Rentrée littéraire 8 : Parabole du failli de Lyonel Trouillot.

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Il y a des livres qui élisent domicile en votre esprit, lisent en vous, et vous délivrent messages et clés qui vous ouvrent, à vous-mêmes. Parabole du failli, le nouveau roman de Lyonel Trouillot en fait partie.

Tout cœur qui tremble mérite amour
Mais lui,
De son vol
Et de son désir
Sur quelle branche se posera-t-il ?

Pedro est mort, vive Pedro. Pedro est mort, son âme s’est envolée, son corps aussi, « jeté du douzième étage d’une grande ville », loin de chez lui, son pays, sa ville, son quartier de Saint-Antoine, port d’attache d’un jeune homme dérangé, esthète solitaire mais solidaire, romantique et désespéré.
Mais même si la mort ouvre le roman, c’est la vie de Pedro, passée en proverbe, qui nous est contée, racontée, dévoilée à travers le récit, l’adresse d’un bel ami qui (lui) écrit sa colère, son incompréhension et surtout son amour, car « écrire est un acte d‘amour ». Et l’amour est, poésie avant toute chose.
Comme la vie de Jacques Pedro Lavelanette dit Pedro, personnage pathétique et poétique absolu de Parabole du failli.
Le roman pose la question centrale du (contre) pouvoir des mots, dans un monde où va le déficit d’humanité grandissant. Il interroge aussi, sur les (dé)raisons qui peuvent pousser un homme ou une femme à choisir la nuit, et sur ce qu’on rate dans nos relations, familiales, amicales, ou amoureuses. Quels sont les appels à l’aide qu’on n’a pas entendus ? Qu’est-ce qu’on aurait pu sauver, si on avait été plus attentif à l’autre ?
Et que reste-t-il, à ceux qui restent ? Des souvenirs, précieux comme le cri d’un mort-né, et des mots, encore et toujours des mots. De la poésie, avant toute chose.
Le meilleur ami de Pedro parle « dans la bouche » du défunt, et nous invite à faire la madelle avec eux dans les rues de Saint-Antoine, et à remplir nos propres solitudes et nos propres vies. De sens, d’amour, de poésie.
Avant toute chose.
Depuis la nuit des temps, la poésie porte la quête d’espoir de l’être humain, mais elle est aussi le lieu où il vient exprimer son doute et son désespoir.
Lyonel Trouillot nous le rappelle dans ce roman mirifique, truffé de citations de lumière, l’auteur nous livre une sorte d’alphabet d’humanité et une fable desquels on pourrait extraire mille et une leçons, de folie et de sagesse.
Parmi elles, celle-ci, belle comme le jour quand il se rêve et se lève, au sud de mon cœur :
C’est comme si toute ma vie je t’avais attendue, non pour te posséder (qui peut prétendre te posséder ? La lumière du jour n’appartient à personne…) mais pour nourrir mon chant de ta présence au monde.
Il y a des livres qui élisent domicile en votre esprit, lisent en vous, et vous délivrent messages et clés qui vous ouvrent, à vous-mêmes.
Et si le secret du bonheur, c’était ça : rater son suicide, et réussir sa vie ?

Lyonel Trouillot, Parabole du failli, [Actes Sud littérature], Août 2013///Article N° : 11833

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Lyonel Trouillot © Anglade Amédée




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