La bande dessinée en Afrique,

Un siècle d'histoire

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Il est difficile de dater l’apparition de la bande dessinée sur le continent africain. Parler des murs peints de Tassili (Tchad), des grottes ornées du Bas-Congo (RDC) ou même remonter jusqu’aux Pyramides peut évidemment constituer un début de réponse. Mais si l’on doit traiter de l’époque moderne, l’apparition du 9e art est difficile à retracer.
On peut noter quelques strips dans les journaux égyptiens de la fin du XIXe siècle, ceci au milieu de caricatures et dessins de presse qui abondaient dans la presse de l’époque. À la même époque, des journaux d’autres pays d’Afrique anglophone, comme l’Île Maurice ou la république Sud-Africaine publient de nombreuses caricatures et dessins de presse, témoignant d’une certaine modernité avec mise en scène, dialogue, récitatif et juxtaposition d’images. Mais la première revue contenant de la bande dessinée, au sens moderne du terme, date de la première guerre mondiale. Le Karonga Kronikal, magazine d’humoristique, a publié six numéros (de 1915 à 1916) qui furent édités au Malawi par le Livingstonian Mission Press pour divertir des troupes britanniques de Jan Christian Smuts.

Dans les années vingt, on trouve également des traces de BD dans les sommaires de revues coloniales du Congo belge : LAvenir, créé en 1920, a publié une BD de qualité médiocre (sans titre) ; LEssor du Congo, créé en 1928, reprend une BD à caractère historique ; L’Écho du Katanga (1931) en publie une autre, diffusée par le Service de l’Information du Gouvernement Général. Enfin, L’Écho de Stan (Kisangani), fondé en 1939, contient également des comics. On peut également citer Le Match de Jako et Mako publié à partir de 1933 dans la revue La Croix du Congo sur des textes de Louchet et des dessins du Congolais Paul Lomani. D’autres revues du Congo belge incluent de la BD dans leurs pages dont le très urbain Cosmo-Kin (1931) avec des dessins d’un certain Narib, Ngonga, signé par un certain Sav ou encore le Journal des indigènes du Congo Belge, un média bilingue édité à Elisabethville (Lubumbashi). La première série continue apparaît en 1946, année où le fonds du Bien-Être Indigène diffuse au Congo Belge, dans le bi-hebdomadaire Nos images, les Aventures de Mbumbulu, dessiné par des Européens. Mais le lectorat est essentiellement occidental et ces prémisses ne constituent pas les réels fondements d’une BD proprement africaine.

En réalité, tout commence dans les années cinquante. Dans le nord du continent, le journal égyptien Sabah El Khair publie, en 1953, des dessinateurs très populaires tels que Higazi et Ehab. De 1950 à 1960, le magazine pour enfants Sindibad présentait des récits illustrés (Aventures de Zouzou par le dessinateur Morelli et Les voyages de Sindibad), fruit du travail de dessinateurs égyptiens comme Ettab, Labbad ou Koteb. La réussite de ce journal (interrompu par une décision de Nasser) incite un autre éditeur à publier également à partir de 1956, la revue pour enfants Samir, avec des BD en langue arabe et des adaptations de Tintin et Spirou. En Algérie, la bande dessinée voit le jour à travers la presse coloniale qui publie quelques caricatures. Ismael Aït Djaffar, auteur des Complaintes des mendiants de la Casbah, peut être considéré comme un précurseur. En Afrique noire, la bande dessinée commence à être utilisée dans les publicités et réclames des journaux et revues locales. En parallèle, en 1953, La croix du Congo lance successivement deux histoires. La première met en scène les aventures de Mbu et Mpia, des jumeaux malicieux copies conformes de Quick et Flupke, œuvre de P. M’bila. La seconde crée le premier super-héros africain : Sao, dessiné par Paul Merle, est beau, noir avec des traits fins, combat le vice et constitue la parfaite image du colonisé idéal. En 1958, les Éditions Saint-Paul Afrique (Kinshasa) lancent le magazine Antilope où Albert Mongita, sur des dessins d’un certain Lotuli, publia Mukwapamba. En Afrique anglophone, la naissance des premiers strips destinés aux Africains remonte au milieu des années cinquante au Nigeria. Il s’agissait de Joseph’s holiday adventure paru dans le Daily Times avec le soutien intéressé de l’UAC (United Africa Company), la plus grosse société commerciale du pays qui cherchait à redorer son blason à l’approche de l’indépendance. En août 1940, au Kenya, le journal catholique swahiliphone Rafiki yetu, se servait déjà de la BD dans les réclames, imité en cela, très peu de temps après, par le mensuel du Tanganyika, Mambo Leo. Cette tendance durera jusque dans les années cinquante et soixante. La première série de strips non liée à de la publicité date de 1951, dans Mambo Leo, avec Picha za kuchekeshna (des dessins qui vous font rire), signé par les initiales C.S.S. (probablement un Européen). Le premier dessinateur africain en langue swahili a probablement été W.S. Agutu qui a démarré en 1952 la série Mrefu dans le journal kenyan Tazama. Cette série sera suivie par plusieurs autres, en particulier Juah kalulu de Edward Gicheri Gitau (1955) et Juha Kasembe na Ulimwengu wa leo (Kasembe l’idiot et l’environnement moderne) de Peter Kasembe, que l’on peut considérer comme le premier bédéiste tanzanien (1956).

