Ousmane Sembène ou l’art de se jouer du destin

Dans les années trente, un adolescent de Ziguinchor fait le désespoir de ses parents. Aux murs froids des salles de classe, il préfère la mangrove, les parties de pêche et les escapades sur les berges du fleuve Casamance. Bagarreur, il n’aime pas les embrouilles. Un certain Paul Peraldi, directeur de l’école Escale, l’apprendra à ses dépens : l’élève est exclu après l’avoir expédié au tapis d’un violent coup de poing à la tête. Que faire du fils de Moussa Sembène et Ramatoulaye Ndiaye ? Il sait à peine tracer son nom sur une feuille de papier et à vrai dire personne ne le voit devenir commis aux écritures, ce qui était alors une position assez enviable pour un jeune Sénégalais ambitieux. On l’envoie chez un de ses oncles, à Dakar, où il arrive précédé d’une sulfureuse réputation. Mais dans la capitale de l’AOF, il n’a même pas le temps de regretter ses bolongs du Sud. Le cancre a en effet au moins un don : celui d’entendre battre le cœur du réel, de dénicher la vraie vie partout où elle se trouve. S’il y parvient aussi aisément, c’est que déjà il ne se reconnaît qu’un maître : son désir de liberté. Et dans le quartier du Plateau où se concentrent les pulsations urbaines et les contradictions d’une société qui ne voit pas la guerre lui foncer dessus, il y a certes mieux à faire que d’ânonner toute la sainte journée des leçons de calcul et de grammaire à la rue de Thiong. Les plages de Gorée et de l’Anse Bernard sont toutes proches et il y passe le plus clair ...

Connectez-vous pour lire la suite de l'article...
Si vous avez déjà un compte client sur Africultures vous pouvez saisir vos paramètres d'identification :

Si vous n'êtes pas encore abonné à la revue AFRICULTURES, vous pouvez le faire en cliquant sur Adhérer.
Les images de l'article
Borom Sarret
© Archives COE
La Noire de...
© Archives COE
© DR
Le Mandat
© Archives COE
Partager :

Laisser un commentaire