Locarno 2012 : un Open Doors pour l’Afrique

De nouveaux projets de film en quête de producteurs

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Hébergé chaque année par le festival du film de Locarno (Suisse), Open Doors était cette année consacrée à l’Afrique francophone subsaharienne. Dans le même esprit que la Cinéfondation à Cannes, Open Doors sélectionne depuis 2003 une douzaine de projets de films d’une région du monde et invite des producteurs et financeurs pour aider ces projets à trouver les partenaires et financements nécessaires à leur réalisation. Ce fut également l’occasion de deux tables rondes consacrées aux perspectives de financement et de diffusion. Et cela dans le cadre d’un festival qui n’est pas sans offrir de vrais plaisirs de cinéma.

Le grand souvenir de Locarno, c’est la Piazza Grande : chaque soir 8 000 spectateurs assis en plein air sur la grand-place aux façades colorées pour regarder sur un immense écran les films choisis par Olivier Père, directeur artistique à Locarno après l’avoir été pour la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, et qui signait cette année sa dernière édition, puisqu’il vient d’être nommé à la direction du cinéma d’Arte. Les meilleures places sont paradoxalement celles du fond et non celles du devant, car c’est ainsi qu’on regarde le film par-dessus les têtes de 8 000 spectateurs et que c’est ça « l’expérience Locarno » dont se targue la publicité du festival. S’il pleut, ce qui fut malheureusement le cas de plusieurs jours cette année, la même projection a lieu dans un énorme édifice construit à cet effet et ne restent sur la place que les durs à cuire sous leurs parapluies !
Si une excellente programmation du répertoire des films d’Afrique et de quelques œuvres récentes accompagnait Open Doors et réunissait un large public, les différentes sélections du festival n’offraient que bien peu de films consacrés au Continent. Nous avons déjà publié les critiques des deux documentaires de qualité films vu ainsi à Locarno : Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin ([critique n° 10929]) et Libya Hurra de Fritz Ofner ([critique n° 10923]). Avec la programmation du documentaire Sing your Song, produit par Harry Belafonte et qui, à travers son parcours artistique et politique, retrace une Histoire contemporaine des États-Unis, le grand activiste, acteur et chanteur pris part à une émouvante rencontre. « Je ne suis pas un artiste qui est devenu un activiste mais un activiste qui est devenu un artiste », dit-il en introduction à un court résumé de sa vie qu’il termina par cette phrase admirable : « Les maudits de la terre : c’était où je souhaitais être, être inspiré par les gens simples ». Interrogé sur son rôle dans Carmen Jones d’Otto Preminger (1954), il indiqua : « Les gens d’origine africaine n’étaient jamais représentés comme des êtres humains, avec dignité, histoire et culture. On les considérait comme des boulets pour l’humanité, devant être traités de manière bienveillante, à former avec une sorte de gentillesse… ! Ils ne se rendaient pas compte que les « gens de couleur » sortaient de civilisations bien plus anciennes que ceux qui les réduisaient à l’esclavage. Et on venait nous aider à retrouver notre âme, donc citoyens de deuxième classe. Carmen Jones était l’occasion de nous traiter à égalité, à travers un drame qui parlait de l’humanité. » Dorothy Dandridge, Paul Robeson, Sydney Poitier, Duke Ellington, Myriam Makeba, Dr Martin Luther King, c’est toute une histoire des artistes et activistes noirs que Belafonte retraçait à travers ses souvenirs, insistant sur sa philosophie : « À travers Dr King, nous avons toujours parlé à l’ennemi. Nous pouvons tuer l’ennemi mais ça ne change rien ! L’art est un moyen. ».
Suprématie du réel
