« L’épreuve du bateau négrier : négativité totale et positivité absolue »

Entretien de Roger Rotmann avec Édouard Glissant

Paris, le 2 février 2006

Il y a quelques années, Édouard Glissant, philosophe, poète et romancier, lançait, avec Wole Soyinka et Patrick Chamoiseau un appel pour la reconnaissance de l’esclavage comme crime contre l’humanité. Cette revendication aujourd’hui acquise, s’ouvre la difficile question du « vivre ensemble ». Face à la domination, l’homme de lettres martiniquais en appelle au « marronnage » des petits peuples et à leur « fantastique pouvoir de contamination ». « Les peuples faibles, les peuples dominés, les peuples sans ressources ont le secret de l’avenir de l’humanité », affirme-t-il.

« Nul lieu au monde ne peut s’accommoder du moindre oubli d’un crime, de la moindre ombre portée. Nous demandons que les non-dits de nos histoires soient conjurés pour que nous entrions, tous ensemble et libérés, dans le « tout-monde ». Ensemble encore, nommons la traite et l’esclavage perpétrés dans les Amériques, crime contre l’humanité. » Cet appel, vous l’avez lancé il y a quelques années avec les écrivains Patrick Chamoiseau et Wole Soyinka. On peut dire qu’il a été entendu. Mais à quelle aune peut-on mesurer aujourd’hui le chemin parcouru ? Car je ne sais pas si nous sommes prêts pour autant à entrer, tous libérés, dans le « tout-monde »… Je crois qu’un chemin a été parcouru. Quand nous avons lancé cet appel, il y a bien sept ou huit ans, à la Sorbonne, personne ne parlait de l’histoire de l’esclavage. Cet appel a provoqué beaucoup de résistances de part et d’autre. Mais aujourd’hui la question est diff&...

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