Les deux derniers films du Sénégalais Djibril Diop Mambéty sortent groupés le 6 octobre dans les salles françaises. Nous avons déjà publié une analyse admirative de La Petite vendeuse de soleil dans Africultures 18. Le Franc, son précédent film, n’en est pas moins une merveille.
» L’été où j’ai tué mon père, j’avais dix ans « . Eve explore sa mémoire et raconte ses dix ans : une famille qui essaye de survivre malgré les infidélités répétées du père. Dans sa tentative de comprendre, Eve se rapproche de sa tante, un medium qui lui révèle sa capacité à se relier au monde spirituel. Le drame se nouera quand, ne pouvant maîtriser son secret, elle contactera une sorcière vaudou. Le film tente d’exploiter les bayous de Louisiane, bras morts des méandres du Mississipi où la mousse végétale drape les arbres, pour conférer à cette quête culturelle une atmosphère mystérieuse, mais…
Le pari des rencontres Cinémas du Sud de Gindou (les 15ème cette année) est de proposer des films du Sud au spectateur occasionnel comme à un public averti. Pas de compétition mais un prix du scénario et des séances de courts métrages dans les écoles toute l’année. Fête et convivialité font la qualité de ces rencontres d’été en milieu rural qui ont su se faire un nom bien au-delà du Lot. La programmation, très ouverte aux cinémas d’Afrique, prévoyait de débuter la nuit du cinéma par la projection de Pièces d’identité de Ngangura Mweze (RDC, prix du Fespaco, cf. critique…
» Certains personnages de notre vie sont le fruit de notre imagination « , dit un voix-off tandis que la caméra épouse la cime des arbres en descendant le fleuve. » Il était une fois ma propre histoire… » Elle commence par la fuite sur le fleuve, alors que l’Ekuya, génie malfaisant de la forêt, vient de tuer le père et d’incendier la case. La jeune fille sera recueillie par une femme qui l’appellera Owanga, » la lueur de l’aube « . Une relation maternelle se met en place mais, traumatisée, comme le Wend Kuuni de Gaston Kaboré, Owanga ne parle pas. Elle ne retrouvera la parole qu’en…
Je me souviens qu’une fois, interrogée sur le pourquoi de sa relation avec l’Afrique, Laurence Attali avait répondu : » une histoire d’amour, bien entendu « . C’est ce que nous raconte Même le vent… sur un mode subtil : ce court dédié » à mon ange gardien » mêle admirablement rencontres et poésie pour dire l’amour d’un pays, le Sénégal, et de sa langue, le wolof, » une langue que j’ai l’impression de comprendre « . Placé d’emblée sous le signe de Djibril Diop Mambety qui ne cessait de se demander où va le vent, il lui empreinte cette parodie ludique qui fait par exemple qu’après avoir parlé de…
Entretien d'Olivier Barlet avec Jean-Claude Crépeau
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Africultures | Entretien
Les structures de l’aide aux cinémas d’Afrique sont en plein bouleversement. Pour mieux les cerner, nous inaugurons ici une série d’entretiens avec les responsables des principaux guichets.
Vous mêlez volontiers dans votre film fable et réalité. J’ai voulu raconter une histoire populaire telle que je l’ai entendue de ma mère ou de ma grand-mère dans mon village du sud de l’Egypte. Le mélange de la fable et de la réalité est essentiel dans l’histoire populaire. Il permet l’envol de l’imaginaire : l’imagination vient interpréter le réel d’une manière très profonde. Je voulais que dans mon film l’imaginaire ait une grande place dans la description du réel, afin d’arriver au fond des choses. Dans les histoires populaires, les portes parlent, les animaux volent J’ai cependant dû me restreindre pour…
Le film vibre d’une musique endiablée signée RZA, un des neuf membres du Wu Tang Clan, le célèbre groupe de rap new-yorkais. Ce n’est pas un hasard : le personnage du samouraï joué par Forest Whitaker allie maîtrise de soi et respect des traditions, à l’image des héros du rap américain. Sa corpulence ne gêne en rien son angélique légèreté et son personnage de macho noir tuant à qui mieux mieux les méchants gangsters est un de ses meilleurs rôles depuis son interprétation de Charlie Parker dans Bird de Clint Eastwood. Il est l’occasion pour Jarmusch de continuer son programme : donner…
Fallait-il adapter aujourd’hui le célèbre livre d’Alan Paton où le pasteur noir Kumalo se rend à Johannesburg pour y découvrir que sa sur se prostitue et que son fils a participé au meurtre du fils de son voisin blanc, propriétaire terrien favorable à l’apartheid ? Il était difficile d’échapper à la lourdeur des scènes lacrymogènes et à l’ambiguïté d’une histoire orchestrant finalement la mansuétude du Blanc. Musique sirupeuse, décors de carte postale et pesanteur de la mise en scène déservent un film que certains passages réussis n’arrivent pas à sauver. Même si l’on résonne au mélodrame, on ressort la bouche pâteuse…
Burkina Faso, Kokologho, à 40 km de Ouaga, le 14 juillet 1999. Dani Kouyaté réalise La Légende de Wagadu, inspiré d’un mythe fondateur du 7ème siècle où un Dieu-serpent offre la prospérité en échange du sacrifice rituel de la plus jolie fille vierge du pays. Dans la scène en cours de tournage, la foule médusée doit regarder Sia (Fatoumata Diawara) s’éloigner du palais. Durant la répétition, Sia avait un pagne autour de la poitrine, mais pour la mise en boite, elle la découvre. L’embarras envahit la foule. Sotigui Kouyaté essaye de le dissiper : » Les jeunes célibataires sont heureux : ils sont…
