La Fable du cloître des cimetières

De Caya Makhélé

Mise en scène : Patrick Mohr
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La pièce de Caya Makhélé, qui a reçu le grand Prix Tchicaya U’Tamsi (RFI / Dramaturgies du monde) en 1993, convoque également une histoire universelle, celle de la descente aux enfers. Makiadi, un clochard amoureux se laisse abuser par une morte qui l’entraîne dans un au-delà loufoque où les barmen mettent en bière, où les fillettes traversent les murs et choisissent leur maman avec de la barbe au menton, où les charlatans des marchés mangent du chien et mettent ces toutous à toutes les sauces. Mais ce voyage initiatique à travers une forêt de vérités et de mensonges le conduit à trouver sa véritable place dans le monde. Makiadi pourrait bien être l’allégorie d’une Afrique en quête d’un avenir. Il est à lui tout seul  » un décor de cette ville « (p.62). Le masque de clochard qu’il porte est en somme le masque de cette Afrique dont la seule identité est devenue la pauvreté et la dépendance. Cependant par le regard de Motéma le masque de clochard peut se transformer en  » masque de l’héroïsme  » (p.61).
Prise entre le souvenir embelli d’une Afrique mythique et les traces irrémédiables de la colonisation, écartelée entre la nostalgie d’une histoire à jamais perdue et la nécessité d’envisager un avenir, comment l’Afrique moderne peut-elle trouver une place et un rôle dans le monde ? Celle qui appelle Makiadi dans l’autre monde, cette femme démembrée et couverte de sang, cette femme qui s’est crevé les yeux comme Oedipe, cette femme sur laquelle est passé le train de la colonisation et du modernisme, n’est, elle aussi, qu’une allégorie de l’Afrique perdue et qui aujourd’hui n’a plus sa place que dans les musées. Néanmoins si cette Afrique fantôme a encore le pouvoir de soulever l’espoir des Africains, il faut savoir la sacrifier pour qu’elle renaisse de ses cendres. C’est un mensonge qu’il faut sans cesse réinventer pour retrouver dignité et identité. Et celui à qui il est donné de scruter les restes, n’est-ce pas l’artiste ?
Cette pièce est un hymne à la création, la création qui sauve. Pour se reconstruire, l’Afrique doit renoncer à la vérité une et indivisible. Pour se retrouver et reconstruire sa propre vérité, elle n’a d’autres choix que d’explorer le monde de l’illusion, le monde de Motéma, ce monde où tout est double, autrement dit le monde de la fable, le monde de l’art.

La Fable du cloître des cimetières, de Caya Makhélé
par le Théâtre Spirale///Article N° : 154

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