Fiche Film
Cinéma/TV
LONG Métrage | 2004
Cauchemar de Darwin (Le)
Hubert Sauper
Titre anglais : Darwin’s nightmare
Date de sortie en France : 02/03/2005
Pays concerné : Tanzanie
Réalisateur(s) : Hubert Sauper
Avec : Hubert Sauper, Matilde Incerti
Durée : 107
Genre : société
Type : documentaire

Français

Les rives du plus grand lac tropical du monde, considéré comme le berceau de l’humanité, sont aujourd’hui le théâtre du pire cauchemar de la mondialisation.
En Tanzanie, dans les années 60, la Perche du Nil, un prédateur vorace, fut introduite dans le lac Victoria à titre d’expérience scientifique. Depuis, pratiquement toutes les populations de poissons indigènes ont été décimées. De cette catastrophe écologique est née une industrie fructueuse, puisque la chair blanche de l’énorme poisson est exportée avec succès dans tout l’hémisphère nord.
Pêcheurs, politiciens, pilotes russes, industriels et commissaires européens y sont les acteurs d’un drame qui dépasse les frontières du pays africain. Dans le ciel, en effet, d’immenses avions-cargos de l’ex-URSS forment un ballet incessant au-dessus du lac, ouvrant ainsi la porte à un tout autre commerce vers le sud : celui des armes.

