Esperanza

De Esperanza Spalding

Révélation
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Chacun doit être indigné par l’attribution du Nobel de la Paix au président d’un pays en guerre. Cependant je suis ravi, sinon rassuré d’apprendre, juste avant d’envoyer cette chronique, que nous sommes au moins deux (Obama et moi) à être fans d’Esperanza !!!
En effet, le Président des États-Unis d’Amérique du Nord a eu le bon goût de choisir cette jeune artiste admirable et quasiment inconnue pour assurer la partie musicale de sa cérémonie du Nobel.
Thank You, Barrack !
Esperanza Spalding n’a que 25 ans.
 » Fraîcheur  » est le premier mot qui vient en écoutant son deuxième cd. Le précédent, intéressant, très centré sur le style afrocubain, était passé un peu inaperçu. Cette fois, c’est sûr, Esperanza va exploser. Elle a une voix éblouissante et une technique vocale qui relèguent aux oubliettes bien des chanteuses  » jazz  » surévaluées de sa génération. Elle n’en fait jamais trop, elle est très expressive et sa spontanéité désarçonne même les meilleurs instrumentistes, y compris Donald Harrison, ex-saxophoniste prodige des Jazz Messengers.
Pourtant Esperanza n’est chanteuse qu’accessoirement ! Dur à croire quand on écoute ses sublimes versions du  » Ponta de Areia  » de Milton Nascimento ou du  » Samba Em Preludio  » de Baden Powell, qui servent d’ouverture et de conclusion à cet album. Cependant, le chant, même si elle le maîtrise à un rare degré de perfection, n’est pour Esperanza qu’un second moyen de s’exprimer.
Elle est d’abord contrebassiste. Le jazz n’a pas connu beaucoup de femmes qui maîtrisent aussi bien cet instrument, le plus encombrant et difficile à manier qui soit. Esperanza est aussi une vraie virtuose de la guitare-basse électrique : là aussi, peu de références féminines.
Esperanza n’a que 25 ans. Poussée par un admirateur inconditionnel (le guitariste Pat Metheny) elle est vite passée du statut d’élève à celui de prof de basse au Berklee College of Music de Boston. On a vite compris pourquoi, dès le second morceau de ce disque !
Au New Morning (le plus grand club de jazz parisien), face à un public ébahi, dont j’étais, Esperanza naviguait avec une aisance et une grâce hallucinantes entre sa voix aiguë et ses deux basses, acoustique et électrique. Elle est aussi, depuis longtemps, fidèle à deux amis musiciens qui forment avec elle un fantastique trio : Leo Genovese (piano) et Otis Brown (batterie).
Esperanza a eu (comme le jazz) une origine compliquée : afro-américaine, amérindienne, européenne, hispanique, tutti quanti.
Elle chante aussi bien en anglais qu’en espagnol ou en portugais. Élevée par sa mère célibataire – ouvrière dans un ghetto de Portland (Oregon) – elle a été gravement malade dans son enfance, et c’est en écoutant le violoncelliste coréen Yo Yo Ma qu’elle a basculé vers la musique. Elle est rayonnante, talentueuse, très belle, très swing.
Écoutez ce cd et retenez son nom, qui est sûrement celui d’une grande dame de la musique du XXI° siècle : Esperanza n’a encore que 25 ans.

Esperanza, Esperanza Spalding (HeadsUp / Socadisc)///Article N° : 9094

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