Entre les bulles et les planches

Entretien de Sylvie Chalaye avec Florent Couao-Zotti

Limoges, septembre 1998
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Tour à tour rédacteur en chef au Canard du Golf, puis à Abito, des journaux satiriques béninois, il est aujourd’hui chroniqueur culturel pour plusieurs quotidiens nationaux. Florent Couao-Zotti a en effet plus d’une plume à son arc. Scénariste de BD, il écrit aussi pour la télévision et est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre dont notamment Ce soleil où j’ai toujours soif (1996) et Le Ventre de la terre (1998). Il vient également de publier un roman aux éditions Le serpent à Plumes : Notre pain de chaque nuit.

Vous travaillez régulièrement pour la BD, est-ce un mode d’expression développé en Afrique ?
Pas dans toute l’Afrique. Mais il y a dans l’ex-Zaïre, où je suis allé récemment, une forte activité de production aussi bien en français qu’en langue locale. Au Bénin, la chose est embryonnaire, mais une habitude de production commence petit à petit à se développer ; quant à l’habitude de lecture, elle est acquise depuis bien longtemps. La BD y est très populaire
Comment cette habitude s’est-elle installée ?
Le Centre Culturel français a beaucoup stimulé la culture de la BD en créant une bibliothèque spécialisée. Les jeunes aujourd’hui s’intéressent à ce moyen de communication particulièrement simple et efficace. Les enfants sont plus sensibles aux dessins qu’aux textes. C’est aussi un moyen de communication qui permet de faire passer facilement des messages, surtout les messages des campagnes éducatives en direction des populations les plus démunies et qui n’ont pas accès à l’écrit. Avec la juxtaposition des images, on peut parvenir à expliquer et à convaincre.
Il s’agit de BD de sensibilisation pour le développement ?
Tout à fait. Je travaille actuellement avec une ONG belge qui s’occupe du développement communautaire. Nous menons une réflexion sur l’interaction culture / développement et nous avons précisément intégré dans la publication que nous préparons une partie en BD pour accompagner notre approche théorique. Cette revue s’appelle Interphase. Toute une partie est consacrée aux aventures d’une Princesse Yorouba racontées en BD. Elle parcourt la sous-région, Cotonou, Lomé… C’est l’occasion d’évoquer la traite négrière, de montrer l’investissement des femmes dans leur milieu, leurs activités dans l’artisanat, le commerce, la restauration. C’est aussi l’occasion de mettre en avant les spécificités historiques, culturelles et sociologiques des différentes communautés villageoises et d’envisager la manière dont on pourrait développer ces particularités.
Quelles sont vos références esthétiques, vos modèles ?
Nous faisons essentiellement de la BD documentaire et la fiction ne trouve pas d’éditeur en dehors des journaux. Nous sommes nécessairement obligés de moduler notre esthétique par rapport au Noir et blanc puisque les journaux ne publie pas en couleur. En fait, je n’ai pas de modèle. Le style ligne claire, le style Tintin, m’attire beaucoup, mais je me dis qu’il faut apporter quelque chose d’original qui soit ancré dans la réalité africaine, créer une voie propre et non pas reprendre ce que d’autres ont déjà fait.
Quels sont les grands dessinateurs actuels ?
Le Congolais (Kinshasa) Baruti qui vit à Bruxelles. Il y aussi Fargass qui est Gabonais et au Bénin, Hector Sonon avec qui j’ai réalisé Inceste sang et larmes, une BD publiée dans Forum de la semaine en 1991.
Vous avez actuellement un projet de BD ?
Oui. Je termine un scénario de fiction où il est question de voyous, de marginaux qui deviennent gardes du corps.
Vous écrivez aussi pour le théâtre ?
Actuellement, je suis en train d’écrire une pièce inspirée de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, simplement  » inspirée  » parce que je ne voudrais pas faire une Notre-Dame bis, ou faire une version africaine de Notre-Dame, ni revisiter Notre Dame comme l’a dit un journaliste dernièrement. Je voudrais simplement m’inspirer de certains caractères du roman de Victor Hugo pour écrire une autre pièce.
Comment cette idée vous est-elle venue ?
Je suis fasciné par les Peuls : c’est une communauté particulière qui fonctionne comme les Bohémiens ; ce sont des nomades qui traversent le territoire, du nord au sud, d’est en ouest, et qui aiment s’installer en groupe quelque part. On voit alors leurs femmes venir en ville et lire les lignes de la main. Ce sont des femmes très belles, très fines et, en raison de leur beauté, elles sont victimes de violences de la part des hommes. On raconte beaucoup d’anecdotes sur elles… et lorsque je lis Victor Hugo, cela me rappelle toujours le monde des Peuls de mon pays. Il y a aussi une autre similitude qui m’intéresse : pendant les heures de prière, les mosquées sont chez nous investies par les mendiants et on est pas loin de la cour des miracle de Notre-Dame.
Il s’agira aussi d’une histoire d’amour tragique ?
Oui, mais l’histoire n’évoluera pas comme dans le roman. J’écris un peu à l’aventure je ne sais pas vraiment ce qui va se passer. Il y a des personnages qui sont là, mais je ne connais pas la direction que l’histoire va prendre.

///Article N° : 604

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