» Le français n’est pas mon destin « 

Entretien de Taina Tervonen avec Boubacar Boris Diop

Octobre 2003

Après cinq romans publiés en français, Boubacar Boris Diop écrit Doomi golo en wolof, sa langue maternelle. Une expérience qu’il pensait d’abord  » politiquement correcte mais littérairement absurde « , mais qui lui apportera un autre rapport au public.

Après votre passage au Rwanda, vous avez choisi d’écrire un roman en wolof. Vous expliquez ce choix par des raisons très personnelles et intimes de rapport à la langue, mais aussi par des raisons éminemment politiques. N’y a t-il pas une contradiction entre ces deux aspects ? Il y a plusieurs grilles de lecture du génocide du Rwanda. Mais ce que j’ai retenu, de façon tout à fait personnelle et arbitraire, c’est le regard méprisant jeté sur ces cadavres. Je pense à une phrase de Pasqua :  » Il ne faut pas croire que le caractère horrible de ce qui se passe au Rwanda a la même signification pour eux et pour nous.  » Des crachats de mépris. D’autre part, le génocide a pour moi un caractère profondément culturel, lié au mépris de soi, à l’incapacité de supporter son image dans le miroir. On pense que le Tutsi et le Hutu se méprisent parce qu’ils sont différents, mais pour moi c’est parce qu’ils sont semblables. Cette expérience rwandaise m’a profondément perturbé. J’ai eu besoin de ma langue pour me réconcilier avec moi-même. Le fait d’écrire en wolof instaurait une très grande distance par rapport à la francophonie, à la volonté d’hégémonie, aux manipulations politiques, au réseau...

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Boubacar Boris Diop
© Alain Chambaretaud
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