Écrits pour la parole et Blues pour Élise

Pour la première fois sur scène !

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Quand l’écriture affûtée de Léonora Miano rencontre l’esthétique d’Éva Doumbia, ça chauffe sur le plateau ! L’auteure a confié son Blues pour Élise et ses Écrits pour la parole à la metteure en scène. Résultat : Afropéennes, où les personnages du roman s’approprient les mots et les voix de la foule peuplant les Écrits. Entretien croisé, après la première de ce spectacle qui fera date, porté par des comédiennes talentueuses bigger than life, créé à Limoges, le 29 septembre 2012 au festival Francophonies en Limousin.

Comment avez-vous eu l’idée de monter les textes de Léonora Miano ?
Éva Doumbia : C’est un coup de foudre. Ou mieux, une évidence. Cette parole-là n’a jamais été dite en France. Cela a mis des mots sur des choses que je cherchais dans mon travail. C’est une des premières fois, à part peut-être avec les écrits d’Edward Bond – ledramaturge anglaisoù je n’ai qu’à faire mon travail de metteure en scène.
Léonora Miano : Avec Éva, on se connaissait avant la parution des Écrits. Quand j’ai eu envie de faire quelque chose pour le théâtre, je lui ai envoyé le texte.
Éva, en quoi a consisté votre travail d’adaptation ?
É. D. 
:La filiation est surtout un des fils rouges de mon travail, comme dans Exils 4. Le thème de la paternité est très présent dans Blues pour Élise. J’ai suivi la trame du roman. Mon adaptation commence avec le speed-dating. Elle se termine avec le drame autour de la naissance de Shale, l’un des personnages du roman. C’est lors des répétitions que les Écrits pour la parole sont venus naturellement contaminer mon travail et ont trouvé leur place dans l’adaptation.
À chaud, comment avez-vous trouvé la représentation ?
L. M.
 : Je suis une emmerdeuse, une provocatrice mais pas une grande marrante (rires). J’envisageais les choses de manière beaucoup plus austère.
É. D. : Pourtant tes textes sont drôles.
L. M. : Je suis surprise de voir ce qu’on peut en faire. Le résultat est impressionnant.
Pourquoi avoir nommé ce spectacle Afropéennes ?
É. D. 
:C’est ce qui sonne le mieux, ce qui interroge le plus.
Partagez-vous la même conception de l’afropéanité ?
É. D. 
:Rencontrer Léonora a été déterminant pour dialoguer plus aisément sur ce sujet. Je suis une Afropéenne.
L. M. :Et pas moi. C’est la seule différence. J’insiste parce que je tiens à ce qu’on comprenne que les personnages dont je parle ne sont pas des immigrés. Ils ont grandi en France, contrairement à moi. Je souhaite qu’il n’y ait plus d’amalgame entre noir et immigré. Quand je me suis lancée dans mes projets d’écriture, j’ai pensé à ma fille qui est une afropéenne, née en France, de parents subsahariens. Elle a des attaches en Afrique et de la famille, mais son pays, c’est la France. Les Afropéens sont les Noirs d’Europe, avec leur histoire propre, comme il y a des Noirs au Brésil ou aux États-Unis.
Malgré les thématiques difficiles abordées, le spectacle est très joyeux !
L. M. 
: Ça, c’est le travail de l’auteur. Si celui-ci, et c’est mon cas, n’adopte jamais cette position victimaire, alors le spectacle non plus. Mon propos est de révéler l’intime et de faire émerger une parole qu’on refuse d’entendre, pas de régler mes comptes avec une société qui n’a pas d’autre choix que de se confronter à ses enfants. Ils ne sont pas expulsables. Ils vont rester là, chez eux. La société doit les prendre en compte et eux-mêmes doivent prendre leur place.
É. D. : On parle de plein de choses dans ce spectacle. Il influe encore sur ma réflexion. La réalité d’une jeune fille des quartiers n’est pas la même que celle d’une Afropéenne de la classe moyenne. On ose tout aborder : l’amour, le sexe, les enfants cachés au pays, le mal à la mère ou au père.
La pièce révèle de sacrés personnages, joués par des actrices de tempérament, moulées dans les créations très féminines de Sakina M’sa. Comme Akasha, interprétée par Nanténé Traoré…
L. M. 
:Elle joue divinement la personne alcoolisée !
É. D. : Ce moment de la pièce – où Akasha, saoule et très drôle, tempête contre les hommes qui souhaitent une compagne qui ressemble à leur mère – dérange beaucoup certains spectateurs. J’ai hâte de voir comment certains hommes africains vont réagir ! (rires).
Comment avez-vous travaillé avec les comédiennes ?
É. D. 
: Certaines connaissaient très bien le texte. Je les faisais donc improviser en leur donnant des thèmes. On a avancé rapidement. Il y a une confiance absolue entre moi et les comédiennes. C’est troublant, cet état de sororité. Au point qu’on a exactement les mêmes lectures.
L. M. : La Vie sans fards (de Maryse Condé) ?
É. D. :Déjà terminé. En tant que membre du jury, je lis tous les livres en sélection pour le prix Mahogany 2013 – créé par Léonora Miano – avant de lire Homede Toni Morrisson.
Un dernier mot ?
L. M. 
: Éva aurait pu sacrifier à l’air du temps qui veut que l’on produise des spectacles moins chers, et réduire l’équipe présente sur le plateau. Sa proposition est forte et ambitieuse et mérite d’être vue par le plus grand nombre.

Le spectacle Afropéennes sera joué les 16 et 17 octobre 2012 au WIP de la Villette (Paris 19e).///Article N° : 11060

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Léonora Miano pendant une séance de dédicace de Écrits pour la parole, L'Arche Éditeur © DR
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