Bab el Web

De Merzak Allouache

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« Elle arrive de nulle part et moi j’ai l’impression de la connaître depuis toujours ! » Lorsque Laurence (Julie Gayet) arrive de France, les deux frères Kamel (Samy Naceri) et Bouzid (Faudel) ont achevé de rénover l’appartement après avoir envoyé le reste de la famille à la campagne. Papier peint kitsch et fleurs en plastique à foison : l’humour de Merzak Allouache n’est pas seulement dans des formules qui font mouche par leur simplicité mais aussi dans ses clins d’œil ironiques et bourrés d’empathie au vécu des jeunes Algériens. Il est ainsi dans tous ces objets qui marquent la différence culturelle et contribuent eux aussi à connoter, comme cette porte de voiture qui ne veut pas fermer, les problèmes du pays. Bab el Web retrouve ainsi la veine de Salut Cousins ou Bab el Oued City, dans la continuité de son premier film qui avait marqué le cinéma algérien, Omar Gatlato.
Laurence, donc, est là parce que Bouzid, alias Matrix sur les « chats » internet, l’a invitée sans trop y croire, comme il le fait avec toutes ses « touches ». Il fait partie de ces jeunes qui se connectent à tout bout de champ, dès que l’insomnie les gagne, pour tchatcher avec les internautes du monde entier, et bien sûr au maximum avec les femmes : « Quand l’ordinateur s’allume, c’est comme si je respirais de l’air pur ».
Mais Laurence n’est pas là par hasard : elle aussi partage quelque chose d’intime avec ce pays, des lieux d’enfance, un père qui l’a abandonné. C’est cette intimité qui transplante le film au-delà de la simple anecdote sociologique et humoristique, et lui confie une certaine gravité (contrecarrée il est vrai par la faiblesse du scénario mafia convoqué pour justifier ce lien caché). Laurence plonge dans la relation avec le ténébreux Kamel à qui Samy Naceri donne une belle épaisseur. Ils partagent une même désespérance tranquille et le même recul de ceux qui sont présents mais aussi dans l’ailleurs. Kamel et Bouzid sont des « immigris », ces jeunes qui sont revenus en Algérie, forcés d’accompagner le retour du père mais qui ont vécu en France. C’est clairement ce rapport imaginaire qui intéresse Allouache au-delà de la farce : ces jeunes hybrides vivent des rêves qui ne sont plus forcément dominés par le départ mais s’ancrent dans l’envie de mieux vivre et surtout de communiquer, même virtuellement sur le net. Kamel et Bouzid sont prêts à se mettre en danger pour bien recevoir Laurence. Leur bonheur est dans leurs rêves, à l’image de cette femme suicidaire qui vit dans la folie, possible traumatisme des drames récents qu’a vécus le pays.
Tourné en scope, Bab el Web aime magnifier la douce lumière de la ville blanche. Les musiques contribuent elles aussi à une ambiance sonore algéroise, et renforcent l’harmonie avec une ville qu’il ne s’agit plus de quitter mais d’habiter, en phase avec la joyeuse présence des jeunes dans les rues de Bab el Oued, encore secouée par la violence des années 90.
C’est une Algérie nouvelle qu’Allouache met en scène, après en avoir décrit le tragique devenir dans L’Autre monde. Bab el Web est un chant d’espoir bourré de bonne humeur, et comme le dit Kamel à Laurence, « de l’air frais qui rentre dans une chambre fermée ».

///Article N° : 3705

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