Les douze projets de films réunis par Opendoors sous la houlette de Moussa Sawadogo, le dynamique directeur du festival Afrikamera de Berlin, sont tous marqués par la volonté de traiter du réel africain, ce réel qui représente, comme le disait Gaston Kaboré, « le corps et le cœur des films ». Mais la mythologie grecque nous rappelle combien il est délicat d’aborder le réel au cinéma. Séduite par Poséidon dans un temple dédié à Athéna, Méduse est condamnée par celle-ci à pétrifier tous ceux qui croisent son regard. Pour la décapiter, Persée ne la regarde que dans son bouclier qui fait miroir. Le réel pétrifie : pour ne pas être médusé, il nous faut passer par un miroir, par un écart qui restaure la capacité critique. L’enjeu de ces projets de films est donc d’écrire le réel plutôt que le décrire, de s’en emparer physiquement plutôt que de le reproduire, c’est-à-dire de l’investir, de s’immerger, ce qui amène à poser la question des corps.
Le constat est au départ de ces projets de films, et ce constat, c’est la désintégration. Le cinéma peut aider à la comprendre. C’est l’objectif du Burkinabé Adama Sallé avec Pakitalaki, portrait d’une famille qui s’intéresse aux conséquences de la pauvreté sur une famille. Désintégration sociale aussi dans Lonbraz Kann de David Constantin (Île Maurice) où la fermeture d’une sucrerie marque la fin d’un monde. Comment s’y retrouver ? La même question des conséquences sociales de la globalisation économique est posée par Faso Fani, la fin d’un rêve, du Burkinabé Michel Zongo, qui retourne à Koudougou, sa ville natale, où la fermeture de l’usine de textile en 2001 suite à un programme d’ajustement structurel a plongé ville et gens dans la désolation. La désintégration, c’est aussi celle du Mali que Daouda Coulibaly abordera dans Nyé (L’œil) qui porte sur les forces sombres à l’œuvre jusqu’au coup d’État. Et comment ne pas aborder la désintégration sans s’attaquer au pouvoir qui la rend possible, ce que fera le réalisateur camerounais confirmé Jean-Pierre Bekolo dans Le Président ? Mais la lutte est possible pour restaurer de l’espoir. Comme de sortir les enfants guideurs d’aveugles de la condition d’esclave : lui-même travailleur social, le Sénégalais Pape Tall en témoignera avec De la rue à l’école. Ou bien d’utiliser la musicothérapie en psychiatrie, sujet de Fragments de vie du Malgache Laza.
Le danger serait de se cantonner de la chronique. La chronique, c’est ce que le Nord demande souvent au Sud : une sociologie documentaire qui améliore le guide touristique. Affirmer un regard, s’impliquer, c’est ce que fait le Camerounais Jean-Marie Teno dans tous ses films. Avec Toutes voiles dehors, il veut suivre les pas d’une femme de tête à travers son journal, occasion d’explorer les fonctions du voile au Niger. S’impliquer, c’est aussi l’intention que l’on sent dans la façon d’aborder la pertinence des traditions pour la jeunesse dans Ailleurs de Leslie Tô (Burkina Faso), une histoire inspirée de sa propre enfance, ou bien dans Black Sunshine de la Ghanéenne Akosua Adoma Owusu qui a été sélectionnée de par sa production sénégalaise d’Angèle Diabang et dont le projet porte sur l’entre-deux culturel Afrique-Europe à travers la relation entre une coiffeuse et sa fille albinos.
Car, en définitive, l’enjeu est de pouvoir choisir sa liberté comme dans les femmes de La prochaine fois, le feu de Mati Diop (Sénégal) et d’affirmer son autonomie comme le fait cet autre duo de femmes d’Il faut quitter Bamako, le titre évocateur du projet de la célèbre actrice Aïssa Maïga.
Ces quatre derniers projets sont portés par des femmes, et c’est là aussi une tendance à l’œuvre dans les cinémas d’Afrique. Opendoors a reçu 213 projets et Martina Malacrida, en charge de l’événement, insiste sur la qualité et la quantité des projets reçus. Les lauréats (cinéaste + producteur du projet) ont reçu une formation de deux jours au pitch, cet exercice difficile qui consiste à présenter en quelques mots son projet à d’éventuels partenaires, avant d’honorer les rendez-vous des quelque 70 producteurs européens mobilisés par Opendoors. Le taux de réussite de l’opération ? En moyenne trois aux quatre projets trouvent un partenaire grâce à Opendoors. Mais le soutien ne s’arrête pas là : des prix substantiels sont attribués par un jury (cf. palmarès en bas d’article) qui permettent aux projets de disposer de fonds de développement.
Pas de cinéma sans diffusion
