Moziki littéraire 14 : On m’a cassé

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Je me suis cassé, tu t’es cassé, il/elle s’est cassé, on m’a cassé…
Nos trois amis empruntent de nouveau le pont littéraire pour exprimer, chacun à sa manière, l’adversité.

Le Beau Danube bleu
Je n’aimais pas la musique classique. Comme tous les westerns de mon quartier, je disais à qui voulait l’entendre que c’est la musique des blancs, des riches, des parvenus et autres aliénés. Mon père lui-même était assimilé aux aliénés. Non pas à cause de la rumba dont il se désaltérait chaque samedi soir au bar Vis-à-vis mais du jazz qu’il affectionnait et qui était qualifié de musique étrangère au même titre que la musique classique.
Chaque fois qu’il achetait un disque, il se débrouillait pour trouver des partitions, d’autant plus qu’il savait lire les notes de musique. Ainsi, il écoutait et lisait les partitions correspondant au disque. Lorsqu’il recevait des amis, après la rumba en guise d’introduction, il enchaînait avec le jazz et la musique classique scellait la soirée. Son gramophone grinçait et lui, debout, lisait à haute voix ses notes et des passages de la Bible.

J’avais 16 ou 17 ans. Rimbaud n’avait pas tort d’écrire qu’on n’est pas sérieux à 17 ans. Je n’étais pas un cannibale mais je n’étais pas non plus un enfant de chœur. Contre la volonté de mes parents, j’étais parti travailler dans une entreprise de voirie à quelques lieues de Kinshasa. J’avais pris soin d’emporter une grosse valise remplie de vêtements. C’était sans compter la xénophobie et la mauvaise foi des villageois.
Les femmes redoublaient d’effort pour sympathiser avec les hommes qui élisaient domicile au village. La fascination était telle qu’elles nous prenaient pour des dieux. Elles n’avaient jamais vécu en ville. La plupart d’entre elles n’avaient séjourné à Kinshasa pas plus d’une semaine. Elles brûlaient de grâce et de gentillesse. Se collaient à nous à la manière des sangsues. Quant aux hommes, ils crevaient de jalousie et considéraient tous les étrangers tels des envahisseurs. Nous étions des chiens à abattre. Ils croyaient que nous n’étions venus que pour courir derrière leurs femmes. Ce qui est vrai d’ailleurs : nonante pour cent des citadins qui se rendent au village sont chauds comme des lapins. Ils sont accrocs aux plaisirs du bas-ventre et ne se privent pas de partir avec la première femme. Les statistiques sont alarmantes. Selon une ONG russe dénommée Les enfants africains en Afrique noire (c’est nous qui traduisons) la moitié des naissances dans le village était l’œuvre des touristes et des citadins sexuellement actifs (c’est encore nous qui traduisons) qui migraient pour assouvir leurs fantasmes.

Pour se venger, souvent par mesure préventive, les villageois ne lésinaient pas à recourir à la brutalité afin de nous mettre définitivement hors d’état de nuire, quitte à débaucher la foudre. Mamisa, une jeune femme sans attaches, belle comme la vague, plus célèbre que la reine d’Angleterre, était la principale source de discorde. Elle ne sortait avec aucun homme du village. Par contre, elle ouvrait grandement son lit à tous les ouvriers à condition qu’ils soient endurants. Les villageois prenaient cela pour un affront. Quiconque était aperçu avec Mamisa, signait son certificat de décès. Il recevait la foudre en pleine gueule lorsqu’on ne l’humiliait pas.
Ceux qui découvraient la nudité de la jeune femme racontaient avec une éloquence rare la façon dont elle remuait son corps au lit. « Un corps qui gicle, un corps qui vous évanouit, un corps qui se dédouble, un corps qui vous déstabilise de bonheur, assorti de ses seins tendus, malléables à souhait… », radotaient-ils, l’air savant, les mains sur la tête. Nous bandions à la succulence de leur propos. C’était aussi un secret de polichinelle. Mamisa disait des « choses » lorsqu’elle jouissait : toutes sortes de grossièreté, des anecdotes sur Léopold II, des prophéties annonçant le déclin de Mobutu, la fin de Jonas Savimbi, la guerre de libération de Kabila-père, les élections avariées du fils à papa… Nos aînés monnayaient ces précieuses informations.

