Apt 2003 : la belle synergie

Ou comment naît un festival de films d'Afrique dans une petite ville de Province

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Les 16-18 novembre, après une remarquable exposition d’art contemporain africain cet été (Soly Cissé, Sokey Edorh, Ndary Lô), la petite ville provençale d’Apt (Sud-Est de la France) accueillait un festival de cinémas d’Afrique. Des invités de marque : Idrissa Ouedraogo, Jean-Marie Teno et Abdelkrim Bahloul y présentaient leurs derniers films. Zoom sur la constellation d’énergies qui permet à un tel festival d’émerger dans le Sud profond et de rassembler 2000 spectateurs en trois jours.

C’est la cohue : le cinéma d’Apt, pourtant doté d’une salle de 200 places, refuse du monde pour l’inauguration. Le président de l’association, Dominique Wallon, ancien directeur du Centre national de la Cinématographie, remercie les élus et les subventionneurs. Dans la salle, Gabrielle von Brochowski, longtemps active aux Communautés européennes à Bruxelles et 25 ans en Afrique, également motrice dans l’association, calme peu à peu son trac. C’est que tous deux se sont démenés pour que cette première soit un succès : pas évident d’amener l’Afrique dans une petite ville de province. Pas évident de convaincre les élus et tous les partenaires. Idrissa Ouedraogo demande soudain au micro :  » Et où est ce Monsieur Blachère ?  » Un spectateur fait un signe.  » Quoi, je vous croyais bien plus vieux ! (rires) C’est bien ! Plus vous êtes jeune, plus vous serez généreux longtemps !  »
C’est que Jean-Paul Blachère est un industriel qui a tellement réussi dans la décoration lumineuse en milieu urbain que sa société a réalisé l’illumination de la Tour Eiffel pour le passage à l’an 2000, éclaire Oxford Street à Londres et en est devenue le leader européen en donnant du travail à 400 personnes dans le pays d’Apt. Est-ce cette complémentarité entre le local à dimension humaine et une activité planétaire qui l’a poussé à contribuer au développement culturel de l’Afrique ? Quelque 200 000 euros par an permettent des actions en Afrique tout comme la constitution d’une collection d’œuvres d’art africain contemporain et la diffusion de la culture africaine dans les écoles vauclusiennes. De même, des artistes africains viennent en résidence dans les ateliers de l’usine d’Apt et dans des chambres d’hôtes pour artistes à Saignon. Une fondation est née qui croit que le développement économique de l’Afrique peut et doit partir de l’affirmation de sa culture. En lien avec une structure coordonnée par Yacouba Konaté, universitaire et critique d’art, à Abidjan, un centre d’art contemporain sera construit peu à peu à Joucas, village de Haute Provence à 15 km d’Apt : expositions, salles de travail et studios pour artistes en résidence, salle de conférence, bibliothèque, atelier pour les scolaires…
Etonnant ! Un atelier de sculpture est prévu à Accra en janvier 2004. L’idée de la fondation est de faciliter aux œuvres l’accès au marché occidental dans des conditions équitables. Il y a du pain sur la planche, sans compter que ledit marché n’est pas extensible à souhait. Mais l’expérience Blachère est riche d’enseignements : une démarche plus humaniste qu’esthétique au départ qui débouche finalement sur la reconnaissance de l’art comme une richesse non seulement de l’esprit mais aussi potentielle pour le développement. Blachère, marqué par ses parties de chasse en Afrique, monte une fondation d’entreprise sans chercher un retour en terme de prestige, le péché mignon des fondations. 70 % du budget est consacré à des rencontres, formations et résidences d’artistes, avec la perspective de participer à la découverte de jeunes artistes.
Et ne voilà pas que la mairie d’Apt, qui a un politique culturelle, a pour souci de maintenir dans la ville un cinéma de qualité, le César. Dans les années 50, deux ciné-clubs y étaient actifs (celui des instituteurs et celui des curés !) et aujourd’hui, malgré les habitudes consommatoires qui tuent la militance de la pensée, le cinéma accueille un à deux films par mois dans ce cadre, dont il sait pertinemment que cela ne sera pas sa rentabilité. L’association du ciné-club organise ainsi une manifestation par mois avec la logistique correspondante.
Les relations des uns, l’argent des autres : voilà comment des cinéastes africains parmi les plus connus sont arrivés dans la petite ville d’Apt, au fin fond de la belle Provence. Déception : pluie et brouillard, le temps n’était pas au rendez-vous. Mais ce n’est pas mauvais, comme on sait, pour le cinéma. Alors que les rencontres entre les scolaires et Idrissa qui leur présentait Yaaba ont été d’une belle richesse, faisant avancer la soif de mieux connaître l’Afrique chez le jeune public, le succès de ce petit festival a été à la mesure de l’investissement humain de ses organisateurs – et en avait la qualité.
www.fondationjeanpaulblachere.org

Contact : Festival des Cinémas d’Afrique du Pays d’Apt
fcapa@ifrance.com, 06 89 79 32 29
La fondation Blachère Illuminations a publié un catalogue de ses acquisitions 2000/2003 présenté par Yacouba Konaté et intitulé « Reflets d’Afrique »
fondation@blachere-jp.fr///Article N° : 3248

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Les images de l'article
le festival au quotidien : Idrissa répond aux questions d'une journaliste dans un café de la place © Olivier Barlet
Dominique Wallon présente les activités de l'association à l'inauguration © Olivier Barlet
Idrissa Ouedraogo et Dominique Wallon parlent avec le public à l'inauguration sous l'oeil de la caméra © Olivier Barlet




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