Avec la grande vague des indépendances des années soixante, commencent les premières histoires mises en image et/ou scénarisées par des Africains. C’est le cas de Ny Ombalahibemaso (Madagascar) inspirée par l’ouvrage éponyme du révérend père Rahajarizafy, dessiné par Jean Ramamonjisoa. Elle relate, sur un mode pédagogique, la vie du roi fondateur de la nation malgache, Andrianampoinimerina. La même année, paraît à Brazzaville Les aventures de Tamako. En république démocratique du Congo, en 1965, Achille Ngoie et Freddy Mulongo créent Gento Oye qui deviendra Jeunes pour Jeunes en 1968 puis Kake en 1971. Cette revue fait connaître les premiers grands noms de la BD congolaise : Denis Boyau, Lepa Mabila Saye, Bernard Mayo, Djemba Djeïs et Sima Lukombo. Plusieurs séries deviennent célèbres : Apolosa, Sinatra, Durango, et marqueront durablement toute une génération de lecteurs. En Afrique du nord, l’année 1965 marque la naissance de la BD tunisienne avec la revue Irfane et son personnage attachant, Bou tartoura. L’Algérie voisine connaît une floraison d’œuvres qui illustrent sa libération dont Naâr, une sirène à Sidi Ferruch de Mohamed Aram, paraît dans Algérie-Actualité, en 1967. En 1969, paraît la première revue algérienne de BD, M’quidech, créée par un groupe de bédéistes (Slim, Maz, Brahim Guerroui, Mohamed Aram et Ahmed Haroun) et publiée en français par la SNED (Société nationale d’édition et de diffusion) pour concurrencer les publications françaises de l’époque.

Dans les années soixante-dix, une chape de plomb s’abat sur la plupart des pays africains. La démocratie a du mal à émerger et les dictatures s’installent de façon durable sur le continent. Les auteurs de bande dessinée, comme le reste de la population, en subissent les conséquences : peu d’éditeurs privés, une censure implacable, une presse muselée. La décennie est difficile pour la création. En RDC, Jeunes pour jeunes disparaît en 1978 du non seulement fait de la crise économique mais également à cause de la censure exercée par le régime mobutiste qui multiplie les obstacles juridiques et administratifs pour la presse « indépendante ». Partout, les revues disparaissent peu à peu comme M’quidesh en Algérie, pour les mêmes raisons que Jeunes pour jeunes. Les pouvoirs publics, dans ces années-là ne subventionnent aucune production dans le domaine du 9e art. De plus, les éditeurs, quasiment tous étatiques, sont peu désireux de publier des albums de BD, genre littéraire assez éloigné de la ligne du parti unique. Les auteurs sont démunis et ne peuvent se tourner vers la caricature qui disparaît totalement des journaux. Certains se tournent alors vers les Églises qui leur passent commande d’albums hagiographiques sur des saints ou des béatifiés africains. C’est le cas des éditions Saint-Paul de Kinshasa et de Tananarive qui vont inonder le continent d’œuvres dessinées par des auteurs locaux (dont une bonne partie d’anciens de l’équipe de Jeunes pour Jeunes ou de débutants comme Pat Masioni). Ces albums, d’une qualité graphique incontestable, diffusés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires dans plusieurs langues africaines (lingala, swahili, kikongo, malgache, tshiluba, kinyarwandais…) ou internationales (anglais, français, portugais) sont les premiers (et, hélas, derniers) best-sellers de l’histoire du continent. Ils sont toujours disponibles de nos jours dans les librairies locales. Les premiers héros apparaissent. En côte d’Ivoire, Ivoire dimanche lance deux séries qui deviendront célèbres : Dago (de Appollos et Maïga) puis Monsieur Zézé (de Lacombe). Au Zaïre (RDC), Mongo Sisé reprend deux personnages connus du cinéma colonial belge des années 1950, Mata Mata et Pili Pili. D’abord apparus dans les pages de l’hebdomadaire Zaïre (à partir de 1971), ils deviendront les personnages du premier album congolais en 1978 : Les Aventures de Mata Mata et Pili Pili, Le Portefeuille. Le 9e art commence à toucher certains pays. C’est le cas du Sénégal avec le journal Bingolo ou du Cameroun où Thomas Durand Kiti lance les aventures de l’inspecteur Sam Monfang dans les pages d’un hebdomadaire national. Enfin, l’Europe commence à découvrir les premières productions d’artistes africains. C’est le cas du couple malgache Xhi et M’aa, qui publie dans quatre numéros de Charlie mensuel en 1978.

