Samy Nja Kwa : Clichés musicaux

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Journaliste musical et chroniqueur des nouveautés du disque à Africultures, Samy Nja Kwa est aussi un passionné de photographie. Depuis 4 ans, il met en boite le microcosme musical parisien. Il expose ses photos en mars à Abidjan au Dunhill International Jazz Festival.

La passion qu’entretient Sammy Nja Kwa pour la photographie fait partie de ces histoires d’autodidactes débrouillards et bourrés d’audace, qui grâce à leur pugnacité et malgré les avis des uns et des autres, arrivent quasiment toujours au bout de leur vocation. Journaliste d’origine camerounaise, Sammy est avant tout un fendu de Jazz. C’est sans prétention commerciale qu’il s’accompagne lors de ses entretiens de son appareil photo. « Tout ce que je voulais c’était saisir des émotions chez les artistes que je rencontrais. Et au fur à mesure, mon entourage m’a encouragé. Je voyais qu’il y avait quelque chose qui ressortait. Alors j’ai peaufiné. » En 1996, il gagne sans trop y croire un concours organisé par une institution japonaise sur le développement en Afrique et se voit offrir un voyage de quinze jours au Japon. Au retour, il monte une exposition des photographies de son séjour à la Mjc de Montrouge. Et puis, rattrapé par sa passion première, il interview tout musicien de jazz et, accessoirement, toute vedette de la « world » résidant ou de passage à Paris. Il en profite pour constituer une riche banque de données de stars, en concert, en coulisses, dans leur chambre d’hôtel, chez eux ou dans leur cage d’escalier.
On peut décemment comprendre que des rencontres avec Ray Charles, Miriam Makeba, Stanley Clarke, Quincy Jones, Macéo Parker ou encore Abbey Lincoln suscitent des émotions que l’on voudrait conserver. Parmi les grands souvenirs, il évoque les quatre heures passées avec le chanteur écrivain camerounais Francis Bebey ; dans l’intimité du domicile d’un sage et d’un grand frère, d’origine douala comme lui. Dans un autre registre, il montre cette image d’Archie Sheep, la tête du saxo posée sur l’épaule, les yeux cherchant on ne sait quoi dans la noirceur d’un plafond de salle de concert. « Je l’avais déjà pris en photo chez lui en 1998 mais ce n’était pas ce que je cherchais. Et il y a quelques temps, il est passé au New-Morning, et sans savoir ce que je voulais, je suis resté pratiquement deux heures sur la même pause pour capter cette expression. Quand je lui ai montré la série, il a flashé sur la même photo que moi. Cela m’a fait énormément plaisir. »
Conservées pour le plaisir sans ambition mercantile immédiate, il finit par vendre par hasard une photographie de Toups Bebey à Jazzman et se décide à proposer ses images aux magazines, aux agences de communication ou à des artistes pour leur couverture d’album. Au mois de mai 2000, il expose pour la SNCF « 2000 visages pour l’an 2000 », à la station R.E.R. de Sevran-Beaudottes. C’est également au culot qu’il parvient à placer la série « Mali Foly » dans le dernier festival Africolor ce Noël dernier à Saint-Denis, dans la banlieue Nord de Paris. Profitant de l’engouement que la manifestation tente de susciter tous les ans pour les musiciens originaires d’Afrique de l’Ouest et particulièrement du Mali, il y proposait dans la grande salle, seize images d’artistes maliens. La totale indifférence des organisateurs pour la mise en forme n’empêcha pas les nombreux visiteurs de jeter un coup d’œil aux instantanés d’Abdoulaye Diabaté, de Moriba Koïta, de Neba Solo, d’Amadou et Mariam ou encore de Cheickh Tidiane Seck. Le style simple, techniquement propre fait peut-être dire qu’il pêche encore par manque de recherche esthétique ou de présence émotionnelle mais, ouvert aux critiques, Sammy ne tient compte que de sa marge de progression et laisse au temps le soin de donner une vraie personnalité à son regard. Quoiqu’il en soit, d’ores et déjà dans le microcosme musical parisien, son appareil est autant reconnu que sa plume.
La difficulté à percer dans la presse française le pousse à explorer d’autres horizons. Sa longue série sur le jazz n’a pas tardé à lui souffler quelques idées : une éventuelle édition et un concept : « La route du Jazz », dont le premier épisode prévu pour mars 2001 à Abidjan lors du Dunhill Jazz sera le début d’une longue saga qui devrait le conduire dans plusieurs pays d’Afrique et finir sa course aux Etats-Unis, « source errée » du jazz.

///Article N° : 1760

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Les images de l'article
Archie Shepp © Samy Nja Kwa




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