Les Afriques en ondes musicales

Entretien de Caroline Trouillet avec Soro Solo

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Après avoir animé pendant 10 ans, avec Vladimir Cagnolari, l’émission l’Afrique enchantée sur France inter, le journaliste Soro Solo continue l’aventure seul depuis un an. l’Afrique en solo, diffusée chaque samedi à 22h, raconte les actualités de l’Afrique et ses diasporas, la musique comme support.

Afriscope. L’Afrique en solo est aujourd’hui le seul créneau dédié à l’Afrique sur France Inter. Quel visage musical du continent donnez-vous à écouter ?
Soro Solo. L’Afrique en solo est effectivement la seule émission, sur une radio généraliste française, entièrement dédiée à l’Afrique. Depuis son origine, lorsque nous avons créé l’Afrique enchantée, l’objectif de l’émission est de raconter l’Afrique autrement que par le prisme dramatique à travers lequel la plupart des médias l’évoque. les Français ont en général une faible connaissance du continent. Encore aujourd’hui, nombre de personnes me disent « tu parles africain », comme si l’Afrique était un pays. Donc nous racontons les Afriques dans leur diversité, dans leurs diasporas, et nous le vivons comme une véritable mission. Cette saison par exemple, une émission l’Afrique c’est chic abordera tout le contemporain du continent.
La plage horaire de l’émission, 22-23h, suppose maintenant une programmation musicale.
La ligne éditoriale de France inter suppose en effet davantage de musique sur cette tranche horaire. Dans L’Afrique enchantée, qui était diffusée de 17h à 18h, le plus grand volume de programmation musicale a été 6 disques. Aujourd’hui, je peux aller jusqu’à diffuser 12 disques. La musique est un document qui vient compléter mes contenus. Par exemple si je veux parler des politiques menées en Afrique pour lutter contre le Sida, je vais diffuser une chanson de Franco, du tout puissant OK Jazz. C’est une tradition artistique en Afrique; la musique raconte le passé, le présent et le futur.
Le ton engagé, du non politiquement correct, a toujours été la signature de vos émissions.
Oui, nous estimons que c’est notre devoir de mettre le doigt sur ce qui nous apparaît comme de la désinformation. Je me sens totalement libre d’avoir ce ton et de toucher à des points sensibles, de haute portée politique. Cette liberté s’appuie sur un dogme éthique, journalistique. Tout ce que nous affirmons doit être vérifié et vérifiable. Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres. Dans ce sens, des émissions seront consacrées cette saison aux élections présidentielles en Afrique notamment, et à l’enjeu du réchauffement climatique.
Quelle connaissance avez-vous du public qui écoute L’Afrique en solo ?
France inter n’est pas particulièrement écouté par les Africains, y compris les Français d’ascendance africaine. Pour ces derniers, la chaîne est très franco-française, ils vont écouter plutôt RFI ou Africa n°1. Donc, c’est important d’aller chercher ces personnes là où elles sont. Si je programme un artiste comme MHD par exemple, un jeune né en France qui s’appuie sur ses racines africaines pour faire de l’afro-trap, la génération des 20 ans peut être sensible à l’émission. Je vais beaucoup dans les foyers de travailleurs migrants aussi, pour trouver des sujets. Je dois garder mes antennes allumées comme une sentinelle, être à l’écoute. C’est une politique de petits pas.

///Article N° : 13741

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