Lylian Kesteloot vue par Philombe

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Lylian Kesteloot-Lagneau était professeur de lettres à l’école normale supérieure de Yaoundé. Femme de lettres de nationalité belge francophone, elle s’intéressa avec un soin quasi-maternel à la promotion de notre jeune littérature. C’est surtout grâce à son contact amical que bon nombre des membres de l’APEC prirent connaissance des grandes figures de la négritude : Senghor, Césaire, Rabemananjara, David Diop, Alioune Diop, Léon Gontran Damas. Elle leur tenait de véritables cours en leur expliquant ces auteurs encore mal connus d’eux. Voici ce qu’elle a pu écrire en 1962 en préfaçant une première anthologie :
« Cette anthologie donne un coup de sonde dans la chair même du Cameroun. Elle en prend la température littéraire, elle en mesure les possibilités créatrices et els possibilités créatrices, ici, surabondent. Faites-nous confiance ».
Mme Kesteloot-Lagneau avait vu juste. Aujourd’hui, ses paroles acquièrent une dimension prophétique. Dans L’anthologie négro-africaine, elle a réservé une place de choix à notre pays. En outre, elle est l’auteur de Neuf Poètes camerounais, premier ouvrage de large diffusion de la poésie camerounaise. Parlant de la situation africaine sur les brûlis laissés par la colonisation, elle écrit :
« Mais tout comme le sol, là où on l’a trop souvent brutalement défriché la fertilité tarit, et ce n’est que le travail et la patience qui feront pousser des fleurs nouvelles ». On a envoyé les enfants noirs à l’école des blancs. On a débroussé, brûlé, saccagé le foisonnement de leur patrimoine ancestral et la culture européenne n’a produit que des fruits maigres. C’est pourquoi nous sommes profondément heureux de présenter aujourd’hui les jeunes pousses vertes de la nouvelle poésie camerounaise. C’est le signe qu’il se passe quelque chose dans ce pays ; sa jeunesse ébranlée, stérilisée par la période coloniale, retrouve son dynamisme ; parce qu’elle retrouve sève et racine en renouant avec son passé culturel, en refusant l’assimilation étrangère, sans abdiquer pour autant à ses besoins de progrès et de connaissances modernes. Difficile équilibre certes ! Ces poètes nous détaillent, de la violence à l’angoisse : de l’espoir à la nostalgie, les mille nuances d’une sensibilité suraiguë, d’une expérience disparate et souvent douloureuse d’aspirations multiples ».

R. Philombe, in Le Livre camerounais et ses auteurs.
Lylianne Kesteloot, in Neuf Poètes camerounais, pp. 5 et 6, Ed Clé, 1971.///Article N° : 4183

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