Entretien d'Olivier Barlet avec Roger Gnoan M'Bala
Paris, juillet 1999
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Africultures | Entretien
Concernant l’esclavage et la traite, c’est l’écran noir : le cinéma occidental ne touche pas à » la chose « . Du côté français, c’est le désert. Les Amériques noires, par contre, s’y sont attelées du Nord au Sud, dans le souci de reconstituer un passé disloqué et de se réapproprier des codes culturels (cf : Cinéma, un retour vers le futur, Africultures n°6 : L’esclavage aboli ?). Côté africain, le sujet est pratiquement inabordé. C’est surtout le Mauritanien Med Hondo qui se démarque (cf. entretien à propos de Watani in : Africultures n°7), sans oublier Asientos, la passionnante réflexion du Camerounais François Woukoache…
Commentaires très personnels sur la 52ème édition du célèbre festival
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Olivier Barlet | Reportage/festivals
Cette année encore, l’Afrique était peu présente dans la sélection officielle. Pourtant, Un Certain Regard avait choisit un peintre sénégalais pour illustrer son affiche, Assane N’Doye, qui a adapté pour le festival son uvre Le Reflet. Le cinéma ne lui était pas étranger : il avait été chef décorateur du Mossane de Safi Faye présenté dans la même sélection en 1996. C’est Youssef Chahine, (couronné pour l’ensemble de son uvre il y a deux ans avec le prix du cinquantenaire au moment où il présentait Le Destin) qui l’a ouvert avec son 36ème film en près de 50 ans de cinéma,…
L’émotion. Pas de celle qui fait pleurer mais de celle qui fait vibrer. Car ces vieux musiciens cubains ont la sérénité de leur musique et qu’il s’en dégage une extraordinaire puissance. De ces musiciens magnifiques comme de leur magnifique musique. Réalisé à l’occasion de l’enregistrement (sous la houlette de Ry Cooder qui avait enregistré Talking Tombouctou avec Ali Farka Touré) du premier disque d’Ibrahim Ferrer, une jeune chanteur de 72 ans, le film mêle habilement trois lieux et trois moments (Cuba, le concert d’Amsterdam et celui de New York) auxquels correspondent trois images tournées par trois chefs opérateurs différents. Il…
La première image est fulgurante : un homme court dans le désert que la caméra centre au pied de ce qui pourrait être une montagne sacrée. Il suit une odeur, celle du lieu d’où il provient. » Si tu ne suis pas ton odeur, tu en meurs étouffé « , lui dira l’esclave noire, mémoire du grand-père et gardienne de l’ordre des choses, qui l’attend depuis des décennies. Tout est déjà dit : ce film est à sentir par le nez comme par le coeur. Il a l’odeur du désert et des cultures populaires du sud de l’Egypte, à 1000 km du Caire. Il a…
L’incertitude semble se lever sur l’avenir de la cinémathèque du ministère de la Coopération qui gère la diffusion de centaines de films d’Afrique auprès des festivals et associations. Comment, sans l’Audecam, voir ces films invisibles ? Le ministère semble être conscient de l’importance de la demande, notamment en France. La cinémathèque serait préservée au sein d’une structure issue de la fusion de la centrale d’achat Audecam, de l’ADPF (association pour la diffusion de la pensée française) et du CLEF (club des lecteurs d’expression française, éditeur de la revue Notre Librairie). Une nouvelle rassurante alors même qu’Afrique en création n’a plus pour…
Un festival, c’est un choix : on montre un maximum de films mais on risque de lasser par des films moyens ou bien on ne sélectionne que quelques films à la qualité assurée et on met l’accent sur la rencontre. Les 15èmes journées africaines et créoles de Montréal, festival annuel remarquablement organisé et convivial, montraient cette année quelque 170 films, faisant clairement le premier choix. Ce genre de rendez-vous a son importance : elles étaient l’occasion de voir des films invisibles comme les productions créoles, anglophones, canadiennes ou autres, et une série de films de télévision du monde entier. Tout cela est…
Un fil à tiroirs. C’est ainsi que se définit elle-même cette passionnante pérégrination à Ndjaména d’un réalisateur revenu au pays après avoir appris le décès de sa mère. Pèlerinage d’un cinéaste qui ne lâche pas sa caméra, le film se fait vite réflexion sur le cinéma : comment filmer la vie ? Il s’y essaiera en doublant le regard : celui du film, caméra invisible, et celui de sa propre caméra, image vidéo en noir et blanc. Le procédé n’est pas neuf ; il permet l’irruption d’un autre temps du cinéma, celui de l’improvisé et de l’amateurisme face au prévu et au professionnel. De…
Les massacres en Algérie laissent survivre des enfants terriblement traumatisés par la vision du meurtre de leur famille. Leu témoignage est poignant et accablant. L’arc en ciel éclaté, de Belkacem Hadjadj (52′) illustre, comme son nom l’indique, l’éclatement affectif et psychique que subissent ces enfants. Un peintre, Djamal Merbach, leur propose de peindre collectivement une fresque partagée en deux niveaux : le bas sera la nuit de l’horreur, le haut » la vie après le terrorisme « . L’émotion est à son comble lorsqu’aux dominantes rouge-sang et noires du bas succèdent les couleurs de la paix. Un magnifique travail de deuil permettant aux enfants…