Littérairement foot 3 : ROMA NEGRA

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En juin 2014, la coupe du monde de football se déroule au Brésil. L’occasion pour Africultures de vous proposer une aventure littéraire originale. Marc-Alexandre Oho Bambe vous transporte dans un récit d’anticipation. Un voyage littéraire. Mais pas seulement…

Mardi 1er juillet 2014.
Baie de tous les saints.
Sourire aux rêves, j’accoste.
Il est huit heures.
Un nouveau jour, de cette passionnante coupe du monde de football, se lève.
Comme la vague de mes souvenirs.
Retour à Salvador où je mis les pieds, la première fois il y a dix ans.
Pour découvrir la ville, la fête et… l’Afrique.
À Bahia.
Ému, je repense à mes premiers pas, dans l’univers « carnavelesque ».
De Bahia.
Pendant 4 jours et 4 nuits, la population entière vit, sévit, se vide.
Dans la rue.
Au rythme des musiciens et groupes d’axé et samba, corporations de capoeira et sectes, qui se mélangent pour (faire) chanter et (faire) danser.
Jusqu’à l’épuisement.
Le carnaval de Salvador est une fiesta improbable.
De rue.
La fête des fêtes.
Je me rappelle de ma surprise devant le nombre de « Trios », vous savez, ces semi-remorques tapissés de haut-parleurs, avec orchestre sur le toit, qui sillonnent la cité sans sommeil et mettent une ambiance de folie. Et de feu.
La ROME NOIRE est surnommée Capital da Alegria.
Tout un programme.
Pour un explorateur et chercheur d’âme, noctambule comme moi.
Émoi again.
J’ai la mémoire dans les mots, et cette ville unique, dans la peau.
Première capitale du Brésil, Salvador de Bahia est de fait, un point de convergence des cultures : africaines, européennes et amérindiennes.
Je me souviens, d’avoir été comme appelé ici, happé par la magie de ce lieu précieux, chargé d’émotion et d’histoire.
Depuis me hantent son architecture Renaissance, ses maisons polychromes aux couleurs vives et ornées de décorations en stuc, ses pilotis pittoresques, la musique subtile de Gilberto Gil qui y est né, les poèmes de Jorge Amado, et le choc de la découverte.
De l’Afrique, à mille lieues du continent noir.
Me hantent également, les fantômes du quartier populaire du Pelourinho où les esclaves noirs étaient cloués au pilori. Nettoyée et restaurée depuis, la ville basse est aujourd’hui symbole du métissage de Bahia et inscrite par l’UNESCO au [Patrimoine mondial de l’humanité]

SALVADOR
Depuis l’Elevador
Qui relie TES villes
Et surplombe TA baie
Ma belle
Je le crie :
TU es Africaine
Et reine
Ma belle
ROMA NEGRA
BAHIA
TERANGA
TU es pays
Monde
TU es pays
Mien
En témoignent
TES mets épicés
TA mystique
Et TES rites vaudous
Qui m’envolent
Vers PORT-AU-PRINCE
Ou COTONOU

À TOI
ROME NOIRE
Je voudrais offrir
Mes rimes et mes roses
Mélodies et ma prose
Car en TOI
Je me suis senti
Chez moi
Et je l’écris :
TU es Africaine
Et reine
Ma belle
Baie de tous les saints
SALVADOR DE BAHIA

Il est huit heures.
Un nouveau jour, de cette passionnante coupe du monde, se lève.
J’ai rendez-vous. Avec moi-même. Et avec elle.
Incorrigible, j’ai misé un billet sur la flamboyante Espagne de Xavi et Iniesta qui affronte ce soir en huitièmes, la Côte d’Ivoire de Didier Drogba.
Mais peu m’importe l’équipe qui gagne cette fois, je me sens zen. Et pour une fois, ce n’est pas le foot qui compte, mais la sensation, brûlante, du retour au pays qui l’emporte.
Je me sens bien ici, chez moi.
Chez moi, dans cette ville nègre.
Comme ma poésie.
Rieuse, rebelle et sensuelle.

///Article N° : 11736

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