Deux semaines après mon affectation, je reçois la convocation du chef du personnel :
« – Mwanza, toi qui t’habilles avec trop de forfanterie, fais attention. Tu risques de laisser ta peau. Tu sais très bien que tes vêtements attirent les femmes ! »
Ses observations se vérifiaient. Chaque fois que j’enfilais ma veste en toile, je provoquais un éboulement. Je marchais dans la rue, les portes et les fenêtres s’ouvraient. Les hommes me narguaient et me menaçaient à demi-mot. Les femmes, surtout les gamines de mon âge, me regardaient avec de beaux yeux, me souriaient, m’adressaient de belles paroles et m’offraient des fruits et du poisson.
J’essaie de discuter mais il n’en démord pas.
« – Mais voyons…
– Je ne veux pas qu’on te fasse quoi que ce soit ! »
Je ne pouvais que me plier. J’étais au courant de toutes les histoires qui circulaient à propos des touristes et des citadins, suspectés ou pris en flagrant délit d’adultère, tournés en bourrique : untel surpris avec l’aide-serveuse aux grosses lèvres trouva la mort le lendemain même, untel pulvérisé par la foudre, untel frappé par la zombia (une diarrhée qui ne s’arrête pas pendant six jours et sept nuits), untel la muanga-muanga (éjaculation précoce), untel la nzongo (tu manges, tu manges mais tu ne te rassasies pas), untel la mudiansa (myopie générale), untel la lubena-ngoye (Alzheimer pendant trois mois), untel la miongo (la surdité suivie des maux de tête, chaque jour ouvrable de 12 heures à 17 heures), untel la buka-buikila (dysenterie chronique), untel la mayenzi (la folie), untel la sonduma (l’insomnie), untel la nzongondia (le masque de vieillesse), untel la mvimba (hémorroïdes aiguës).

La seconde raison pour laquelle je me résignais à arborer mes vêtements était que je puais le poisson. Le village était séquestré de toutes parts : au Nord, des rebelles ; au Sud, des rebelles, à l’Est, des rebelles, à l’Ouest, la forêt équatoriale et les routes menant vers Kinshasa en état de délabrement total. Le village était condamné à ne vivre presque exclusivement que du poisson. Il se consommait en tous lieux et en tout temps : au petit-déjeuner, le soir, à midi, à l’école, à l’église (lorsque l’eucharistie faisait défaut), en cours de route…
J’ai souvenance qu’au stade, en plein match de foot, un ami tire de sa poche un paquet de cigarette. Je me précipite pour lui demander une tige.
« – Je n’ai pas de cigarette. C’est du poisson, tu en veux, un morceau ? »
Le poisson était omniprésent. Le poisson servait d’unité de mesure : sexe contre poisson chez les prostituées, pains contre poisson dans les boulangeries de la place, ainsi de suite. Tenez, dans leur dialecte, 5 698 mots désignaient le poisson. Le poisson était gratuitement distribué par les Pères de Scheut. Le poisson était vendu à la criée dans des boîtes à cigarette, des feuilles de bananier, de cahiers d’écolier…
Le poisson servait également de prénom à tous les enfants nés la veille de la Grande pêche. Ce qui n’arrangeait pas les affaires de certains qui voulaient à tout prix à ce qu’aux prénoms de « Poisson » et de « Poissonnerie » – pour les filles – soit associé un prénom chrétien. Je vous laisse deviner l’onomastique.
Un repas authentique était constitué de deux cuillères de riz, quatorze voire même vingt-six poissons. Les aliments de première nécessité tels le riz, la farine, le sucré et le sel étaient tellement rares et chers que vous n’avez pas idée. Le poisson comblait le vide. Le poisson remplaçait tout ce qui manquait. Dans l’espoir de changer de goût, il était cuisiné diversement : bouillie avec de l’eau salée, grillé, séché, fumé, cuit dans des feuilles de bananier, braisé à la camerounaise…
L’eau ne coulait pas au robinet depuis longtemps. Les tuyauteries, bricoles héritées de Léopold II, pourrissaient. Nous nous baignions dans le lac. Raison de plus de puer encore le poisson.