Grand comme deux fois la France, la Tanzanie est un pays d’Afrique orientale, situé en bordure de l’Océan indien ; elle a des frontières communes avec le Malawi et le Mozambique au sud, la Zambie, la République démocratique du Congo, le Burundi et le Rwanda à l’ouest, l’Ouganda et le Kenya au nord.
Trois lacs constituent des frontières naturelles : le lac Victoria la sépare de l’Ouganda, le lac Tanganyika de la République démocratique du Congo et le lac Malawi au sud. Son point culminant est le célèbre Kilimandjaro.
Ce pays résulte de l’union du Tanganyika et de Zanzibar. Le Tanganyika (colonie allemande, puis britannique à partir de 1920) accède à l’indépendance en 1961 et la république est proclamée en 1962. A son tour, Zanzibar (colonie britannique dès 1890) acquiert son indépendance en 1963. Un an après, les deux pays proclament leur union, en préservant une autonomie respective. Cette décision a été prise sans réelle concertation avec les populations, ce qui explique que régulièrement des revendications d’autonomie se font entendre à Zanzibar.
La capitale politique est Dodoma, au centre du pays, mais le centre économique est le port de Dar es- Salaam sur l’Océan indien.
A la formation de la Tanzanie, Julius Nyerere, leader panafricaniste et tiers-mondiste, acteur principal de la lutte pour l’indépendance du pays, en devient le premier président. Il le restera jusqu’en novembre 1985.
En février 1967, il prononce le célèbre discours d’Arusha, où il jette les bases d’une politique économique autonome, qu’il articule autour de trois principes : « un gouvernement honnête, l’égalité entre les riches et les pauvres, l’indépendance économique ». La Déclaration d’Arusha exposait la signification du socialisme et de « l’autosuffisance » pour la Tanzanie ; elle restera le fil conducteur de tous les choix, tant politiques qu’économiques ou de société, qui seront faits sous la présidence de Nyerere.
Il prône l’authenticité tanzanienne. Il rend l’école obligatoire et trace les grandes lignes d’une profonde réforme de l’enseignement « Education for self-reliance », l’éducation pour compter sur ses propres forces.
A la fin de chaque cycle d’enseignement, primaire, secondaire et supérieur, les élèves doivent être capables d’exercer une profession. Le principe est qu’il vaut mieux permettre aux élèves d’acquérir les compétences techniques nécessaires à un travail qui servira au développement de leur village ou de la nation.
Les écoles sont elles-mêmes des lieux de production agricole ou de biens matériels tels que des meubles, des parpaings etc, dans le but final de rendre chaque école autonome, et de servir aux besoins du village où elle est installée. Une campagne d’alphabétisation et d’éducation des adultes permet d’étendre largement les connaissances dans les villages.
Il étend à tout le pays l’utilisation du swahili, langue largement utilisée pour les échanges dans toute la région de l’Afrique de l’Est. Les enfants apprennent tous le swahili à l’école primaire.
Le système de santé est modifié, et à partir de 1972, de nouveaux centres ruraux de santé sont créés, ceci s’accompagnant de l’accroissement de personnels de santé. L’accent est mis sur la médecine préventive, avec des campagnes d’éducation à la santé, de vaccinations.
Entre 1961 et 1977 (10 ans après la déclaration d’Arusha), l’espérance de vie était passée de 35- 40 ans à 47 ans. Un grand travail a également été effectué pour étendre la distribution d’eau propre notamment dans les zones rurales.
Sur le plan économique, il donne un rôle fort et central à l’Etat : le 6 février 1967, toutes les banques d’affaires privées sont nationalisées, ainsi que, dans les mois qui suivent, de nombreuses sociétés privées.
Des coopératives d’État sont créées, pour parvenir à l’autosuffisance alimentaire. L’agriculture est choisie comme domaine décisif de l’activité économique. La « villagisation » du pays est entreprise après la déclaration d’Arusha et ne se fera pas sans difficultés : les maisons isolées ou groupées en hameaux seront détruites et les villageois contraints de se regrouper en villages, le tout se faisant dans une sorte de précipitation et sans réelle concertation avec les populations.
La propriété agricole est exploitée selon un système communautaire, basé sur des collectivités rurales nommées « ujamaa », d’un terme swahili : « communautés économiques et sociales rurales dans lesquelles les gens vivent ensemble et travaillent ensemble pour le bien de tous » selon Nyerere, et qui deviendront le symbole du socialisme tanzanien.
Du point de vue industriel, la valeur de la production triple entre 1967 et 1977, en restant cependant relativement faible ; elle est destinée à répondre aux besoins du peuple (outils agricoles, pneus, engrais, bicyclettes, chaussures), et à augmenter les exportations par la transformation des matières premières en produits manufacturés. Dans toutes les entreprises, le capital étranger reste un partenaire minoritaire sous contrôle public.
Nyerere soutient de nombreux mouvements africains de libération, notamment les indépendantistes mozambicains en lutte contre l’autorité portugaise. En 1979, suite à un désaccord de frontière, les troupes tanzaniennes attaquent l’Ouganda où règne Idi Amin Dada, dictateur sanguinaire et grotesque, provoquant sa chute. Il participe activement aux négociations menant à la fin du régime d’apartheid en Rhodésie du Nord et à la création du Zimbabwe en 1980.
Le début des années 1980 est très difficile au niveau international, avec le déclenchement de la crise de la dette. La Tanzanie est particulièrement touchée car Nyerere s’appuyait beaucoup sur l’aide étrangère, qu’elle soit anglaise, allemande ou chinoise, pour financer sa politique. La dette est passée de 212 millions de dollars en 1970 à 5,3 milliards en 1980. La corruption qui règne dans le pays n’arrange rien. La situation devient vite intenable.
En 1985, Nyerere quitte le pouvoir sur un bilan mitigé, et ses successeurs, Ali Hassan Mwinyi (1985- 1995) puis Benjamin Mkapa, lancent le pays sur la voie de la libéralisation économique. L’économie est ouverte aux capitaux étrangers, ruinant de nombreuses petites entreprises tanzaniennes. Les conséquences sociales sont terribles. Aujourd’hui, pour ce pays de 36 millions d’individus, le revenu annuel moyen par habitant est de 290 dollars. A cause des ravages du sida, l’espérance de vie à la naissance est redescendue à 43 ans. Plus d’un Tanzanien sur trois vit au-dessous du seuil de pauvreté, selon les statistiques officielles.
