Myrha-Ville

De Melissa Thackway

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La plongée : voilà six ans que Melissa Thackway (elle-même collaboratrice d’Africultures et auteur d’une thèse sur les cinémas d’Afrique publiée chez James Currey sous le titre Africa shoots back) habite dans un appartement donnant sur la rue Myrha, que l’on dit la plus mal famée de Paris. Aux premières loges, elle vit le va-et-vient permanent entre les problèmes (drogue/police) mais aussi  » l’incroyable chaleur de vivre  » :  » je ne me lasse pas de ce monde qui s’y croise et cohabite « . Sa plongée sans prétention, une simple DV à la main, est ainsi une tentative de nous faire partager son  » voyage loin des conclusions toutes faites et des voies rapides « .
La plongée, c’est aussi l’angle de sa caméra : de son balcon, elle capte la vie de la rue, avec une fine attention aux détails qui marquent, aux mouvements, aux ambiances, aux bruits. Mais la distance s’instaure, qu’il faut combler : Melissa va à la rencontre de ses voisins. Aïchatou Lô, une Sénégalaise tenant un magasin de tissus, se confie sur son parcours et une France qui était plus accueillante lorsqu’elle s’y était installée. Ibus Feradov, un Gitan artiste plasticien qui façonne des objets dans un fond de boutique, explique le parcours difficile de sa famille.
Saleté, drogue, police ne sont qu’une des facettes du quotidien, mais si Melissa affirme dans son commentaire que  » persiste un véritable esprit de quartier « , elle peine à le saisir par une image seulement impressionniste. Sans en partager le quotidien, il est peu probable qu’elle ait fait ce film. Mais il est alors dommage de remplacer par un  » discours sur  » ce riche vécu dans ses échanges et ses conflits, sa participation à la vie associative, sa fille à l’école du quartier ou ses jeux au square Léon, bref tout ce qui ferait que l’impossible dépassement de la part irréductible de l’altérité soit remplacé dans le film comme il l’est dans la vie par le partage effectif des vécus et ce qu’il entraîne de solidarités.
On sent là la marque d’un désir d’écriture filmique autant que la difficulté d’une caméra au poing dans les méandres de la vie. La plongée reste un angle de caméra, une volonté, un discours, un déplacement du  » je  » : le commentaire politico-littéraire un peu trop insistant et léché se colle sur l’image mais finit par créer la distance.
Et pourtant, l’empathie est perceptible, qui ouvre à une certaine familiarité avec la vie de la rue que nous ne pouvons plus voir de la même façon après qu’avant la vision de Myrha-Ville. Une poésie proche du spleen s’installe qui culmine avec les belles images finales d’un orage qui chasse pour un moment la vie grouillante de ce morceau d’Afrique à Paris.

2003, DV-couleur, 24 min.///Article N° : 3332

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