Ahmadou Kourouma : Noblesse oblige

I Vaillant chasseur il était, une sorte de Nimrod en pays malinké. Tel qu’en lui-même fondu dans un bronze tout à la fois inaccessible et proche, ainsi l’habille la photo d’Ulf Andersen. Jusque-là il s’était manifesté à nous par un cliché pittoresque. C’est le Kourouma et jeune et fort : l’athlète perce sous la veste de ton clair. Ses yeux luisent, car la photo amateur est sonore : elle a été prise juste avant le grand rire nègre qui est la marque du romancier ivoirien. Pour l’instant, le rire se dissimule derrière une tête bien faite, deux épaules solides et des biceps arrondis. Le rire renverse l’ordre sans le faire exprès. Il est minoritaire de sa cause, de son être. À l’écart. L’éditeur, sans le savoir, veut nous faire comprendre que c’est une photo à l’africaine. Elle n’a pas été retouchée. À l’évidence, elle nécessitait un recadrage. La photo d’Ulf Andersen est plus réfléchie. Kourouma pose ou, plutôt, non. Le photographe a préféré se faire ignorer. Il laisse Kourouma entrer en lui-même, se nourrir de l’intérieur. Ainsi advient la force naturelle qui nous émeut tant. Alors s’opère le déclic, l’image est fixée. Le photographe au nom suédois, salarié de l’Agence Opale, règne depuis quelque temps sur la fabrique des portraits d’écrivains. Il semble s’y connaître. Avec Kourouma, c’est une réussite. Il a filmé sa maturité. Le grand Ivoirien regarde très au loin – le lointain intérieur. Il jouit de soi, jouit d’être reg...

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