Du fait des progrès en matière d’alphabétisation et l’arrivée de jeunes auteurs sur le marché, les années quatre-vingt se caractérisent par la prolifération de revues et par l’édition des premiers albums commerciaux. En RDC, Mongo Sise créé en 1986 la revue Bédé Afrique. Son compatriote Barly Baruti l’imitera par la suite en lançant la série Mahuta et Mapeka. Après une longue période d’isolement et de repli sur soi, connue sous le nom de « malgachisation », Madagascar s’ouvre à l’extérieur. Fararano Gazety, 1er magazine contenant un encart BD apparaît en 1981. C’est le début d’un âge d’or de dix années pour le 9e art local, avec une prolifération de magazines et comic-books (Benandro, Koditra, Inspecteur Toky…) très influencés dans leur format par les fumetti italiens et dans leur thème par le cinéma américain. Cette production entièrement en langue malgache restera un phénomène unique en Afrique. À La Réunion est créée une revue qui marquera durablement le paysage local de la BD : Le cri du margouillat. En Algérie, le foisonnement de publications et de nouveaux talents, comme la dessinatrice Daïffa ou le dessinateur Gyps dans la revue à succès El Manchar, fait suite à la démocratisation entraînée par les manifestations de 1988 contre le parti unique. Les débuts de la BD burkinabé sont à chercher dans le quotidien privé, L’Observateur, pour qui Raya Sawadogo signe la série des Yirmaoga, personnage de BD le plus populaire du pays. La Centrafrique voit l’apparition du personnage Tékoué, apparu dans la revue Tatara. Au Gabon, Hans Kwaatail lance en 1985 le premier journal de bandes dessinées, Cocotier, qui publiera cinq numéros. Trois ans plus tard, il crée la première maison d’édition de bande dessinée d’Afrique francophone baptisée Achka. Le Sénégal connaît une réelle production de bandes dessinées. Plusieurs genres sont touchés en particulier historique (La fin héroïque de Babemba roi de Sikasso, Chaka, le fils du ciel) et policier (L’ombre de Boy Melakh, Sangomar). Enfin, La république du Congo-Brazzaville redécouvre la BD à travers les exploits de Petit Piment de Jérémie Bindika. Enfin, les éditeurs traditionnels commencent à publier leurs premiers albums. C’est le cas avec Les Nouvelles éditions africaines (Contes et histoires d’Afrique en trois volumes, Maxureja Gey, chauffeur de taxi), Afrique Éditions (RDC – Mahuta et Mapeka de Barly Baruti) ou Les Nouvelleséditionsafricaines duSénégal(Leuk le lièvre).

