dérive. Celle d’Adda, la mère de Chad adolescent, revisitée à l’âge adulte par Chad cinéaste. Le drame s’installe quand meurt le riche entrepreneur français par ailleurs marié qui l’entretenait, elle et ses deux fils Chad et Samir, et les avait installés dans un appartement de la rue Bleue. En procès avec sa femme légitime pour hériter de ses biens puis simplement conserver l’appartement, cette mère d’origine algérienne voit s’écrouler sa sécurité et perd peu à peu son équilibre mental, l’appartement devenant à la fois exutoire, asile et tombeau. Impuissante à hériter…

De Yasmine Kassari

Plutôt que de faire un constat dramatisant sur le vécu des Marocains immigrés clandestins en Espagne (15 000 passent le détroit chaque année, tandis que 14 000 ratent le passage et 1000 meurent noyés), la réalisatrice capte leurs états d’âme, donne la parole aux sans-voix. Et leur laisse le temps. C’est ainsi, dans la simplicité avec laquelle ils racontent leur itinéraire guidé par leur ressenti, qu’elle trouve le ton juste d’un film exigeant que les quelques images d’archive de la police espagnole sur les drames des noyades ne viennent que conclure, sans insistance aucune, juste quelques images, sans manipuler l’émotion…

D'André Téchiné

Sarah est juive, Saïd est arabe, Serge est français. Sarah conduit un scooter, Saïd se déplace à vélo, Serge est chauffeur routier. Ce tiercé du déplacement n’est pas neutre, tant Loin est, comme son titre l’indique, un film nomade. Chacun bouge vers l’autre, chacun bouge en lui-même, implose même tant il ne sait quelle direction prendre. C’est cet entre-deux que saisit Loin avec une impressionnante maîtrise, ce désir qui habite chacun et qu’il ne peut limiter. Serge aime Sarah, Saïd veut passer le détroit pour l’Europe, Sarah hésite à rester à Tanger. Toutes leurs déchirures sont les nôtres et pourtant,…

De Merzak Allouache

Cela commence par un générique endiablé sur une opéra de Rameau. En quelques ellipses, l’action est posée : Yasmine, sans nouvelles de son compagnon Rachid, tous deux d’immigration algérienne de longue date en France, quitte Paris pour aller le retrouver en Algérie. « En quelques jours, j’ai l’impression d’avoir vécu les trois quarts de ma vie », lui dira-t-elle après avoir passé par toutes les galères en plein maquis islamiste. La réalité algérienne crève l’écran, non comme un reportage ou les images de l’horreur de la télé mais comme un constat, celui d’une folie généralisée. Incarnée dans le compagnon que soigne Rachid,…

150 films, 250 invités, 150 professionnels et 200 journalistes, le festival du film francophone de Namur reste au début octobre un rendez-vous obligé. L’Afrique s’y est taillée cette année la part du lion dans le palmarès.

Au cinéma, face à l’exigence d’authenticité qui fonderait l’africanité, la question de la réalité reste centrale. A la lumière de quelques films récents, les nouvelles stratégies adoptées par les cinéastes pour refuser l’étiquetage sans se renier.

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L'Afrance, d'Alain Gomis
Djib, de Jean Odoutan
Bye bye Africa, de Mahamat Saleh Haroun
Daressalam, d'Issa Serge Coelo
Adanggaman, de Roger Gnoan Mbala
Waalo fendo, de Mohamed Soudani




Faute de place au bouclage, nous ne publiions que des extraits d’une correspondance d’Iba Ndiaye Diadji à Dakar dans la revue papier : l’interdiction du film Karmen, du Sénégalais Joseph Gaï Ramaka. On peut en lire ici l’intégralité.