Rendez-vous professionnel, Open Doors est marqué par des rencontres non-ouvertes au public. Une table ronde essayait de dégager des perspectives à travers les nouvelles initiatives actuelles. Souad Hussein, responsable du cinéma à l’Organisation internationale de la Francophonie, avait la délicate tâche de rendre compte du projet de fonds panafricain pour le cinéma et l’audiovisuel, annoncé à chaque grande occasion depuis le Festival de Cannes en 2010 et qui peine à voir le jour. (cf. [dépliant de présentation]) Ce qui est nouveau, c’est que la Tunisie, comme l’a confirmé son ministre de la Culture à Cannes en mai 2012, s’offre pour en accueillir le siège. Et que Moussa Touré, auréolé de la sélection de La Pirogue au même festival, a accepté d’en être le parrain. (cf. [article n° 10798]) Le fait que la Francophonie se soit engagée pour porter le développement de ce fonds (qui portera dans un premier temps sur l’aide à la production et à la finition) est à la fois une chance, de par son expertise technique et sa force politique, mais aussi un obstacle, les pays non francophones ne se sentant pas représentés. Une étude de faisabilité a été menée, validée par les professionnels et par la quinzaine de pays qui en soutiennent la création. La phase actuelle est de légitimation avant de passer à l’action, comme par exemple un partenariat avec l’Unesco. Un comité d’orientation sera bientôt mis en place. Durant les JCC de Tunis en novembre 2012, le socle institutionnel sera posé, avant que la concrétisation ne soit confirmée au Fespaco de février 2013.
La coproduction Sud-Sud est déjà une réalité : « Ce fonds ne fera que prendre un train en marche », a précisé Souad Houssein, tout en précisant qu’il est essentiel de prendre le temps pour convaincre chaque pays, l’un après l’autre, « ce que fait Abdou Diouf avec son bâton de pèlerin ». L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit d’internaliser en Afrique le soutien à des films qui n’ont historiquement pu exister que grâce aux aides du Nord. Le choix de la Tunisie n’est pas sans évoquer des craintes face à ses convulsions politiques : la fixation du siège du MASA (marché des arts et des spectacles africains) à Abidjan avait entraîné la fermeture de cet événement biennal essentiel pour la vente des spectacles aux acheteurs potentiels. De fait, forte de cette douloureuse expérience, pour garantir la pérennité du Fonds, la Francophonie tient à ne pas tout concentrer dans un seul pays, à travers des événements sans liens organiques avec l’administration du siège.
La présence de Cheick Oumar Sissoko, grand cinéaste malien et ancien ministre de la Culture de son pays, permettait de rebondir sur les enjeux des politiques culturelles. Il commença avec humour en indiquant que Tombouctou ne pouvait actuellement abriter le siège. « La seule chose que j’étais arrivé à faire était de réunir huit ministres à Bamako en juin 2004 sur les questions de production et de diffusion des films », dit-il. Ils s’étaient également accordés sur une banque de données image et son et une harmonisation des législations. Les ministres des Finances avaient donné leur accord trois mois plus tard lors d’une réunion à Lomé, mais tout cela resta sans lendemains, malgré le projet très concret d’un réseau de salles de cinéma. Les études n’ayant pas fait l’objet d’un appel d’offres, elles n’ont pas été bien menées. « Il y avait un manque de volonté », ajouta-t-il, tout en précisant que le projet porté par Gaston Kaboré au Burkina lui semblait aujourd’hui porteur d’espoirs.
Ce projet, « Succès cinéma » soutient la production des films populaires à petit budget (30 à 60 000 €) qui émergent ces dernières années sans aides du Nord et rencontrent leur public, si bien que les recettes en salles les financent à moitié, le reste étant apporté par des sponsors ou producteurs locaux. Ces films ne dégageant cependant pas de bénéfices, l’enjeu est de consolider cette offre pouvant atteindre 10 à 12 films par an pour réhabiliter les salles et réactiver un réseau paralysé par le manque d’offre locale. « Succès cinéma » a ainsi pour but de restaurer les recettes nécessaires à la production de nouveaux films, sous la forme d’un fonds d’aide automatique lié au succès des films en salles, géré par une association professionnelle.