Je languissais de solitude comme je ne pouvais ni parader avec mes pantalons pattes d’éléphant ni tacler les filles de peur d’irriter les hommes du village. Ramcy, un aîné surnommé Kafka par les ouvriers, partageait la même contrainte. Il regrettait de chausser continuellement des sandales – « comme dans le film de Jésus », se plaignait-il – alors qu’il possédait deux belles paires d’espadrilles. Un jeudi soir, il me proposa de l’accompagner à L’Esplanade de Paris du nom d’une boîte de nuit. L’Esplanade, pour vous faire une idée, c’étaient quatre murs coiffés d’une toiture en chaume de paille, des chaises dans un désordre ordonnancé, une lumière criante, une marée humaine, glauque et gluante, dansant dans tous les sens, transpirant, se tripotant, exhalant une odeur nauséabonde de poisson…
En chemin, je fredonnais le dernier Tabu Ley, Adios Tété, alors grand Ramcy pleurnichait pour ses espadrilles et, par conséquent, pestait contre les Américains. C’était ça grand Ramcy. Il mettait tous nos malheurs sur le compte des Américains. La grand-mère oublie son panier au marché, « oh, c’est la faute aux Américains ! ». La voiture écrase le chien du voisin, « oh, les Américains ! ». L’équipe zaïroise de football s’incline 9-0 contre l’ex- Yougoslavie en marge de la coupe du monde de 1974, « oh, les Américains ! ». L’ignoble assassinat de Lumumba, « ah, les Américains ! ». La tyrannie de Mobutu frappant sur tous ce qui bouge, « les Américains, les Américains ! ».
Je suis resté sans voix lorsque nous sommes arrivés devant la discothèque. Une musique étrangère claironnait de mille feux. Je m’enfonce dans la foule et rampe vers le barman qui cumulait la fonction de DJ, de serveuse et d’aide-serveuse lorsque ces dernières se trémoussaient sur la piste en compagnie des clients. Pour arriver au comptoir, il faut pagayer et hurler pour se faire entendre du barman qui était en plus atteint de surdité.
« – C’est quelle musique ça ! »
Le barman-DJ-serveuse et aide-serveuse, illuminé tel un mendiant à qui on tend un billet de banque :
« – Johann Strauss, Le Beau Danube Bleu.
– Je vous plains !
– Voulez-vous que j’augmente le volume ?
– Nous ne sommes pas au dix-huitième siècle. Arrête de nous pourrir l’oreille avec la musique des riches. La rumba, nous voulons la rumba !
– Vous les Kinois, vous êtes compliqués, vous êtes des éternels insatisfaits, des capricieux… Nous ne sommes pas à Kinshasa. Ici, c’est moi qui commande. Je suis le seul capitaine et ce navire m’appartient. Si tu ne peux pas vivre sans la rumba, tu n’as qu’à construire ta boîte de nuit ! »

Je parie que je n’étais pas le premier à réclamer notre rumba nationale et que cette réplique toute crue, il la distribuait à tous les amateurs de la bonne musique. Grand Ramcy vole à ma rescousse :
« – Monsieur, sauf votre respect, je vous signale que ce bout de terre fait partie encore de la République du Zaïre. Où est-ce que vous vous placez ? Et l’Authenticité dans tous ça ? »
Avec ses mandibules, il décapsule une bouteille de bière, vide la moitié dans sa bouche, s’essuie les babines, rigole ou tousse, c’est selon.
« – Vous me fatiguez avec votre rumba, rentrez à Kinshasa, rentrez à Kinshasa ! »
On achète une douzaine de bières.
« – Et l’Authenticité dans tout ce foutoir ?
– Rentrez à Kinshasa, rentrez à Kinshasa !
– J’en étais sûr, les Américains… »
Désarmés, on retourne tout bonnement à la maison. On commence à picoler mais la bière se dérobe dans la bouche. Une bière sans musique est une pantalonnade. Une musique sans bière est un désastre. La bière et la musique sont des sœurs siamoises. Elles sont intimement liées. Elles sont inséparables, à l’instar de Kinshasa et de Brazza.