D'Alexander Abela

Macbeth de Shakespeare sous le bras, Abela débarque chez les Antandroy, un peuple pauvre et isolé de Madagascar. Il lui fallait un terrain pur, innocent : ces pêcheurs n’ont jamais vu un film. Appâtés par l’argent à gagner, ils jouent, avec une impressionnante dignité, ce qu’ils ont compris de l’histoire qui leur est imposée. Ils n’ont pas grand chose à dire : un récitant se charge des explications, les images fixes en noir et blanc parlent d’elles-mêmes, orchestrant essentiellement des déplacements. Le dépouillement est général : la région est désertique, la mer le seul horizon, les costumes ramenés au plus…

Quatre ans après Fools, un film de Ramadan Suleiman tiré d’une nouvelle de Njabulo Ndebele, un nouveau long-métrage de fiction sud-africain, Hijack Stories, est sorti en juin 2000 dans les salles parisiennes, réalisé par Oliver Schmitz, un Sud-africain blanc d’origine allemande. Ce « libéral » (l’équivalent d' »engagé » dans le lexique politique sud-africain) est l’auteur méconnu du célèbre Mapantsula, un film sorti en 1988 et co-écrit avec l’acteur noir Thomas Mogotlane – le premier long-métrage sud-africain à avoir jamais traité de la vie dans les townships. Treize ans et une révolution plus tard, Hijack Stories n’aurait pas existé sans financements allemands. Les réalisateurs…

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Hijack Stories
Chikin Bizniz
Mapantsula




Avant de quitter Los Angeles pour retourner en Afrique du Sud, Mickey Dube espérait faire des films. Des long-métrages de fiction. Quelques mois avant de rentrer à Johannesburg, en 1995, il avait présenté Imbazo (La Hache) au Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Ce premier court métrage a ensuite remporté de nombreux prix, dans plusieurs festivals. Il n’a jamais été présenté en Afrique du Sud. Mickey Dube, 40 ans, estime n’avoir rien fait ces six dernières années. Il a d’abord travaillé un an au département éducation de la SABC, la télévision nationale. « Ce service est…

Entretien de Sabine Cessou avec Zola Maseko, réalisateur

Zola Maseko, 34 ans, est né et a grandi en exil. Il a étudié au Swaziland,en Tanzanie et en Grande-Bretagne (National Film and Television School de Beaconsfield). Il a fait partie de Umkhonto we Sizwe (MK), la branche armée du Congrès national africain (ANC). « Un film est une guerre et la guerre est un film », écrit-il, en guise de profession de foi dans la présentation de sa société, Dola Bill Productions.

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The life and times of Sara Baartman, "the Hottentot Venus", de Zola Maseko.




Avec sa 4ème édition cet été, le festival international du film de Zanzibar s’affirme comme un forum de portée largement sous-régionale.

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Bintou




D'Oliver Schmitz

Oliver Schmitz n’est pas un inconnu : Mapantsula, réalisé avec Thomas Mogatlane, avait été un des seuls films critiques qui ait pu tromper les censeurs de l’apartheid. Jo’burg Stories levait un voile passionnant sur les évolutions actuelles de Johannesburg. Sur un mode qui rappelle le cinéma new jack américain, Hijack Stories s’attaque à la fascination pour le ghetto et les dérives d’une jeunesse déçue par la lenteur des réformes sociales dans la nouvelle Afrique du Sud. Sox est présentateur télé. Fiancé à une jeune fille blanche, il habite les beaux quartiers. Il cherche à obtenir un rôle de gangster et…

Entretien d'Olivier Barlet avec Oliver Schmitz

Cannes, mai 2001

Votre héros est appelé « Monsieur Nation arc-en-ciel » par les autres : est-ce une expression négative ? Je crois qu’initialement, c’est Desmond Tutu qui a utilisé ce terme, juste avant la libération de Mandela, lors d’un grand meeting où l’émotion était à son comble. Il saisissait l’euphorie d’une période. Aujourd’hui, le terme est utilisé cyniquement par les gens qui sont en colère, qui estiment que rien n’a changé dans leurs vies. C’est ce que j’ai essayé de prendre comme sujet. Un plan du film montre la Commission vérité et réconciliation. Oui, c’est un catalyseur pour un bon nombre de gens. Beaucoup…

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