Avec les années quatre-vingt-dix une vague démocratique touche l’ensemble des pays africains entraînant une libéralisation quasi-totale de la presse et une floraison de nouveaux titres. Pris dans l’enthousiasme de ce début de liberté, beaucoup d’auteurs décident de s’autoéditer et de vendre dans la rue ou sur les marchés. C’est le cas à Kinshasa où se multiplient les petites revues satiriques tournant en ridicule les dirigeants politiques et les autorités religieuses du pays. Un artiste comme M’fumueto y gagne en grande popularité. D’autres comme Lepa Mabila Saye continuent avec la revue JunioR, créée en 1985, en mettant en scène, par exemple, le personnage de Djo Eph, le Parisien. C’est également le cas en Guinée-Bissau, avec les frères Manuel et Fernando Julio qui éditent en créole et sont diffusés dans la rue sur du papier recyclé. N’tori palan, leur principale série, est une sorte de chronique fictionnelle du quotidien mais également des événements phares qui jalonnent la vie sociale, économique, politique, culturelle et linguistique de leurs pays. Au Tchad, l’association ABC (Atelier Bulles du Chari), montée par le dessinateur et architecte Gérard Leclaire, lance la revue Chari BD ainsi que quelques albums : Palabres au Tchad, (collectif) en 1996 et Les Sao de Adji Moussa en 1999. Le Bénin et le Niger voient la publication de leurs premières BD avec Zinsou et Sagbo d’Hector Sonon (1990) et Aguelasse et les femmes d’Alassane Aguelasse (1991). À Brazzaville, Adolphe Cissé Mayambi créé en 1993 la série Zoba Moke dans la revue La semaine africaine. Au Burkina Faso, la création du Journal du Jeudi, en 1991, hebdomadaire satirique proposant des planches de BD à ses lecteurs, est le signe du renouveau du 9e art dans le pays. Enfin, deux autres pays d’Afrique de l’ouest voient la parution de plusieurs albums. En Côte d’Ivoire, Qui aurait cru qu’une femme… se penche sur la condition féminine, et Cap sur Tombouctou sur le trafic d’êtres humains. Au Sénégal, Le choix de Bintou (1999) traite de l’excision et Farafina express (1998) des difficultés de la vie quotidienne. Le Burkinabé Simon-Pierre Kiba publie à Dakar, Otages, ouvrage qui narre les aventures du lieutenant Hann. C’est plus compliqué pour d’autres pays, comme l’Algérie qui rentre dans une période de guerre civile où les dessinateurs sont pris pour cible. La France continue de découvrir certains talents du continent africain : Barly Baruti dessine les trois volumes de Eva K et Serge Diantantu lance la revue La Cloche. Au Kenya, Sasa Sema publie entre 1996 et 2000, neuf bandes dessinées imprimées localement à 4 000 exemplaires en quadrichromie sur du papier glacé de belle qualité. Au moins cinq d’entre elles sont en swahili. Malgré un certain succès (deux titres furent réimprimés, cinq autres ont été conseillés par le ministère de l’Éducation), la sortie des titres s’arrête en 2000. En Afrique du sud, c’est le début de l’aventure du groupe Bitterkomix qui commence à publier une revue du même nom, sulfureuse et détonante. En parallèle, les caricaturistes prennent une importance grandissante dans les journaux et commencent à éditer leurs premiers recueils, comme le Malgache Elisé Ranarivelo.