Une heure du matin, retour en France. La piste de danse est envahie. Les ouvriers, les serveuses et les aides-serveuses, les hommes du village (avec leur jalousie mal placée), la belle Mamisa, tout le monde se déhanche. Le barman nous dévisage, se perd dans un fou rire banania. On s’avance confusément, se mélange à la foule jusqu’aux premières heures de la journée.
C’est de cette façon que je me suis initié à la musique classique. À mon corps défendant, dois-je le rappeler. L’Esplanade de Paris était la seule discothèque du village. Et la discothèque de nuit du village ne distillait que la musique classique. Nous n’avions donc pas d’autres alternatives que d’habituer nos jambes à la musique étrangère. Les villageois exécutaient une danse locale qui était, à dire vrai, un condensé de la polka, de la valse, du buto et des transes du type vaudou.
Presque tous les ouvriers dormaient à L’Esplanade de Paris. Ils dansaient, chantaient, aguichaient Mamisa et s’abreuvaient de la bière Primus jusqu’au petit matin. Les camions qui nous acheminaient sur le lieu du travail nous attendaient devant la discothèque. Titubants et maladroits, nous sortions de l’Esplanade à sept heures du matin et grimpions directement aux véhicules. Nous n’abandonnions pas les blessés. C’est ainsi que nous désignions nos collègues en état d’ébriété. Nous les transportions avec nous…
Nous étions tous des journaliers et touchions la paie chaque après-midi avant de quitter le chantier. Le matin, les blessés n’avaient pas intérêt à rentrer à la maison. S’absenter signifiait se priver de quoi se mettre sous la dent. Ils travaillaient ivres ou récompensaient avec le sept dixième de leur per diem ceux qui accomplissaient la besogne à leur place. À l’époque, je pouvais même boire tout le fleuve Congo sans sentir le moindre fébrilement. Je mangeais sur le dos des blessés.
Grand Ramcy et certains ouvriers recouraient aux racines d’une plante censée repousser les échéances de l’ébriété et – faisant d’une pierre, deux coups – prolonger la durée de l’acte sexuel. Si tu es mortellement blessé, tu mâches trois bouchées, l’ivresse court vite se cacher au fond de l’estomac. Mais après dix tentatives de « repoussages », l’organisme boycotte les racines. Toute la bière accumulée montait alors subitement au cerveau. On assistait à des scènes quasi psychédéliques. Vous êtes en train de discuter avec un collègue, « repoussage » avorté, l’ivresse lui monte au cerveau, il craque, enlève son pantalon et ses sous-vêtements et demeure pendant plusieurs jours dans un état perpétuel d’ivresse.
Fiston Mwanza – Graz, Autriche (décembre 2012)
BRRRR !
Trop de drame pour une même et seule génération ; Sambara a décidé de tout raconter, la couleur de leurs yeux, la taille de leurs jambes et l’obscurité qui scintillaient dans leurs pupilles,
Il a décidé de détailler toute la phraséologie de la bassesse et de la barbarie avec laquelle avait été bassinée tout une nation
Dessiner au crayon sans couleur la texture de la libido de leur crache politicienne, étayer jusqu’au moindre détail la légèreté de leur intelligence et de leurs mœurs
Spécifier la rapidité de leur prière, la rareté de leur bravoure, cartographier la légende de leur vide de lucidité et mesurer la rapide apnée de leur respiration égocentrique et destructrice
Sambara a bien dit qu’il dira tout
La pugnacité infâme de leur musique et la lâcheté de leurs danses sacro-diaboliques, la traîtresse virulence de leur stylo de malheur ainsi que l’ocre couleur de leur signature
Sambara ne se taira pas, a-t-il dit, ils n’avaient qu’à tenir leurs chiens en laisse,
Qui alors pourra coudre la fente de cette culotte de chair et d’humain qu’ils ont cisaillé de leurs griffes, crocs, dents et gencives pleins de baves et de sang
Et comment pourrait-il à nouveau reprendre la morne bien haut de leur école qui pourtant devait être la sienne
Sambara a décidé qu’il ne va pas s’arrêter de si bon chemin, il deviendra chanteur lyrique, puis hip-hop, Rnb, rumba, ndombolo, coupé décalé, gospel, jazz, philharmonique, symphonique et j’en passe
Il visitera tous les sons, les styles, les DJ du présent, du futur, du jamais, les mélodies des eaux, des cieux, de la terre, de l’extra terre, jusqu’à avoir la beat mortelle de son morceau de Tata boo, merde ! mama boo, merde ! Ekolo boo merde ! Parti boo merde ! Mokonzi boo merde
Sambara a pété les plombs, il a choisi sa direction, il a côtoyé la section d’assaut mais n’a pas réussi son saut. Il est trop au dessus depuis qu’il s’est jeté du haut de cette falaise de ruine de la nation, il n’arrive point à atteindre le fond, et pourtant il a trépassé les abîmes
