La Récupération

D'après Kossi Efoui

Mise en scène : Kangni Alemdjrodo
Print Friendly, PDF & Email

 » Il a fallu réarranger les deux versions du même texte dont nous disposons. Le théâtre de Kossi Efoui fonctionnant dans la réécriture permanente de ses textes, il était important de les superposer pour en proposer une version qui soit nôtre, mais qui respecte son esthétique du fragment. « 
Kangni Alemdjrodo, Notes de mise en scène.

Les avatars d’une récupération
Curieuse chimère que cette adaptation de l’oeuvre de Kossi Efoui qui puise dans les deux versions de la pièce, l’une de 1988 publiée à Lomé et celle plus récente publiée en 1992 chez Lansman sous le titre Récupérations.
Pas de plateau de télévision, pas de talk-show qui réunisse les plus grands spécialistes de la misère, pas de reality-show qui dérape, l’adaptation de Kangni Alemdjrodo est bien plus sage, bien moins cruelle aussi et sans doute moins sarcastique que Récupérations. Un journaliste qui enquête sur la vie d’une petite communauté dans un bidonville, décide finalement d’embaucher les paumés qu’il interviewait pour leur faire jouer leur propre rôle dans un film à gros budget qu’il réalise. Mais ces comédiens de fortune  » infortunés  » finissent par se lasser et se rebiffent contre le récupérateur de leur misère et le tuent.
Alors que Récupérations mélange fictions et réalités dans un enchevêtrement inextricable qui étourdit le spectateur, La Récupération de Kangni Alemdjrodo abandonne la pluralité pour une adaptation qui simplifie l’intrigue, proposant une mise en abyme plus classique, structurée en trois actes : le bidonville (réalité), le tournage (la fiction), le dérapage (la fiction agit sur la réalité). Si cette adaptation privilégie la lisibilité, elle s’en prend aussi essentiellement à la récupération politique des mouvements sociaux et n’atteint pas le même degré de dénonciation que Récupérations qui tire à tout crin sur une société poreuse où le faux prime sur le vrai et où tout se recycle jusqu’à la misère. La simplification par trop moralisatrice a sans doute affadi la portée de la mise en abyme et la mise en scène elle-même s’en trouve finalement assez terne.
Mais la vraie récupération de ce spectacle est sans doute celle des acteurs dont le talent et l’efficacité ont permis à la pièce de retomber sur ses pattes. Macaire Kodjo Gbikpi est remarquable dans le rôle du jeune enfant meurtrie ; quant à la prostituée que joue Linda Ahiekpor elle ne tombe jamais dans le cliché. Ramsès Bawibadi Alfa que l’on a déjà pu voir dans un one-man show à Grand Bassam à l’occasion du Festival des Arts de la Rue en août dernier (Africultures n°11, pp. 91-96) et qui a rejoint récemment L’Atelier théâtre de Lomé a donné toute sa mesure dans son costume de Dieu : salopette bleue, croix de bois au cou et équipement de menuisier… on aura tous compris l’allusion !

Décor : Sokey Edorh
Son et Lumières : Alexis Amavi
L’atelier Théâtre de Lomé (Togo) avec Ramsès Bawibadi Alfa (Paul), Linda Ahiekpor (Moudjibate), Gaëtan Noussouglo (Le journaliste), Macaire Kodjo Gbikpi (Yen Yah), Claude Noutsougan (Le policier), Cyriaque Noussouglo (Kéli), Laëtitia Akolly (L’assistante sociale).///Article N° : 812

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire