Demain j’aurai vingt ans

D'Alain Mabanckou

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Le dernier récit de A. Mabanckou ne semble pas avoir été apprécié comme les précédents, par le public français, si j’en crois l’article de Christine Rousseau dans Le Monde.
Moins brillant certes. Pas d’effets de style comme dans Verre Cassé, pas de descriptions pittoresques comme dans Black Bazar.
Il se présente comme une autobiographie. Encore une histoire d’enfant noir ! Peut-être que cela intéresse moins le public français.
Pourtant ce n’est pas le circuit habituel : la case, la famille élargie, l’eau du puits, le travail des champs, puis l’école du blanc, nos ancêtres les Gaulois, les succès scolaires et le départ pour l’Europe.
Avec Mabanckou, c’est « Arrêt sur image » de la vie d’un garçonnet de dix ans. Pendant une année entière. Enfant unique et choyé de parents déjà instruits ; le père est réceptionniste dans un grand hôtel. La mère a son certificat d’étude. Elle est belle, coquette, sévère, et excellente cuisinière.
Le petit Michel grandit entre les discours anti-capitalistes de son père et la dévotion de son oncle à la trinité Lenine, Marx, Engels. Au Congo Brazzaville c’était l’époque de Marien Ngouabi dont les efforts pour installer en Afrique un Etat communiste furent parmi les plus sérieux. Il dura tout de même presque 10 ans, en comptant à partir de Massemba Debat.
C’est la première fois qu’un écho de cette période atypique de la politique africaine nous parvient par le truchement d’un écrivain de ce pays. Rien à voir avec la caricature du système que le Somalien Nurrudinh Farah décrit dans Du lait aigre-doux.
Le communisme congolais n’avait rien de terrifiant et si le jeune Michel y apprend les notions de bien et de mal à travers les catégories de pauvre et de riche, il semble que ne soit pas condamnée pour autant la belle maison et la belle voiture de l’oncle, gros commerçant.
Le matérialisme historique n’a pas non plus éliminé les croyances locales, ni la religion chrétienne, bien qu' »opium du peuple » soit devenu l’injure préférée de la mère de Michel.
Quant à l’école, Michel en parle peu, ça ne l’a pas tellement intéressé et il est un élève très moyen.
Mais il y rencontre Caroline. Ah ! Caroline, 10 ans, aussi, premiers émois, premiers chagrins. Avec Caroline il découvre la séduction, la jalousie, les caprices féminins, la rancune, l’espoir, la joie des retrouvailles. Bref tout le parcours de la carte du Tendre.
En contrepoint de ce chant d’amour juvénile, Michel évoque la deuxième femme de son père et ses sept enfants qui habite de l’autre côté de la ville. Et la souffrance de sa mère de n’avoir eu qu’un seul fils ; et les mille remèdes employés pour en avoir d’autres. L’intervention d’une voyante en rendra Michel mystérieusement responsable de cette stérilité maternelle.
Comment ce dernier sortira de ce piège bizarre, je ne le dirai pas
Ce récit se laisse lire aisément. Le narrateur c’est Michel et donc Mabanckou adapte son niveau de langue en conséquence. Le procédé est connu, et ici, comme chez Kourouma par exemple avec le gamin de son roman Allah n’est pas obligé, il en résulte une certaine lassitude sur la longue durée.
L’ouvrage aurait gagné à s’alléger d’une bonne trentaine de pages.
Mais on a aimé l’humour souriant de Mabanckou toujours efficace, et la pudeur des gestes comme celle des sentiments qui contraste avec la mode des descriptions « hard » qui régnait dans les romans de Black-métro depuis une décennie.

///Article N° : 9809

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Alain Mabanckou




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