Sambara veut tout être, il a même dit qu’il fera du cinéma, de la peinture, de la sculpture, de l’architecture, de la texture, de la décoration, du théâtre, de la planche à voile contemporaine et de la photo puis s’inscrira à l’Institut national de criquets pour enfin trouver la forme la meilleure qui contiendrait la totalité du sens de son nouveau morceau de Tata boo merde ! Mama boo merde ! Ekolo boo, merde ! Parti boo merde ! Mokonzi booo, merde !
Sambara ba poli popooo, c’est comme ça qu’il s’appelle désormais. Il a décidé de tout faire aux éclats, rire, manger, boire, chier, crier, écrire, pleurer, courir aux éclats mieux que Bolt, parler, grever, gravir, entailler, détailler, réveiller, diffuser, éditer, enseigner, bosser, résister aux éclats, vivre aux éclats jusqu’à ce qu’il trouve le verbe et le temps du subjectif convenable de son Tata boo merde ! Mama boo merde ! Ekolo boo merde ! Parti boo merde ! Mokonzi boo merde !
Qui pourrait l’arrêter, maintenant qu’il danse aux éclats, maintenant que la nudité dans le froid ne lui dit plus rien, maintenant que la sexualité ne fait plus partie des tabous, maintenant qu’il a découvert qu’il n’existait pas que depuis 1885, ni 1908, ni 1960, ni 1965, ni 1997, ni 2001,ni 2003, ni 2006, moins encore 2011
Qui pourrait l’arrêter maintenant qu’il vient de découvrir derrière sa porte cochère qu’il est l’histoire et qu’il fait l’histoire,
Sambara a décidé qu’il ne pourra plus conclure son discours, ni se raser, ni s’habiller ; trop de drames pour une seule génération a-t-il crié, puis merde !
Il a maintenant un nom kilométrique, il faut environ plus de quatre millions d’années pour le marquer dans sa nouvelle carte d’identité indéfiniment provisoire au grès des élections, de réformes, des révisions de fichiers électoraux, électro ménagers, électro sanitaire, électro dangereux, électro rectifié, électro falsifié, électro contesté, électro revisité, électro obscure, électro réaménagé, électro réactualisé, électro remâché, électro tropicalisé, électro négocié, électro échangé, électro diffusé, électro démocratisé, électro récupéré, jusqu’à la source de l’embryon de la racine pivotante de son original morceau du Tata boo merde ! Mama boo merde ! Ekolo boo merde ! Parti boo merde ! Mokonzi booo merde !
Sambara aux allures d’un rat dégoût essoufflé… Fils de sa patrie, Sambara ba poripopo, fun danseur a décidé d’être funambule, sa vie ne tient qu’à un fil, il ne le sait que trop bien. pourtant depuis il est voltigeur, noctambule, clown, avec son nez rouge pas tomate mais roquette, il est assez rigolo et devant la grande allée du bloc commercial à Bandal où il deal ses vannes contre de la surveillance des véhicules de passants venus prendre une primus de consolation, déguster une skol d’incertitude, siroter une mutzig d’égarement et avaler quelques nkoy d’énervement sur une terre de somnambules remplis d’aveugles grillons d’intelligence et de pépites de richesses
Sambara fait le con à force de vouloir être le sage, mais depuis qu’il apparaît le plus con de tous, il est écouté, il y croit et danse
Alors on danse la danse de la réplique cornélienne dans cette république dramatique du continent,
Sambara danse pour trouver la bonne position, formuler la bonne question et il danse encore pour culbuter le bon mouvement d’éveil, exécuter la meilleure pirouette du réveil ;
Sambara exhibe son nombril au vu et au su de tous pour trouver peut-être le meilleur déhanchement du bâtir de la case de l’honneur,
Il patine mieux que James Brown au rythme de ce « sex machine » de l’espoir jusqu’à crier à vive voix et s’évanouir aux éclats,
Sambara glisse du Moon Walker à la Michael Jackson pour extirper de toutes ses forces l’intrinsèque sève vivifiante de ce fameux morceau du Tata boo merde ! Mama boo merde ! Ekolo boo merde ! Parti boo merde ! Mokonzi boo merde
Sambara bino barapatta bino poripopo, la danse de tous bords, du glissement et du relèvement, de gauche et de droite, la danse du haut et du bas, du ciel et de la terre, la danse du jour et de la nuit, des morts et des vivants, des aïeux et de la postérité,
Sambara la danse de notre terre et de notre sang, de nos sourires et de nos larmes, de nos colères et de nos peines, de notre force et de nos rêves, la danse de nos hommes et de nos femmes électriquement humains
Sambara danse la danse du cosmos, encore un pas et la bonne tension jaillira certainement
Oh oui, ça y est je m’en souviens, Sambara danse la salvatora danse de la patria, ebokoto ngwale yeyeee…
Papy Maurice Mbwiti – Limoges, France (décembre 2012)

