Le Silence de la forêt

De Didier Ouenangaré et Bassek ba Kobhio

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Avec Eriq Ebouaney tenant le rôle principal dans les deux films, c’est comme s’ils se répondaient : le héros du Silence de la forêt est une sorte de Lumumba (de Raoul Peck) revenant en terre d’Afrique après 40 ans d’indépendance. En fait, Gonaba revient d’Europe, mais il a lui aussi le verbe sûr et la même détermination à ne pas se compromettre :  » Spectateur passif de toute cette bouffonnerie, je suis autant responsable que tous les autres « , nous dit-il par une voix-off omniprésente en début de film, voix littéraire issue du livre dont est extrait le film.
Il est inspecteur général des écoles et ne rentre pas dans la logique des pouvoirs que décrit avec humour le début du film. Sa relation avec Simone, une tenancière de bar à laquelle Nadège Beausson-Diagne donne une belle présence, confirme sa marginalité. Furieux face aux réalités africaines, il vitupère contre le système mais sa révolte reste verbale, jusqu’au jour où, à l’occasion d’une inspection, il perçoit à quel point les pygmées sont méprisés par tous. Epris des idées d’égalité entre les hommes du premier président de Centrafrique, Barthélémy Bodanga, il cherche à découvrir qui sont les petits hommes que tous dénigrent ou exploitent, et s’enfonce dans la forêt…
Commence alors l’initiation pleine d’humour de celui qui n’a pas le choix que de manger des chenilles ou boire le crachat du chef… Parti pour éduquer les pygmées de façon très volontariste, il découvre que Simone avait raison quand elle lui disait qu’on ne fait pas le bonheur des gens malgré eux. Les pygmées s’avèrent d’une remarquable résistance à toute tentative d’influence et c’est Gonaba qui va apprendre d’eux. Le dispositif du film évolue alors vers une présentation casi-ethnographique des mœurs pygmées. D’abord distancié face à un héros régi par la colère et les slogans, nous sommes invités à partager son initiation. A travers la relation avec la belle Kali, la découverte ethnologique se fait anthropologique : ce ne sont plus les pygmées le sujet du film mais la relativité de l’être en société.
C’est sans doute là que le film, plutôt rythmé, bien mené et remarquablement interprété, atteint ses limites : le drame humain que vit Gonaba ne nous atteint que peu et si l’émotion n’est pas au rendez-vous, c’est sans doute parce que les éléments poétiques qui étofferaient son récit sont trop peu exploités : la relation avec Kali reste superficielle, la beauté de la forêt est sous-utilisée à l’image, les enfants sont peu individualisés, les magnifiques chants aka sont répétés et finalement banalisés, la profondeur du propos est peu développée… A cela s’ajoute la disparition brutale du récit des deux personnages qui ont marqué le héros – Simone et le guide pygmée – sans qu’aucun élément scénarique n’y fasse référence, frustrant le spectateur de la relation ainsi établie.
Le Silence de la forêt est ainsi un film tonique, drôle et captivant qui laisse un peu sur sa faim.

2003, République centrafricaine, 1h 34 mn. – Cannes : Quinzaine des réalisateurs 2003. ///Article N° : 2908

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