entretien d’Olivier Barlet avec Aboubacar Sidiki Soumah

Interprète de Bandian dans Le Ballon d'or de Cheik Doukouré

Cannes, mai 2002
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Aboubacar Sidiki Soumah revient sur sa chance d’avoir pu tourner « Le Ballon d’or » et ce que cela change pour un jeune d’être acteur dans un film.

Comment as-tu pu tourner le Ballon d’Or ?
C’était un coup de chance ! Quand Cheick Doukouré et son équipe sont passés en Guinée dans les écoles pour chercher des acteurs, je n’étais pas là : je n’étais pas bien et j’étais resté à la maison. Le directeur de mon école leur a dit qu’il avait un élève qui jouait très bien et qu’ils pourraient le voir le lendemain. Il m’a appelé et je suis à venu à l’école spécialement pour ça. Ils sont arrivés avec une caméra et m’ont sélectionné avec trois autres jeunes comme moi. Ils ont fait une présélection d’une cinquantaine de joueurs sur laquelle ils en ont pris 22 puis 4 pour le film. Nous ne savions pas qui serait l’acteur principal. Comme j’étais le plus jeune, ce fut moi.
Quel était le critère pour être sélectionné ?
Il fallait un moins de douze ans qui savait jouer au foot et savait s’exprimer, même s’il ne comprenait pas ce qu’il disait !
Tu as eu l’occasion de tourner d’autres films ensuite ?
Je viens de jouer dans un film mais seulement dans la partie guinéenne alors que la majorité se déroule en France : Paris selon Moussa. C’est un bon film plein d’humour !
Penses-tu que tu pourras continuer à jouer ?
Je pense que je pourrai plonger plus tard mais je voudrais devenir footballeur, cinéaste si ça peut marcher, et plus tard journaliste-reporter sportif.
Cela fait beaucoup de projets !
Je voudrais bien les atteindre !
C’est lequel qui te tient le plus à cœur ?
Le foot, et après le cinéma.
Tu voudrais revivre le film ?
Oui, je voudrais passer du rêve à la réalité !
C’est dur de revenir à la réalité après un film comme ça !
Oui, le film est différent de la réalité. Il faut se battre pour avoir ce qu’on veut. J’ai déjà fait un essai à St Etienne en France, et je vais aussi me tester dans d’autres clubs.
Pourquoi vouloir être reporter sportif ?
Il y en a beaucoup qui n’ont pas l’expression facile : c’est décourageant.
Le film a tourné partout et est passé à la télé : ça a changé tes rapports avec tes copains ?
Quand je venais de finir le film, j’étais un héros ! J’avais des fans partout et tout le monde voulait être à côté de moi ! Au fil du temps, ça s’est calmé. Chez nous, on considère les gens comme ils sont : le succès ne dure pas. Moi, ça ne me prend pas la tête. J’arrive à maîtriser, à vivre comme je suis.
Le succès est de toute façon éphémère.
C’est une chance, c’est agréable. Je voudrais que ça se multiplie pour représenter mon pays, et même l’Afrique.
Dans le foot, on est facilement acheté par des clubs français.
Il faut sortir pour être vu et montrer son talent. Les moyens sont trop faibles en Afrique pour lancer des joueurs et leur permettre d’avoir les récompenses internationales.
Vous avez continué une relation après le film avec Cheik Doukouré ?
Oui, il est un peu comme mon papa : on est tout le temps ensemble quand il est là. Et il a fait appel à moi pour son nouveau film, même si c’est un petit rôle.
Tu poursuis des études ?
J’ai passé mon brevet et je dois faire mon lycée. Je voudrais devenir reporter. J’ai dû arrêter car mes parents sont pauvres. Je me suis donné à fond dans le foot pour trouver des revenus pour leur venir en aide. Mais j’aimerais bien reprendre maintenant.

///Article N° : 2735

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