Édouard Glissant et le théâtre ou l’aventure ambiguë

À la rencontre de l’œuvre d’Édouard Glissant, il n’est guère de genre qui n’ait résisté à la curiosité et au talent du poète. Qu’il s’agisse de la poésie, du roman, ou de l’essai, Édouard Glissant a su modeler les genres à l’équilibre de sa parole, et à l’acuité de sa vision poétique du monde. Toutefois, on ne saurait ne pas rendre justice à l’approche, souvent négligée, de Glissant pour le théâtre. Le rapport de ce dernier à l’art théâtral est, à ce propos, un mystère bien difficile à percer. La seule pièce à ce jour qui peut raisonnablement assumer l’étiquette de théâtre (Monsieur Toussaint, Gallimard 1961 ; puis la version scénique de 1978) trahit autant l’appétence pour une forme particulière du champ littéraire occidentale, qu’une certaine mode scripturale très en vogue chez les écrivains caribéens au détour des décennies 1950-1960 (qu’on pense à Derreck Walcott, à Aimé Césaire, Vincent Placoly, aux pièces non publiées de Frantz Fanon). Par la suite, si l’on se fonde sur son itinéraire bio-bibliographique, il semble que le théâtre ait peu intéressé l’auteur qui sembla privilégier l’essai, ou l’expression romanesque et poétique – encore qu’une telle rigidité dans l’approche de l’œuvre ne se justifie que par commodité et souci de clarté. Toutefois, cette impression hâtive et générale ne résiste pas à l’examen rigoureux de ce que nous ...

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