Lexique : Tata bo, maman boo, ekolo boo, parti boo, mokonzi boo : extrait d’un de discours de Mobutu dans les années quatre-vingt sur l’unité du pays : « pour dire combien de père et le peuple répondait un seul, combien de mère, combien de parti, combien de nation et combien de chef, et le publique répondait un seul »
Ebokoto ngwale ; poripopon, etc. sont des onomatopées d’une danse qui a fait succès dans les années 2000, Sambara de l’orchestre du patron SONY ECCE HOMO !
On m’a cassée
Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : troisième jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour !
Et ainsi de suite.

Le premier voyage.
Elle était prête pour le départ.
Son sac comme ses ouvrages ainsi que les grandes lignes de ce qu’elle y dirait. Ses connaissances et ses vides. Vide d’absence, vide d’attente, vide de savoir. Comment on a vécu là-bas, dans ce coin de chez elle, où elle n’a plus remis les pieds il y a bien longtemps. Et puis, une annulation de dernière minute… Zut !
Tant pis alors, mais c’était sans compter qu’on l’attendait. En fait, c’est comme ça qu’elle réalise qu’on l’attend vraiment. Des inconnus, mais des gens avec des visages avenants, des gens généreux avec qui elle partage déjà quelque chose, sans savoir, sans s’en rendre compte, on ne sait pas trop quoi, mais quelque chose.
Non, elle doit y aller, arriver là, rencontrer ces personnes que désormais elle connaît, leur donner des jambes, des mains, une bouche, les habiller en costard ou en jeans, les voir parler et alors, enfin, discuter en live et en personne avec elles…
Il n’est donc pas question d’annulation, mais juste de report, parce que ce voyage-ci doit se faire, et il se prépare.

