Jaz

De Koffi Kwahulé

...ou le rêve déconstruit

Elle est là, debout, le regard défiant, immobile, chapeau de western sur la tête dans la pénombre de la salle et de la scène. Insensible aux mouvements et aux commentaires des spectateurs qui entrent silencieusement dans la salle et prennent place. Silence d’autant plus étonnant qu’on a affaire à un public généralement assez disert. Que va-t-elle faire ? Qu’ont encore inventé ces jeunes au nom du théâtre contemporain ? Lumière dans la salle, puis noir dans la salle et lumière sur la scène. La forme immobile se meut progressivement et prend place sur une chaise. D’une voix glaciale, sans timbre, elle commence : « Jaz. Oui Jaz. On l’a toujours appelée Jaz… »

Le public de théâtre de Yaoundé, a assisté, du 12 au 15 mars 2008 au Centre culturel François Villon, à la toute première création en terre africaine d’une pièce de théâtre en passe de devenir un classique : Jaz de Koffi Kwahulé, en présence de l’auteur, par la compagnie Annoora dans une mise en scène de Yaya Mbilé. Jaz raconte le viol d’une femme dans une sanisette par un voisin d’immeuble un dimanche matin. Un viol qui lui a arraché une partie de son être, d’où ce deuxième’z’ qui est comme tombé de son nom, Jaz (au lieu de Jazz). Des histoires de viol, on en a souvent entendu, mais rarement avec cette violence, avec ces mots-là, ni avec des images scéniques aussi tranchantes que celles que Yaya Mbilé nous a montrées. Cette jeune artiste est sans aucun doute l’une des jeunes metteures en scène en pleine ascension au Cameroun et en...

Connectez-vous pour lire la suite de l'article...
Si vous avez déjà un compte client sur Africultures vous pouvez saisir vos paramètres d'identification :

Si vous n'êtes pas encore abonné à la revue AFRICULTURES, vous pouvez le faire en cliquant sur Adhérer.
Les images de l'article
Oridé ou Jaz, la pureté, la beauté.
© Cie Annoora
L'homme. Ici, le mendiant
© Cie Annoora
Multiples figures du violeur, image qui reste à la fin de la pièce : le mal reste.
© Cie Annoora
Au début de la pièce. C'est ici que le clivage psychique du personnage a lieu. La reconstitution en une entité unique n'aura plus lieu.
© Cie Annoora
"J'ai tiré" : toutes les trois composantes du personnage de Jaz sont visibles. Le rouge de sa conscience n'est plus voilé, ainsi que le bleu de la rêverie. Imaginaire et réel fondent ici pour exprimer le fantasme de la vengeance chez la femme, vengeance contre son agresseur.
© Cie Annoora
Vue d'ensemble de la scène avec les trois "instances topiques" du personnage.
© Cie Annoora
Partager :

Laisser un commentaire