Soutenu par la Suisse qui reprend là une idée déjà en pratique dans son pays, on conviendra qu’il s’agit là d’un projet inverse aux aides habituelles qui soutiennent davantage la créativité et l’audace des films plutôt que des œuvres au fort potentiel commercial puisque c’est là le marché qui décide des aides à verser. « Ce n’est pas une prime à la qualité mais l’argent doit être réinvesti dans un prochain film », a précisé Gaston Kaboré. C’est bien sûr ce qui fait la différence, l’idée étant de consolider une production régulière qui restaure les conditions d’une industrie du cinéma dont le métier d’exploitant serait le centre. Une phase test sur 16 mois a donné des résultats probants. Si des négociations sont en cours avec le gouvernement du Burkina Faso pour qu’il s’implique, c’est cependant encore le Nord qui est sollicité pour alimenter un Fonds qui voudrait disposer de 200 à 300 000 € par an. « Le cinéma ne peut se développer sans une intervention intelligente des États », a souligné Gaston Kaboré, mais « Succès Cinéma » est basé sur la solidarité et l’exigence des professionnels eux-mêmes. Une réunion en février 2012 à Ouagadougou a réuni des participants de six autres pays proches pour envisager l’extension de ce projet basé sur les capacités locales et à destination du marché local, avec des films qui s’enracinent dans leur réalité et qui arrivent à se financer sur leur propre marché.
Lorsqu’il était « aux affaires », Cheick Oumar Sissoko n’a, de son propre aveu, « rien pu faire car il n’y a pas d’argent ». Il avait demandé la délocalisation des budgets ACP « qui nous appartiennent » dans les cinq régions pour échapper à « l’imposition de la façon de voir de Bruxelles », sans succès. Du coup, « les gens se prennent en charge dans l’informel, avec intelligence et savoir-faire ». La structuration de leur diffusion à travers « Succès cinéma » permet d’envisager la production régulière des films et la renaissance des salles de cinéma. « Il faut que cela s’enracine dans les mœurs ».
Soutenu en cela par Michel Ouedraogo, directeur du Fespaco, qui indiquait que le chantier de la nouvelle salle de 525 places liée au siège était en bonne voie (cf. [sur le site du Fespaco]), « la réouverture des salles est nécessaire, en respectant les conditions locales », a martelé Gaston Kaboré face à la constatation de la multiplication des écrans (télévision, ordinateur, téléphone portable). Effectivement, voir ensemble, c’est construire une vie en société, non autour de ce qu’on a vu sur l’écran mais de ce qu’on a ressenti en commun. Cela n’exclut pas la confrontation critique des opinions et des regards mais cette confrontation ne peut avoir lieu que parce que l’on peut voir ensemble. Si la télévision est devenue le principal vecteur du partage d’émotions dans le cadre familial, c’est au cinéma que les sociabilités collectives générationnelles se bâtissent. On va au cinéma en couple ou en famille, mais chez les jeunes, on y va en groupe, pour se construire des références communes ou pour apprendre ensemble à apprivoiser ses émotions.
L’enjeu n’est pas seulement de sauver les salles mais aussi de préserver les espaces de diffusion des films d’auteur. Pour cela, il ne faudrait plus la voir comme un seul lieu de projection mais comme un lieu de vie, un lieu de culture vivante, antidote au décervelage télévisuel ou autre consommation. Elle peut être investie par les associations et les écoles, organiser des rencontres et des événements, suivre l’actualité en favorisant le débat et donc la démocratie.
En matière de diffusion, la présence d’Enrico Chiesa était à cet égard intéressante car son organisation se bat sur les deux terrains à la fois : diffusion sur le terrain et VàD (vidéo à la demande). Mobiciné a pour démarche d’aller vers les gens avec un matériel simple pour restaurer un rapport à la culture auprès des catégories qui ont délaissé le cinéma, alors qu’ils sont saturés d’images et qu’ils n’ont pas forcément envie de voir des films africains. Le problème pour le moment est que les gens ne sont pas prêts à payer. Les projections dans les écoles et le soutien des sponsors sont dès lors les alternatives pour préserver l’économie des projections, permettant un partage au tiers pour les ayant-droits, au tiers pour les projectionnistes et au tiers pour l’organisation.

