Des Noirs en couleur – les joueurs afro-antillais en équipe de France

De Morad Aït-Habbouche et Pascal Blanchard

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12 juillet 1998 : la France est championne du monde grâce à une équipe « black-blanc-beur ». Plus d’un million de personnes se rassemblent sur les Champs-Elysées : une communion exceptionnelle autour d’une équipe multicolore. Mais des voix s’élèvent pour critiquer ces couleurs : Jean-Marie Le Pen, Alain Finkielkraut, Georges Frêche…
Excellemment documenté et adoptant une approche chronologique ponctuée de chapitres marquants, le documentaire de Morad Aït-Habbouche et Pascal Blanchard revisite l’histoire du football français à travers les innombrables joueurs noirs qui seront sélectionnés en équipe de France, affichant à chaque fois leur nombre de leurs sélections.
Cela commence en 1931, où débute « l’araignée noire », Raoul Diagne, premier joueur noir en équipe de France, né d’une mère guyanaise et d’un père sénégalais qui fut le premier parlementaire africain à siéger au Parlement français et qui inaugurera l’exposition coloniale internationale de 1931. Et cela continue avec le triomphe de Jesse Owens aux jeux de Berlin, l’après-guerre dominée par le Noir marocain Larbi Ben Barek surnommé  » la perle noire », l’arrivée des Antillais qui remplacent les joueurs d’Afrique jouant dans les équipes de leurs pays après les indépendances, « le monument » Marius Trésor qui sera le premier Antillais capitaine des Bleus en 76, formant avec le Sénégalais Jean-Pierre Adams « la garde noire », le « carré magique » avec Jean Tigana, qui a l’accent marseillais comme Lucien Kossou, l’augmentation du nombre de joueurs noirs dans l’équipe de France dans les années 80 qui seront 17 à porter le maillot de 86 à 96, la victoire de 98 et les suites, Pape Diouf président de l’OM, etc.
Des interventions de l’historien Nicolas Bancel qui rappelle la permanence des structures de pensée (la motricité pallie le manque de réflexion des athlètes, l’animalité s’oppose à la science du jeu des Blancs) aux réflexions d’Angloma ou de Thuram confrontés aux cris de singe dans les stades italiens dès qu’ils touchent le ballon, le spectre du racisme ne cesse d’accompagner ces joueurs, ce que confirme Luc Sonor pour des temps plus anciens.
Préférant le silence à l’invective, à l’image du Kanak Christian Karembeu qui n’avait pas chanté la Marseillaise en 98 en souvenir des mois passés par son arrière grand-père à grelotter, exhibé lors de l’exposition coloniale de 1931, ils réagiront avec Thierry Henri par un petit film où ils ne s’expriment que par des pancartes. Engagé pour une France plurielle, Lilian Thuram revient sur le mythe « Black Blanc Beur » : face à une société qui véhicule des préjugés très fort, de la discrimination et un racisme latent, « ces faux slogans parasitent la réflexion », dit-il. « C’est important de dire comment sont les choses mais on n’a pas envie d’écouter ! »
Le choc du 21 avril 2002 avec Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle vient confirmer la déception de Patrick Vieira qui voit l’exclusion reprendre le dessus après l’embellie de 98. Cela n’empêche pas la poursuite de la saga d’un coq tricolore devenu multicolore et le générique final de reprendre sur un mode électro le « Douce France » de Trenet sur lequel le film démarrait. Une permanence effectivement, celle du patriotisme déclaré des joueurs qui portent les trois couleurs, et leur envie d’une France dégagée du racisme qui l’entrave.
Fondé sur une multitude de petits bouts d’interview et une approche historique, le film n’a pas le temps de davantage leur laisser la parole ni d’évoquer leurs perspectives de carrière, les joueurs noirs accédant moins aisément aux postes de responsabilité après avoir quitté le terrain. Cette tension entre le plein et le vide limite la portée du film. Reste une grande démonstration, un brillant rappel de l’apport des joueurs noirs à cette partie d’Histoire de France qu’est celle du sport le plus populaire et le plus apte à rassembler la Nation.

///Article N° : 7625

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Les images de l'article
Xercès Louis, surnommé le Négro volant, 12 sélections
Lucien Cossou, surnommé "Loule", 4 sélections
Marius Tresor, 65 sélections
Lilian Thuram, 136 sélections
Patrick Vieira, 104 sélections
Thierry Henry, 97 sélections
Paul Chillan, 2 sélections
Basile Boli, 45 sélections
Christian Karembeu, 53 sélections
Christian Karembeu, 53 sélections
Marius Trésor et Jean-Pierre Adams (22 sélections)
Membres de l'équipe en 1981
Nelson Mandela et Lilian Thuram
L'équipe en 1998
Lilian Thuram
En 2005
L'équipe en 2005
Rencontre avec Aimé Césaire
Aimé Césaire
En 1980
Larbi Ben Barek, 17 sélections




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