Vues d’Afrique, le dégel québecois

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Montréal – Le  » verglas  » du début d’année passé (qui avait complètement paralysé le pays et dont les traces sont encore visibles partout), Montréal revivait sur un air de printemps pour ces 14ème journées africaines et créoles. Elles ont permis de visionner ce qu’il est difficile voire impossible de voir ailleurs : des productions télévisuelles africaines, des vidéos amateur et les productions du monde créole (Antilles, Réunion, Maurice). Grand prix à Bent familia du Tunisien Nouri Bouzid, qui sort en France le 3 juin sous le titre Tunisiennes (cf critique) et prix spécial à Faraw ! Une mère des sables du Malien Abdoulaye Ascofaré, un film émouvant sur une mère courage songhaï, sélectionné à Cannes l’année dernière mais qui n’a toujours pas trouvé de distributeur en France. Une mention et un prix du public sont allés à Une couleur café de l’Ivoirien Henri Duparc, qui ne fut pas sans déclencher une polémique par sa caricature des clichés qui courent sur les immigrés africains : le film va-t-il les renforcer ou les exorciser en les regardant en face ? Le public africain qui sait rire de lui-même ne s’y trompera pas mais l’ambiguïté demeure pour un public occidental qui risque de se gausser de l’Autre. Tous rient en tout cas beaucoup à la projection des tribulations rocambolesques de cet immigré polygame dans ses aventures amoureuses et ses confrontations avec l’Administration.
Les courts métrages primés ont été Ainsi soit-il, du Sénégalais Gaï Ramaka, un film sensible sur un couple qui se déchire entre l’envie de partir ou de rester pour changer les choses et La Falaise, du Marocain Faouzi Bensaïdi, qui a marqué les festivaliers par la qualité de ses images symboliques en scope et noir et blanc, un peu datées toutefois, sur des enfants risquant leur vie pour ramasser les bouteilles vides leur permettant de survivre.
Les différents autres prix ont notamment récompensé les films de la Haïtienne Rachèle Magloire, bel exemple de cinéma-vérité sur les prisons de son pays, ainsi que Johannesburg, ma ville, très beau documentaire du Sud-Africain Oliver Schmitz (auteur de Mapantsula) sur l’explosion permanente et contradictoire de cette ancienne métropole blanche devenue le Bombay africain, sans oublier Le Truc de Konaté de la Burkinabè Fanta Régina Nacro, humoristique périple d’un mari dragueur refusant de mettre les préservatifs que lui imposent sa femme, qui montre qu’un film pédagogique sur le sida n’est pas forcément rasoir et sérieux.
Le Maghreb était fortement représenté, notamment avec Femmes… et femmes, de Saâd Chraibi qui a trouvé plus de 200 000 spectateurs au Maroc en deux semaines d’exploitation. Le film très enlevé décrit le parcours du combattant d’une femme réalisatrice d’une émission sur les femmes à la télévision. Dans un style un peu télévisuel, le film explore les destins parfois dramatiques de ses amies et la solidarité qui les unit.
Le colloque sur le rôle du cinéma de femmes dans la promotion des droits et des libertés a donné lieu à de passionnants échanges entres femmes cinéastes africaines et canadiennes. Si elles cherchent avant tout par leurs films à permettre aux femmes de s’exprimer, elles se distancient du discours féministe qui exclurait les hommes pour se centrer sur la force dont les femmes témoignent pour changer leur vie. Une note positive que leurs films ont largement illustré, marquant un festival important qui réussit à faire salle pleine à de nombreuses séances.

///Article N° : 2347

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