Jumelle de Mobiciné, www.africafilms.tv est également centré sur la production audiovisuelle africaine par une diffusion sur internet en VàD, qui s’adresse au monde entier et touche aujourd’hui en priorité la diaspora. Les ayants-droits disposent en ligne d’un outil leur permettant de voir au jour le jour le montant des transactions. L’internet sera de plus en plus puissant et moins cher en Afrique, mais c’est sur téléphone portable ou tablette que les films se regarderont : il y a là un marché réel et une source de financement futur.
Tendances actuelles des fonds d’aide
Une table ronde rassemblait des fonds d’aide européens éventuellement méconnus (Norvège, Berlin, Suisse) : un bon moyen de sentir le vent pour la production d’un film, sachant qu’on trouve un recensement de toutes les aides sur [souslarbreapalabres.org].
Ivar Kohn (Norwegian Film Institut) : Le fonds d’aide au cinéma norvégien n’a pas beaucoup de coproductions extérieures mais le ministère des Affaires étrangères avait des fonds de coopération qui ont pu être mobilisés pour le cinéma. 100 000 € sont disponibles par an pour des subventions pouvant aller de 5 000 à 25 000 €. Au moins 70 % doivent être dépensés dans le pays d’origine du film. Ils sont attribués lors d’un forum de pitching où viennent une quinzaine de projets sélectionnés parmi 250 candidatures. Sept projets ont été retenus (Argentine, Bolivie, Inde, Pakistan, Palestine, pas encore d’Afrique) par un comité de sélection de trois personnes (deux Norvégiens et un du Sud). Les candidatures sont en anglais, rédigées par le coproducteur. Le prochain deadline pour le pitching forum (pas de coproducteur norvégien exigé) était cette année au 15 août et est pour février pour le forum de coproduction (longs métrages fiction ou documentaire).
(cf. [site du fonds]).
Nathalie Streif, Institut Français et Jacqueline Adda, CNC : lancé à Cannes, le nouveau dispositif d’aide aux cinémas du monde a été créé en 2012 par le CNC et l’Institut français : 6 millions € pour une cinquantaine de projets (longs métrages fiction et documentaires venant de tous les pays, réalisateur étranger ne vivant pas en France, tourné dans la langue du pays). Deux collèges : l’un pour les 1er et 2e films et un deuxième pour les réalisateurs confirmés pour éviter une trop forte concurrence. L’administration ne choisit pas les projets : c’est la commission qui le fait. 14 projets soutenus à la première commission : Irak, Chine, Argentine, Cambodge, Palestine, Pays-Bas, Inde, Syrie, Italie, Roumanie et Grèce. 1,4 millions € répartis, dont deux docs. Peu de projets africains déposés, surtout d’Afrique francophone. Un coproducteur français est obligatoire. Les pays de la zone prioritaire de la coopération française peuvent candidater sans coproducteur français, mais s’ils reçoivent l’aide, il leur en faut un. Au moins 50 % de la subvention doit être dépensée en France. Les subventions vont de 80 000 à 250 000 €, selon l’intérêt et en proportion de l’apport du producteur français (50 à 80 %).
L’évolution par rapport au fonds Sud est que seules les dépenses non-éligibles sont listées. Sont considérées comme des dépenses françaises les dépenses du coproducteur français dans le pays concerné. Le dispositif comporte des programmes d’accompagnement (renforcement de l’écriture du scénario, formation de producteurs). Le Fonds images Afrique du ministère des Affaires étrangères a été remplacé par une aide à la formation. Sont ainsi attribuées des aides aux différentes écoles de cinéma, des bourses pour des étudiants de l’ESAV de Marrakech.
Une discussion eut lieu autour de la question que nous avons posée de la proportionnalité de l’aide liée à l’apport du producteur français, des voix s’étant élevées dans les médias (notamment une tribune de Mahamat Saleh Haroun) pour signaler que la faiblesse des montages de production des films d’Afrique les condamnait à de petites aides. Il en est ressorti qu’il s’agit là d’une règle européenne non choisie, également valable pour les premiers films de pays européens. L’apport limité des producteurs est supposé encourager des distributeurs télés à entrer dans la boucle dès le début du projet, mais c’est un peu optimiste… Le projet sera aménagé en fonction des premières expériences. Suite à une question sur l’influence occidentale sur les contenus, les interlocutrices ont insisté sur le fait qu’il n’y avait pas obligation de faire une postproduction française puisqu’une dépense française n’est pas forcément sur le territoire français. L’intérêt de la coproduction est de lier les producteurs et les obliger tous les deux à agir pour le bien du film, même si l’argent n’est pas dépensé en France.
(cf. [site du fonds])
Vincenzo Bugno (World cinema fund) : Initiative du festival de Berlin, le fonds considère des régions et non des pays. Il soutient la production et la distribution, 100 000 € au maximum mais rare : plutôt 40 000 à 70 000 €. L’argent doit être entièrement dépensé à l’étranger. Un partenaire allemand est obligatoire mais peut être seulement un administrateur et pas forcément un coproducteur. La première mondiale à Berlin n’est pas exigée. Le fonds est orienté sur la coopération : il essaye d’impliquer l’industrie allemande du cinéma pour soutenir les autres pays. Il favorise donc les coproductions, en lien avec une nouvelle génération de producteurs allemands passionnés par ce type de démarche, convaincus que les sujets locaux sont les meilleurs pour concerner la planète. Une centaine de projets ont été aidés jusqu’ici. Fiction et documentaire, candidatures en anglais et français. Peu de projets d’Afrique francophone subsaharienne reçus. Des projets de coopération ont permis de soutenir la production au Burundi (avec Coprodoc, une société de production : atelier de tournage) et au Burkina Faso (avec Imagine : atelier de montage).
(cf. [site du fonds])
Teresa Hoefert de Turegano (Medienboard Berlin-Brandeburg) : Le Fonds berlinois n’a pas pour mission de financer des films internationaux spécialement mais des producteurs berlinois travaillent internationalement : le fonds est de ce fait orienté internationalement. 100 à 120 projets sont aidés par an. La candidature doit être posée par un producteur basé à Berlin et Brandebourg. Un distributeur allemand doit être trouvé. Un certain pourcentage doit être dépensé en Allemagne. C’est un fonds très concurrencé.
(cf. [site du fonds])
Thierry Jobin (Fonds vision sud-est, festival de Fribourg, Suisse) : Le Fonds a été créé par Vision du réel, le festival de Fribourg et Trigon-films – le Festival de Locarno les a rejoints. L’argent vient de la coopération suisse. En 15 sessions, 70 projets ont été soutenus, une cinquantaine de films se sont faits. Nouvelle règle : 40 % du financement préétabli, producteur principal dans pays émergent (mais l’esprit a évolué vers plus d’ouverture face au développement des coproductions). Aucune obligation de travailler avec un producteur suisse ni de première en Suisse. Jusqu’à 15 000 FS pour la finition et 50 000 pour la production, 400 000 FS pour l’année. Une dizaine de projets sont soutenus chaque année : 6 films en production et 3-4 en postproduction. Les candidatures dans les trois langues suisses et anglais. Martial Knaebel, ancien directeur du festival de Fribourg, avait fait de gros efforts sur l’Afrique mais les films africains soutenus sont rares car les projets reçus sont peu nombreux en provenance d’Afrique.
(cf. [site du fonds])

