Afrique noire : écritures contemporaines d’expression française

Théâtre/Public 158, dossier conçu et réalisé par Sylvie Chalaye

Un phénomène récent et singulier
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Sylvie Chalaye permet depuis le début à Africultures d’être la seule revue française (et le seul site internet) à rendre systématiquement compte des créations théâtrales africaines contemporaines. Alors que son livre « Du Noir au nègre : l’image du Noir au théâtre de Marguerite de Navarre à Jean Genet (1550-1960) » (L’Harmattan 1998) fait référence sur la question de l’imagerie et des représentations, ses publications récentes proposent un instructif écho au travail de fourmi réalisé dans notre revue.
Elle introduit ce n°158 de la revue Théâtre/Public par deux citations emblématiques. L’une est de Proust et dit notamment : « Chaque écrivain est obligé de faire sa langue », tandis que l’autre est de Blaise N’Djehoya et se termine par : « Y’a pas de honte à ça. A être alien. Etranger à soi, à son histoire. Car qui manie deux langues, la maternelle et la colonelle, baise forcément mieux ».
Tout est dit : ce dossier porte sur des auteurs qui s’affirment dans leur individualité et revendiquent la richesse de leur entre-deux culturel.
Il commence par les précurseurs : Sony Labou Tansi, Williams Sassine, puis se penche sur Caya Makhélé, Michèle Rakotoson, Koffi Kwahulé, Kously Lamko, José Pliya, Kossi Efoui. Sylvie Chalaye est à l’école Africultures, avec le même souci de donner la parole aux dramaturges comme aux metteurs en scène par de riches entretiens, avec la même envie de partager sa passion par une présentation vivante et largement illustrée.
Tout comme les auteurs qu’il prend en exemple, les plumes souvent célèbres qui ont contribué à ce numéro n’entrent jamais dans une définition du théâtre africain. Au contraire : ils tentent de cerner un de ses aspects, « singulier et récent », qui « entre en dialogue avec l’écriture contemporaine » et « questionne le théâtre occidental de l’intérieur » (p.6). Cette subversion est l’objet de cette étude, et c’est bien sûr elle qui nous passionne, d’une telle actualité ! Car ce « théâtre se veut éminemment politique. C’est un théâtre qui va à la rencontre de l’autre, l’interpelle, le questionne, le provoque aussi. C’est un théâtre qui vise à mettre en crise le spectateur au lieu de la conforter dans ses habitudes : il lui ouvre les yeux sur le monde, sur une Afrique qui n’est plus là où on l’attendait, sur toutes ces béances, souvent nées de l’histoire, qui trouent la société contemporaine. » (p.40)
On l’a compris : après avoir dévoré ces lignes, on est saisi d’une insurmontable envie d’aller au théâtre.

Afrique noire : écritures contemporaines d’expression française, Théâtre/Public 158, dossier conçu et réalisé par Sylvie Chalaye, revue bimestrielle publiée par le Théâtre de Gennevilliers, mars-avril 2001, 10,67 euros (41, av. des Grésillons, 92230 Gennevilliers).///Article N° : 2407

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