Cinéma/TV

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Cannes 2000

Votre film n’est-il pas une poursuite de votre analyse impertinente de l’image du Noir dans nos sociétés ? Oui, il y a ça mais c’est avant tout un amusement : je mêle les choses que j’aime et qui m’amusent. Je fais du cinéma comme je fais la cuisine. Je n’ai jamais appris le cinéma à l’école. C’est une chance ! Et du coup, je ne m’arrête pas à des codes. J’invente des trucs pour servir l’histoire. Avec ce film, vous avez utilisé les ficelles du numérique mais aussi avec des trucages d’amateur qui fonctionnent finalement très bien. Oui, j’ai trafiqué…

De Hugh Hudson

Ce fut à Cannes le film de clôture de la sélection officielle Un certain regard : le nouveau film de l’auteur de « Kramer contre Kramer », « Greystoke ou La Légende de Tarzan ». Les sélectionneurs n’ont-ils donc pas un once d’esprit critique dans leur vision de l’Afrique ? Je m’attendais à être affligé, mais pas à ce point là… « L’Afrique est une terre bénie, vierge, mystérieuse et envoûtante », déclare le réalisateur qui poursuit : « Mais c’est aussi un pays impitoyable et sauvage ». Tout est dit : Kim Basinger, devant un paysage magnifique mêlant étendues sauvages et bêtes tout aussi sauvages s’écrie assise…

De Spike Lee

Il s’appelle Jésus. Sans doute pas par hasard. Toujours est-il qu’il joue assez bien au basket pour être courtisé par toutes les fédérations. Son père (Denzel Washington) sort de prison. Evénement heureux ? Pas sûr, puisque s’il est en prison, c’est pour avoir tué sa femme, la mère de Jésus… De plus, il est le jeu du Gouverneur : il croupira définitivement en prison s’il n’arrive pas dans la semaine à enrôler son fils dans l’équipe de basket de l’université d’Etat… On voit que le scénario ne donne pas dans la dentelle, mais avec un Spike Lee aux commandes, le…

De Marc Levin

Entre les mains du réalisateur de Slam, le sujet promettait : de jeunes Blancs rebelles d’un trou paumé vivent au rythme du gangsta-rap noir-américain – une façon de résister à un environnement où la crise économique accentue le sentiment d’enfermement. Comme dans La Haine, ces ados rappeurs dégurgitent un flot de paroles jargonneux pour se construire une identité de refus et de colère. C’est bien sûr agaçant mais cela aurait pu être intéressant car au fond ce qui gêne dans Whiteboys est plutôt le fait qu’en stéréotypant les personnages à l’extrême, Levin les caricature tellement qu’ils en deviennent carton pâte…

De Oussama Fawzi

La marginalité comme révélateur de la vie pour une société embourbée dans les conventions : le thème est suffisamment provoquant pour faire réagir. C’est le pari du Paradis des anges déchus ». Son programme semble même être le rentre-dedans : il s’agit de cultiver la transgression, et, pour en persuader le public, d’accumuler les hyperboles. Jeunes, putes et membres de la famille bourgeoise sont extrêmes, emblématiques d’une jeunesse, d’une dérive ou de la fixation d’une société. Il faut davantage pour faire l’épaisseur d’un film. L’argument, emprunté à Jorge Amado, joue la mort d’un marginal ancien bourgeois et l’affirmation de vie de…

Documentaire de Fatima Jebli Ouazzani

Une femme marocaine est partie avant que son père ne lui impose un mari :  » Je voudrais te dire ce que je n’ai pas pu exprimer il y a des années. J’avais peur, et cette peur tu ne l’as pas vue « . Un film à la seconde personne, une façon d’explorer son choix, une introspection. Dans la ville de son enfance, elle retrouve ses souvenirs mais aussi ses grands-parents. Moments édifiants de souffrances accumulées, de renoncements. Deux jeunes Hollandais issus de l’immigration marocaine qui viennent se marier au pays lui permettent d’évoquer ce à quoi elle a voulu échapper. Entremêlant subtilement ces…

