La Vénus hottentote sur la scène contemporaine,

Ou le théâtre en question (1)

Comment, au théâtre, dans le lieu privilégié de mise en scène et de monstration des corps, dénoncer, sans toutefois la reproduire, l’exhibition du corps telle qu’elle s’est pratiquée durant la période coloniale dans les zoos humains, contribuant ainsi à réduire l’identité de l’Autre à ses particularités physiques, et à installer en France et en Europe un racisme durable ? Comment mettre en scène le corps pour qu’il soit regardé non comme une altérité radicale – bête de foire ou animal de cirque – mais, pour reprendre une expression de Denis Guénoun dans L’Exhibition des mots, comme un « fragment altéré de soi » (2) ?

Telle est la question soulevée par deux auteurs dramatiques contemporains de la diaspora africaine : Suzan-Lori Parks et Koffi Kwahulé. Leur écriture est habitée, de manière plus ou moins manifeste, par l’histoire du peuple noir, pour en témoigner, mais aussi pour tenter de comprendre et de déconstruire, par le théâtre, les mécanismes de cette violence particulière, issue d’une construction historique et culturelle du regard : le racisme. L’histoire de la Vénus Hottentote est à cet égard paradigmatique. L’Afro-Américaine Suzan Lori-Parks, en 1997, dans Venus (3), adapte pour la scène le parcours tragique de Saartjie Baartman. Dans Misterioso-119 (4) (2005), l’auteur d’origine ivoirienne Koffi Kwahulé, en revanche, ne fait aucune référence explicite à la Vénus noire. La pièce peut pourtant se lire comme une r...

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