Parabole

De José Pliya

Ces insectes dont nous descendons...
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Une fine pellicule ocre recouvre le sol. Trois carrés de toile blanche se dressent comme les gréements d’un voyage qui s’annonce, mais aussi comme de grandes moustiquaires où de curieux insectes viennent se brûler les ailes sous les projecteurs du plateau. Noël Jovignot joue les entomologistes, mais ce sont des insectes d’un autre âge qui se prennent dans ses filets : de drôles de scarabées éblouis tout droit sortis des versets de la Bible et dont la langue désuète nous emporte dans une Antiquité mythique, aux temps où les hommes parlaient par paraboles. Curieux labyrinthe aussi que l’architecture de ce texte construit en monologues successifs, jusqu’au dialogue ultime entre les deux frères qui trahit pourtant une fausse complicité et l’impossible rencontre entre deux êtres si différents. Ces frères s’attirent et se repoussent. L’aîné besogneux et jaloux envie le cadet dont la tête reste suspendue dans les nuages de ses voyages, le regard tendu vers les jouissances. C’est un monde brut que nous livre le texte, un monde qui évoque le vol d’Icare, cette peinture de Brughel où celui qui a voulu voler s’abîme dans les profondeurs de la mer Egée, ses ailes ruisselant de cire rouge fondue aux rayons du soleil, tandis que l’homme et son bœuf à l’avant du tableau, le dos courbé, le regard rivé au sol, enfonce imperturbable la charrue dans la terre. Comme Icare, le frère cadet s’abîme au fond du vieux pressoir dans le rouge du vin et du sang mêlé, faute de trouver sa place dans le cœur de son frère…

Compagnie « Les déplacés » (Guadeloupe)
mise en scène : Noël Jovignot
scénographie : Bénédicte Marino
costumes : Clarisse Babel
avec : Philippe Calodat, Eric Delor, Jean-Baptiste Tiémélé, Alain Verspan.///Article N° : 3152

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