De Jean-Marie Teno

Un jeune homme est accusé d’avoir volé une poule et quatre poussins.  » Tu as aussi volé mes canards ?  » Un lynchage se prépare. Cette scène de justice populaire sert à Teno de point de départ à une réflexion sur les inégalités dans le pays. Réflexion en boucle qui passera par le règlement intérieur du mari au foyer, découvert au dos d’un calendrier, une cérémonie de mariage où le maire insiste lourdement sur le fait que c’est le mari qui choisit la résidence du couple, une interview de Pius Njawé, rédacteur en chef du Messager qui fut emprisonné sans jugement pour avoir…

De Dieudonné Ngangura Mweze

 » Moderne, corrosif, revigorant et attachant  » : l’écrivain Henri Lopès, président du jury, n’y est pas allé par quatre chemins pour défendre le choix de Pièces d’identité pour l’étalon de Yennenga du dernier Fespaco. C’est effectivement une comédie bien jouée, rythmée et très humaine, qui a emporté l’adhésion du public de Ouagadougou. Les mésaventures de Mani Kongo, roi africain venu chercher au pays de Tintin sa fille dont il est sans nouvelles, sont l’occasion d’une description à la fois tendre et acerbe des Bruxellois autant qu’une ode à la dignité humaine face à cette mise en pièces de l’identité qu’est toute immigration.…

De Nadir Moknèche

Les femmes de « Le Harem de Madame Osmane », long métrage de Nadir Moknèche (Algérie/France 2000, 100 min.) font penser à ces femmes au bord de la crise de nerfs de l’Espagnol Almodovar. Et c’est d’ailleurs une Espagnole qui y jouait, Carmen Maura, qui en interprète (avec brio) le rôle principal. Le film ne joue pas dans la dentelle et ne ménage personne. C’est d’ailleurs ce qui fait sa valeur, outre le fait d’être très efficacement tourné. Seule concession pour obtenir les aides françaises : il est entièrement en français. A travers Mme Osmane, c’est « l’échec de nos projets depuis l’indépendance »…

La biographie de l’acteur, metteur en scène et réalisateur Sidiki Bakaba en p.25 du dossier Acteurs noirs (Africultures 27) ne rend pas compte de ses derniers rôles et créations. Depuis 1996, il a interprété Les Déconnards de Koffi Kwahulé (cf. critique dans Africultures 18 p.26 et entretien dans Africultures 19 p.45) qu’il a co-mis en scène et qui a obtenu le prix Unesco au Masa d’Abidjan en 1999. De 95 à 97, il a réalisé pour TV5 31 épisodes de la série Le Nord est tombé sur la tête ainsi qu’un documentaire en Côte d’Ivoire, Fête de génération Aboboté. Il…

Entretien d'Olivier Barlet avec Samba Félix N'Diaye, cinéaste

Paris, juin 2000

Le cinéaste sénégalais Samba Félix Ndiaye a été invité par Fest’Africa à réaliser un documentaire sur l’événement Rwanda 2000. Cela ne pouvait que lui poser crûment la question de la représentation des traces du génocide.

Réflexion d'un chef opérateur

L’homme à la caméra est confronté à la représentation. Le film l’expose lorsqu’il enregistre une vision du monde où la rationalité est bousculée par des croyances. De fait, il prend conscience du poids du pressenti, du ressenti et des visions prémonitoires et en libère une suite d’images. Cette vision du réel draine son imaginaire, fait aboutir le film à une transcription d’images tout autant réelles. Le support film s’affronte à la problématique du signifiant de la mort. Le film n’a pas fonction d’immortaliser la vie mais de la faire perdurer. Quand les gens s’exposent devant la caméra, ils savent que…

Entretien d'Olivier Barlet avec François Woukoache

Juillet/août 2000

Les lecteurs d’Africultures connaissent bien François Woukoache, pour avoir lu son interview dans le dossier  » L’esclavage aboli ?  » du numéro 6, à propos de son film Asientos. Alors qu’il était en partance pour Kigali pour une longue période, je n’avais pas encore pu voir Nous ne sommes plus morts, réalisé au Rwanda et présenté lors de l’événement Rwanda 2000. Il nous semblait cependant important qu’il trouve sa place dans ce dossier. Je lui ai donc posé des questions générales et nous avons complété par quelques questions par courrier électronique après vision de son film, dont on trouvera les réponses en fin…

