Parabole de José Pliya au théâtre de Belleville

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Lointaine et nébuleuse histoire du fils prodigue, Parabole est une pièce de l’auteur franco-béninois José Pliya que Pascal Antonini vient de monter au théâtre de Belleville dans une mise en scène où les personnages ont l’allure de spectres perdus dans la brume du plateau et qui souligne particulièrement l’archaïsme du langage qui habite la pièce. José Pliya fait exister des personnages venus du tréfonds des âges, personnages improbables à la langue biblique qui convoquent une étrangeté toute orientale, nourrie d’un imaginaire chimérique pris entre les mille et une nuits, le voyage d’Ulysse et l’Ancien testament. Une parole livresque où les images se télescopent dans une esthétique ténébreuse et acoustique qui résonne de fulgurances sonores qui percent la brume du plateau. Cette parole chantournée, tout en arabesques poétiques est portée avec une évidence et une force étonnante par Assane Timbo, un comédien d’une rare présence qui joue le fils aîné, déçu, aigri par l’injustice du père, celui qui est resté aux côtés du patriarche et qui dans l’histoire revisitée par Pliya rejoue la figure de Cain. Il tue au final son frère dans le pressoir où le vin se mêle symboliquement au sang, dans une espèce de sacrifice fantasmagorique. Assane Timbo accroche avec finesse les filets de lumière qui trouent le brouillard et nous accroche à la musique du texte grâce à sa voix et son jeu. Corne de zébu, poignée de terre rouge au sol et nuage en suspension installent un univers baroque et pictural, quasi tauromachique. A côté de Claude-Bernard Pérot en patriarche hiératique et de Nicolas Charrier qui joue un frère pérégrin tout en fragilité, en bassesse, en avilissement, petit asticot qui rampe à ses pieds, Assane Timbo endosse la dimension tauromachique du rôle, il en a la carrure, la prestance, campé sur ses deux jambes, et incarne une stabilité, une constance impressionnante, celle du bœuf qui tire la charrue et fend la terre imperturbablement, et pourtant… il va se laisser ébranler par le sentiment de l’injustice. Et si le plateau est bien trop enfumé par une mise en scène encombrée de symboles et un travail musical qui manque peut-être d’unité, le jeu des acteurs nous donne à voir un corps à corps scénique remarquable, tout entier dans la tension de la langue.

Mise en scène : Pascal Antonini
Musique : Christine Kotschi
Création lumières : Julien Barbazin.
Costumes : Anne Rabaron
Avec Assane Timbo, Nicolas Charrier, Claude-Bernard Pérot et Christine Kotschi (musicienne).///Article N° : 11434

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