J’aurais pu faire partie de la délégation des artistes que la première dame recevait à Bruxelles au festival Yambi en 2007… on m’a cassée !
J’aurai dû partir à Guangzhou en Chine avec les Freddy, Vitshois dans le cadre de la rencontre artistique Congo-Chine… on m’a cassée.
Heureusement que mes amis feraient partie d’une élite engagée.
On est tous liés, les uns aux autres… J’expire, tu inspires !
Les gens préfèrent se mentir à volonté, porter un masque il parait que c’est classe. Rester soi tout en s’imprégnant des autres. Pas de sortie secours.
Tout ça vu d’en haut forme un tout, rond ! Il y a l’eau, le ciel, la terre. En nous, se referment les solutions, les transitions. Je ne veux pas qu’on m’aime, juste qu’on me respecte. Je ne demande pas grand-chose du moment qu’on me laisse écrire. Quand j’ai les yeux fermés, je m’accroche à mes rêves. Tenir parole pour atteindre son objectif. Je suis une équation les conjuguant tous en moi. Quand les années passent, la vie se met à changer…

Il y eut un soir, il y eut un matin : premier jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : deuxième jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : troisième jour !
Il y eut un soir, il y eut un matin : quatrième jour !
Et ainsi de suite.

Le deuxième voyage.
Elle était prête pour le départ.
Elle fait toujours son sac en avance, pour ne pas stresser, pour ne pas oublier, parce qu’elle est comme ça. Que la dernière minute reste pour le dernier truc…
Son carnet de santé, elle a failli le laisser. Elle n’est pas malade, non, mais c’est une invention maniaque des services de santé dans les aéroports du sud : le carnet de santé ! C’est le détail qui tue, qui te fait te faire rapatrier… Pas le vaccin, mais le carnet de santé… Donc tu peux être malade, mais dès que tu le brandis, aux yeux des maniaques aéroportuaires du sanitaire, tu es sain, viable, passable et passeur…
Elle n’a pas de visa, et dans son nouveau passeport biométrique, c’est le nouveau truc aussi, le biométrique, on a marqué son adresse de l’étranger pour résidence… Les gars ne voient pas ça, ils vérifient surtout qu’il s’agit d’un vrai biométrique, ils lui demandent pourquoi elle n’a pas de visa et se regardent en se frottant les mains, réalisant qu’en plus elle est journaliste ! Ordre de mission, quelle presse, quelle télévision ?
Elle avait tout prévu, ils sont dégoûtés.

Elle était prête pour le départ.
Pour ce deuxième voyage je veux dire.
L’habit aide à reconnaître le moine, c’est un fait à ne pas négliger. Et donc, elle s’est mise en jupe tailleur avec des talons, coiffée en longues tresses avec des perles, ça fait princier. Alors elle s’est comportée comme une reine, dans sa jupe tailleur et sa blouse fleurie, dans ses sandales talons rouges assortis à son grand sac… ça marche ! Bonjour Madame, j’ai l’impression de vous connaître, vous avez un beau sourire, passer par ici Madame, heu votre carnet de santé vous l’avez, si oui je peux le voir, sinon je comprendrai, quand revenez-vous, vous ressemblez à ma sœur, enfin pas ma petite sœur mais ma sœur de clan, vous voyagez seule ?
Elle fait alors dans l’humour et la bonne humeur. Une grande dame détendue, bien habillée, et que ni la chaleur, ni les regards ne décontenancent.
Au contraire, il lui pousse comme des ailes !

On m’a cassée ? Non. Et ça ne m’arrivera plus jamais…
Bibish Mumbu – Montréal, Canada (1er janvier 2013)*
*Je rêvais d’écrire le premier jour de cette année 2013

///Article N° : 11231

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