Écritures théâtrales et cérémonies du devenir-visible

Au seuil d’une analyse du devenir-visible chez Kossi Efoui, un épisode de son roman La Fabrique des cérémonies (2) constitue une scène paradigmatique. Exposée dans une brasserie en France, une série de gros plans pris dans un pays d’Afrique bouleversée par le personnage-photographe Johnny-Quinqueliba donne à voir le suivant : “Un précipité de petits points brunâtres sur fond sombre. Et soudain, avec une netteté inattendue, on distinguait le grain de la peau du grain de papier, la racine du cou et l’esquisse des clavicules en saillie sous la peau des épaules. Et des lettres qui sautent au visage sans prévenir : TRAÎTRE A… C’étaient des sillons tracés au couteau dans la chair vive.” (p. 108-109) Critiqué dans la presse française pour avoir reproduit la violence dans et par ses prises, le photographe dérange profondément l’ordre du voir.

Ce que je rêve de faire, c’est d’arriver à circuler, à reculer dans mon écriture théâtrale les limites (ou ce que je considère comme les limites) de ma pratique du genre. Kossi Efoui, (1)

Le texte d’Efoui, s’il montre que les régimes de visibilité participent à la continuation de la violence par d’autres moyens (techniques et esthétiques), explore en plus les dimensions du voir qui, par cette image de “l’écriture sur le corps, la peau”, rendent instable l’écriture, la faisant chavirer dans son contact meurtrier avec la peau humaine (3). Or, ce contact ouvre un entre-deux clivant l’œil et ce qu’il perço...

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Les images de l'article
Colloque international Le théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage au pouvoir, Paris 3 - Sorbonne Nouvelle / Musée Dapper, 12-13 février 2010. De gauche à droite : Cristophe Konkobo, Sylvie Chalaye, Maria Brewer Minich, Krystina Maslowski, Virginie Soubrier
Concessions, mise en scène de Nicolas Saelens, Maison du théâtre d'Amiens, 2010
© Mickaël Troivaux
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