Za

De Raharimana

À portée d'haleine des murs d'ombre

Avec Za, son dernier roman, Raharimana “plonge au plus profond des miasmes qui hantent le monde”.

On prend la langue à revers, déjà dans la récitation des lettres, de la dernière à la première, et cela nous signale insensiblement l’infini, mais à revers. L’aleph arrive en dernier, parce qu’en seconde position, seulement. Cela donne aussi za, l’indice d’un zézaiement, d’un trouble de l’articulation et de la phonation. Toute graphie de ce zézaiement tente de nous rapprocher de cette oralité un peu mythique dans les codes littéraires, puisque adossée au décalage d’avec le parler réel. Mimer ce trouble dans l’écriture, pendant trois cents pages, revient alors à déboîter considérablement le regard du lecteur, et à lui demander de lire ce qu’il a déjà tant de difficulté à entendre, et même si le narrateur le prie d’accepter ses excuses dans des “dires liminaires” : ” Eskuza-moi. Za m’eskuze. À vous déranzément n’est pas mon vouloir, défouloir de zens malaizés, mélanzés dans la tête (…). Eskuza-moi. Za m’escuze”. C’est également la personne de celui qui parle, en malgache. Substituer cette énonciation à celle du je du français signale immédiatement le trouble, celle d’une identité qui échappe à elle-même, se saisissant dans son dessaisissement et sa différence. C’est d’un tel vertige que les premiers mots du roman de Jean-Luc Raharimanana, Za nous font part. Placé sous la double présen...

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