Palmarès du 10e Open Doors

Le jury était composé de : Jacqueline Ada et Saad Ramdane (CNC, France), Luciano Barisone (directeur du festival Visions du Réel de Nyons, Suisse), Remi Burah et André de Margerie (Arte, France), Thierry Jobin (Festival de Fribourg, Suisse) et Alice Thoman (Direction du développement et de la coopération, Suisse).

Le Prix Vision Sud-Est d’un montant de 50 000FCH (45 000 €), normalement destiné à la production d’un seul projet, a été divisé en plusieurs prix :

Bourse Open Doors pour la postproduction 10 000 CHF : Fragments de vies (Pieces of Lives) de Laza (Madagascar)

Bourse Open Doors pour le développement 10 000 CHF : Faso Fani, la fin du rêve (Faso Fani, the End of the Dream) de Michel K. Zongo (Burkina Faso)

Bourse Open Doors pour le développement 15 000 CHF : Ladji Nyè (The Eye) de Daouda Coulibaly (Mali)

Bourse Open Doors pour le développement 15 000 CHF : La Prochaine fois, le Feu (Fire Next Time) de Mati Diop (Sénégal)

Prix ARTE Open Doors 6 000 euros : Faso Fani, la fin du rêve (Faso Fani, the End of the Dream) de Michel K. Zongo (Burkina Faso)

Bourse CNC (Centre National du cinéma et de l’image animée) 7 000 euros : La Prochaine fois, le Feu (Fire Next Time) de Mati Diop (Sénégal)///Article N° : 10981

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Les images de l'article
Piazza Grande
Souleymane Cissé rend hommage aux victimes des événements au Mali
Souleymane Cissé et Olivier Père devant les participants d'Open Doors présentés au public
Harry Belafonte
Piazza Grande
Les Lauréats d'Open Doors : de gauche à droite, pour "La Prochaine fois, le feu", Judith Lou Lévy, productrice, et Mati Diop, réalisatrice, pour "Nyé (L'Oeil)", Daouda Coulibaly, réalisateur, pour "Faso Fani, la fin du rêve", Christian Lelong, producteur, et Michel K. Zongo, réalisateur, pour "Fragments de vie", Laza, réalisateur.
Marco Solari, président du festival, et Souleymane Cissé se congratulent avant le repas officiel
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Le lac
Olivier Père sur l'écran géant de la Piazza Grande
De gauche à droite : Laza, Angèle Diabang, Moussa Sawadogo, Michel K. Zongo, Claire Diao, Adama Sallé
table-ronde des fonds d'aide




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