L’affectueuse révérence

Récitation pour ED

Nous publions ici le vibrant hommage de l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau à son « Maître » Edouard Glissant, prononcé mardi 8 février au cours de la « veille culturelle » rendue au défunt poète, à l’anse Caffard, au Diamant (Martinique).

Cher Maître, la Lézarde du pays réel a traversé la contrée des rocailles, notre vieille vallée des larmes, notre allée des soupirs, elle a connu sans rémission le delta des ravages, l’océan des douleurs, puis de l’autre connaissance du pays des sans chapeau… Mais la lézarde du pays rêvé n’a jamais quitté les mornes, elle n’a jamais cessé d’arpenter les hauteurs où l’ombre et la lumière sont d’une même intention, et jamais déserté la vigilance des cimes – c’est par cette exigence qu’il lui a été donné d’irriguer le pays, en fondocs et racines, de fréquenter le long secret des acacias, l’éternité des très vieux acomats, les soifs de la rocaille du côté des Salines, et cette angoisse qui sert d’humus aux bois sans chaînes des nègres marrons. Et c’est au vif de cette topographie devenue éminente, ces cannes à sucre et ces vieilles cases, la ruine des grandes usines, squelettes de Bitation, qu’elle a tramé une claire vision du monde, qu’elle a ramené le monde à l’alchimie du lieu, qu’elle a versé le monde aux circulations souterraines de l’igname et des bleutés de la dachine, si bien que pas une seule poussière de ce petit pays, pas une maille de ses ...

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Portrait d'Édouard Glissant
© Jean-Luc Laguarigue
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