De François Woukoache

 » Nous n’avons pas réagi, ou si peu, trop préoccupés à faire des films, trop loin.  » Les images terribles des corps enterrés au bulldozer hantent la télévision diagonale déjà vue dans Asientos. La même interrogation de mémoire. Comment filmer la traite négrière ? Comment filmer le génocide ?  » Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse « , écrivait Césaire. Woukoache choisit de filmer la vie. Sans contourner la douleur. A commencer par celle de ces jeunes qui demandent pourquoi personne n’a su lire les signes annonciateurs du génocide. Les questions s’alignent. Comment reconstruire la fraternité brisée ? Comment rêver d’un Rwanda nouveau ? Et…

POM Films présente un cinquième programme de films courts tournant autour de l’opposition entre la tradition et une modernité importée. Dans Le Retour d’un aventurier (34′), le Nigérien Mustapha Alassane ironisait dès 1966 sur la fascination qu’exerce l’Occident sur l’imaginaire africain. De retour d’un voyage aux Etats-Unis, un jeune offre aux amis de son village natal des panoplies de cow-boys. La petite bande transforme vite le village en cité du Far West ! Utilisant à merveille le décor africain pour des images de western, Alassane montrait dans ce film qui n’a pas pris une ride combien c’est en parodiant les valeurs…

Entretien d'Olivier Barlet avec Moustapha Alassane

En avril dernier, le festival Racines noires de Paris rendait hommage à Moustapha Alassane, mécanicien, autodidacte et premier réalisateur de films d’animation de l’histoire du cinéma africain . Déjà, Le Retour d’un aventurier annonçait tant par sa caméra que par son sujet le cinéma d’animation dont il émaillera ses films comme FVVA (Femmes, Villa, Voiture, Argent, 1972) et auquel il se consacrera avec par exemple Bon voyage, Sim (1966, 5′) où le président de la « République des crapauds » part en voyage, ou Samba le grand (1977, 14′) où des marionnettes animées racontent les aventures d’un héros légendaire qui demande la…

Entretien d'Olivier Barlet et Jacques Matinet avec Isaach de Bankolé

Paris, mars 2000

De Ghost Dog du Nord-américain Jim Jarmush à Lumumba du Haïtien Raoul Peck (présenté à Cannes 2000) et à Batu, le dernier film du Malien Cheick Oumar Sissoko, Isaach de Bankolé est devenu un acteur international, installé à New York, et très sollicité. Cet entretien retrace son parcours et comment il a croisé de grands noms de la création tant théatrale que cinématographique. Comment des gens aussi divers peuvent-ils ainsi être reliés en une toile d’araignée mondiale ? En mettant l’essentiel non dans la différence mais dans la relation. Il en ressort une circulation permanente, un échange où la gangue…

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Isaach de Bankolé © Olivier Barlet




D'Isaach de Bankolé

C’est en noir et blanc et c’est tant mieux. Car cela ouvre l’intimité. Le blues de Cassandra Wilson et de ses merveilleux musiciens nous enveloppe et ne nous lâche plus, tandis que la caméra virevolte tout proche d’elle. Des éléments s’encastrent : Cassandra danse dans un parc, Cassandra et Isaach fleurissent la tombe de Miles Davis, ou se promènent au bord de la mer, ou s’affrontent. Et Cassandra chante Love is blind… La caméra, clairement amoureuse, la saisit dans toute sa beauté et ce corps danse, rythme, se fond dans le blues pour l’exprimer tout entier. Ce film a la corporalité…

Dans la théorie du cinéma, l’approche postcoloniale ne prend encore que peu la question de la différence à bras le corps. Pourtant, c’est ainsi qu’elle engagerait le discours critique occidental à se concentrer enfin sur autre chose que d’enfermer l’Autre dans sa différence, à savoir interroger son propre regard sur l’Autre. La question semble essentielle dans le contexte français.

De Norman Jewison

Cela commence mal. Les ficelles habituelles du film à thème américain s’entremêlent sans en oublier aucune. Un homme noir en passe de devenir champion du monde de boxe est jeté en prison, accusé de meurtres qu’il n’a pas commis. Une pénétrante musique achève d’asséner ce que l’image dramatise déjà à souhait, tandis que la dualité entre bons et méchants ne laisse aucune doute planer. Et puis, c’est le miracle : l’émotion s’engouffre par une voie inattendue, celle d’un jeune Noir qui se reconnaît dans le récit que Carter a publié sur sa vie. Naît une amitié qui permettra à chacun des…

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