Depuis 1998, un système de TVA unique à 20% frappe durement les plus démunis, alors que le gouvernement a supprimé le soutien aux prix agricoles pour les petits producteurs et les subventions sur les produits de première nécessité pour la population.
Les grands domaines agricoles appartenant à l’Etat ont été privatisés et les petits paysans n’ont plus reçu d’intrants agricoles tels que les semences et les engrais, désorganisant toute la production dont dépend pourtant le pays, dont près de 90% de la population active s’adonne à l’agriculture. Les principales exportations, qui permettent de se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, sont le café et le coton. Les exportations de bois ont décliné, de même que les ventes de sisal, jadis l’une des richesses du pays, et de clous de girofle de Zanzibar. L’exportation de la perche du Nil, poisson prédateur du lac Victoria, est venue s’ajouter récemment aux exportations traditionnelles. Le film Le Cauchemar de Darwin, aborde cet aspect de l’économie tanzanienne, et toutes les conséquences sur place (misère, violence, sida, famine, etc.). Le pays est dépourvu de ressources minières notables et l’industrie y est très peu développée.
Pour toutes ces raisons, la Tanzanie fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE), ouvrant droit théoriquement à une réduction de sa dette. Elle a atteint le point de décision en avril 2000, puis le point d’achèvement le 27 novembre 2001 (elle fut le quatrième pays à l’atteindre). Cela fut l’occasion d’un communiqué de presse autosatisfait du FMI et de la Banque mondiale qui parlait de 3 milliards de réduction du service de la dette… mais sur une période de vingt ans ! La valeur nette de la dette devait diminuer de 54 %, selon les prévisionnistes très optimistes du FMI.
Patatras ! Loin de décroître, conformément aux proclamations médiatisées, la dette de la Tanzanie est toujours à la hausse, avec de nouveaux prêts contractés auprès de la Banque mondiale notamment.
Pendant ce temps, elle applique les politiques néolibérales dictées par les institutions internationales.
Certes, quelques sommes libérées par l’initiative PPTE ont été investies dans l’éducation, avec pour but d’éliminer les droits d’inscription à l’école primaire. La Banque mondiale peut alors proclamer que « du jour au lendemain, 1,6 million d’enfants sont retournés à l’école ».
Le chancelier de l’Echiquier britannique, Gordon Brown, ajoute : « La Tanzanie a ainsi pu construire 1.000 nouvelles écoles, 31.000 classes, et recruté 18.000 enseignants, dans le cadre de son objectif d’une éducation primaire gratuite à la fin 2005 ». Mais il faudrait bien davantage pour satisfaire tous les besoins fondamentaux : les autres secteurs sociaux, notamment la santé, ont été particulièrement négligés car les fonds libérés ne permettent pas une lutte d’envergure et sur plusieurs fronts contre la pauvreté.
Au pouvoir depuis 1995, Benjamin Mkapa se déclare volontiers social-démocrate. Présent en 2005 au Forum économique mondial de Davos, c’est à lui que l’actrice Sharon Stone offre 10000 dollars pour lutter contre le paludisme : de riches participants présents imiteront l’actrice et promettront 1 million de dollars en quelques minutes… C’est aussi à Mkapa que Gordon Brown présente son projet de « Plan Marshall pour l’Afrique », en janvier 2005, quelques jours après que la Grande-Bretagne ait pris la présidence du G8.
L’accord signé ce jour-là stipule que Londres remboursera à la place de la Tanzanie 10 % des sommes qu’elle doit à des créanciers multilatéraux comme la Banque mondiale et la Banque africaine de développement.
Mais lors de son dernier sommet des Ministres des Finances, le G8 n’a pas voulu prendre la décision de s’engager dans cette voie.
Bref, tout cela n’est que de la politique-spectacle et rien n’est fait pour briser la spirale d’une dette qui, selon la Banque mondiale, est passée de 6,7 milliards de dollars à la fin 2001 à 7,5 milliards de dollars deux ans plus tard (dont 3,5 envers la Banque mondiale qui est de loin son principal créancier).
Signalons que cette dette est d’origine multilatérale pour environ 70%, contre 28% pour la part bilatérale (en premier lieu le Japon) et 2% pour la part privée. Phénomène inquiétant, le ratio dette/exportations utilisé par le FMI et la Banque mondiale pour décider de la soutenabilité d’une dette, est passé de 105 % à la fin 2001 à 140 % à la fin 2003. Entre 1980 et 2002, la Tanzanie a remboursé, au titre de service de la dette, 4,3 milliards de dollars qui ont cruellement manqué aux services sociaux sur place.
En somme, la Tanzanie est totalement sous contrôle des grandes puissances. Elle exporte ses richesses naturelles (comme la perche du Nil) et financières (via le mécanisme de la dette). Pendant ce temps, sa population se débat dans la misère. La Tanzanie représente un condensé des pires conséquences du mécanisme de la dette. A ce titre, la démonstration du Cauchemar de Darwin est éclatante.
ROSELINE PÉLUCHON ET DAMIEN MILLET



2004 – 107′ – 35 mm
(VO sous-titrée en français)

Réalisateur
Hubert Sauper

Production
Mille et Une productions, Coop99 Film Produktion, Saga Film, ARTE, WDR (France/Autriche/Belgique)

Diffusion : droits MAE (Ministère des Affaires Etrangères, France) hors support cinéma et à l’exclusion de certains pays

Versions : anglais, espagnol, portugais (s/t)

THEMES : Agriculture – Vie rurale – Économie – Environnement – Géopolitique – Industrie – Vie sociale

English

En Tanzania, el comercio del pescado llamado la perca del Nilo y su explotación intensiva han tenido efectos catastróficos sobre el ecosistema de la región, así como sobre su economía y las poblaciones ribereñas. Aquí, la globalización ha empezado muy mal…

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In Tanzania, the sales and intensive exploitation of the Nile perch are having a catastrophic effect on not only the region’s ecosystem, but also its economy and people. Here, globalisation has got off to a bad start…