Le début de la décennie deux mille correspond à un intérêt certain des organismes occidentaux pour le 9e art du continent. En 2001, par exemple, l’ONG Équilibres & Populations choisit de sensibiliser l’opinion publique sur l’éducation et la santé en Afrique. Le projet fait appel à des dessinateurs africains qui, à l’issue d’une sélection, sont publiés dans un album collectif, À l’ombre du baobab, distribué dans les six mille centres de documentation scolaires de France. Une exposition reprenant les planches sera inaugurée au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2002. Une partie des auteurs concernés décide de ne pas revenir dans leur pays d’origine et de s’installer en Europe. Si quelques-uns abandonnent la bande dessinée et entament une carrière d’illustrateur ou graphiste, d’autres choisissent de faire carrière dans leur nouvel environnement. L’année suivante, l’association italienne Africa e Mediterraneo lance, avec le soutien de l’Union européenne, un grand concours à l’échelle du continent africain et fait paraître un catalogue, Africa Comics, regroupant les meilleures contributions (édité par la coopérative Lai Momo). Par la suite, ce concours sera organisé tous les deux ans. Enfin, le bédéiste français Ptiluc, qui sillonne depuis de nombreuses années l’Afrique en moto en animant des ateliers de formation, essaie de promouvoir des artistes du sud auprès d’éditeurs européens. Cela débouche sur la publication en France d’un auteur comme Gilbert Groud (Magie noire) mais aussi de l’album collectif BD Africa (2004)où apparaissent pour la première fois Pat Masioni (Rwanda 1994) ou Thembo Kash (Vanity). En France, toujours, des associations comme Afro-bulles présidé par Alix Fuilu ou L’Afrique dessinée dirigée par Christophe Ngalle Edimo qui regroupent de nombreux auteurs résidents en Europe, commencent à sortir leurs premiers collectifs et à se montrer dans les festivals. Des maisons d’édition créées par des Africains se mettent à publier des auteurs originaires de leur pays. C’est par exemple le cas de Mabiki, (Bruxelles) qui compte quatre albums du peintre Andrazzi Mbala sur la sorcellerie ou de Mandala BD (Rouen) qui a lancé la série de Serge Diantantu, Simon Kimbangu (2003). D’autres éditeurs africains installés en Europe donnent leur chance à des auteurs du continent. C’est le cas du Camerounais Djehouty qui publie plusieurs œuvres consacrées à des personnages mythiques africains chez Ménaibuc. Ils ne sont pas seuls puisque de plus en plus d’éditeurs font appel à des auteurs africains. Hallain Paluku (né en 1977 – RDC) se fait remarquer dès l’année 2006, avec Missy, personnage de femme ronde sans visage qui sera publié dans un album (La boîte à bulles, scénario de Benoît Rivière). Il publiera par la suite Rugbill (2007) et Mes 18 ans, parlons en ! (2009). Hector Sonon, prépare un album début 2011 pour la collection Rivages noirs, chez Casterman. Enfin, un artiste comme Serge Diantantu oscille entre l’autoédition (La petite Djilly et mère Mamou – 2009) et éditeur plus traditionnel (Bulambemba chez Caraibédition – 2010).

En parallèle, la situation s’améliore sur le continent où les bédéistes s’unissent, structurent leurs efforts et mettent en commun leur savoir-faire. En RDC, le journal Kin label, dirigé par Asimba Bathy, se crée en 2008 et arrive à créer des passerelles entre différents auteurs en présentant leur travail, tout au long d’une quinzaine de numéros déjà parus à ce jour. Au Mali, le Centre de la BD de Bamako (anciennement association Esquisse) fédère les talents et arrive à drainer des commandes d’ONG et d’organismes parapublic. Certains de ces membres entament une belle carrière individuelle comme Massiré Tounkara qui publie en décembre 2010 Le Mali de Madi, un album retraçant les cinquante années d’indépendance de son pays, ainsi que le tome III de Issa et Wassa, une série commencée en 2008. Au Bénin, les auteurs s’organisent aussi pour exister à travers différentes manifestations et expositions. Enfin, certaines réussites donnent de l’espoir, c’est le cas de revues comme Gbich en Cote d’Ivoire ou Ngah à Madagascar, mais également d’auteurs qui choisissent de rester au pays tout en produisant également pour l’étranger : on peut citer Barly Baruti, rentré en RDC en 2003, Thembo Kash, Pahé, Didier Kassaï. Au Nigeria, les années deux mille voient l’émergence d’une véritable industrie de la bande dessinée avec des tirages de plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires d’un genre très tourné vers le modèle anglo-saxon (couverture souple, papiers en noir et blanc, phénomène de la série à épisodes…) qui rencontre l’assentiment du public. Enfin, l’Algérie, après plus de quinze années de sommeil, se tourne à nouveau vers le 9e art avec l’organisation du Festival international d’Alger dont les trois éditions rencontrent un franc succès.

Après un siècle d’existence, la BD d’Afrique semble avoir trouvé ses marques. Autrefois parent pauvre du domaine des arts, elle commence à montrer des signes de vitalité incontestable. Le public parisien a eu l’occasion de s’en rendre compte à l’occasion du 1er salon des auteurs africains qui s’est tenu à Paris à la fin d’année 2010. Le lancement d’une collection de BD par des artistes du continent chez L’harmattan, est une occasion supplémentaire de montrer que l’Afrique a une place à prendre dans ce domaine.

Erstein, le 28 décembre 2010///Article N° : 10365

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Les images de l'article
Le sida... sous le regard de Zohoré © Ceda éditions
Massiné, Issa et Wassa 2 © Éditions Banlani's
Aventures en Centrafrique © Educa
Mayélé © Éditions Kitenge Lubika




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