Salon du Livre de Paris :

De la langue et d'autres choses

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Le Salon du Livre de Paris a réuni du 19 au 24 mars 221 000 visiteurs. Une petite centaine sont venus rencontrer des écrivains haïtiens, africains et québecois lors d’un débat en forme de regards croisés organisé par le CLEF – un débat passionné.

Il y a des choses auxquelles ont n’échappe pas lors des débats sur la littérature africaine – ou sur une quelconque autre »marginalité » francophone, Haïti, Québec et Antilles confondus. On s’y attend et on se trompe rarement : la fatale question de la langue de l’écrivain finit toujours par surgir. Serait-ce une demande du public ? On s’étonne en tout cas de voir les écrivains réduits à parler de la langue de leur écrits – car c’est bien de cela qu’il s’agit – comme si leur intérêt se limitait à cet aspect des choses. Ils se résignent souvent à réciter les mêmes réponses…
Certains se révoltent : »On parle de la langue comme s’il existait une sorte de sainteté autour. Comme si, parce que nous parlons la même langue, nous étions sur la même longueur d’onde », s’exclamait Dany Laferrière, écrivain d’origine haïtienne. »Quand je lis Tolstoï, je n’ai pas l’impression de lire du russe ou du français – je lis du Tolstoï. Quand on parle de langue, on a l’impression qu’on n’est pas encore écrivain ! » Tout se passe effectivement comme si poser la question de la langue revenait à reléguer l’écrivain en périphérie, loin du centre… Bernard Pivot n’hésitait ainsi pas à introduire son Bouillon de Culture du vendredi précédent par :  » Il n’y a pas qu’en France qu’on écrit bien le français.  » Et Laferrière de noter :  » Ce qui suppose qu’en France on écrit bien le français !  »
Il est vrai que l’Ivoirienne Véronique Tadjo insistait sur le fait que  » c’est le rapport à la langue qui trahit l’identité « , reprise par Fatou Keïta, elle aussi Ivoirienne :  » On échappe pas aux catégories.La critique nous y enferme systématiquement.  »
Interrogé par l’animatrice du débat, Catherine Pont-Humbert, sur son interview dans le numéro 16 d’Africultures où il parlait  » d’anthropophagie culturelle « , Stanley Péan rappelle qu’on ne choisit pas forcément sa langue. Arrivé d’Haïti au Québec à l’âge de quelques mois, il écrira en français, alors que tel autre ayant atterri à New York utilisera l’anglais. Jean-Claude Fignolé, qui vit en Haïti, évoque l’impérialisme du français : »Si les Français posent toujours la question de la langue, c’est pour dorer leur ego. Les éditeurs français ont tendance à nous enfermer dans le ghetto de l’exotisme : on devrait toujours parler de la dictature, de la corruption, de la barbarie et on nous refuse une présence dans le monde qui soit notre propre vision. » La Québécoise Monique Proulx, qui note en passant que les Québecois sont tout autant marginalisés et considérérés comme  » de charmantes verrues plantaires « , mise sur l’intelligence du lecteur : »Ce n’est pas la langue qui compte mais l’imaginaire de l’écrivain. »
Question inévitable ? Certainement pas. Question insignifiante ? Non plus. Laferrière parle lui-même du »goût des mots » en créole, des sonorités qui lui manquent – le temps d’un paragraphe dans un livre de 300 pages. Mais prend-on la peine d’évoquer ses propres mots ? Et que fait-on du reste du livre ?

///Article N° : 869

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Les images de l'article
Le stand de l'Harmattan © Olivier Barlet
Véronique Tadjo, Stanley Péan, Catherine Pont-Humbert, Fatou Keïta, Dany Leferrière et Monique Proulx © Olivier Barlet




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