Et les crinières repoussent

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Les Nokos nous doivent-ils encore quelques choses ou pas ?
Déjà je m’insurge contre moi-même, contre ce moi intérieur qui continue à les appeler mes Nokos. Je ne sais pas pourquoi cette marque de filiation, cette familiarité et ce mot paternaliste dépendantriste continue à s’accrocher à mes lèvres.
Naïve tentative d’assimilation, intégration farfelue ou encore bête nostalgie infructueuse, je n’en sais rien. Tout ce que je sais ce qu’elle ne paie pas, n’a pas payé et ne payera peut être même jamais, je crois que c’est ça !

Oh mon Dieu, qu’est-ce que j’entends ! La grande tante Musula, mais merde ! Pourquoi ma bouche s’entête-t-elle à dire tante ? C’est peut-être parce qu’elle sait que c’est pour la dernière fois que j’utilise ce vocable de famille.
Quoi que l’on dise c’est une tante par cachet historique, même si cette moins vielle histoire semble ne jamais intéresser cette soit-disant famille éloignée avec qui nous avons en commun une tragique histoire exsangue et déséquilibrée.
Hier encore, le choc se lisait sur les visages de Yaya ainsi que tous les frères ayant décidé d’émigrer chez les Nokos.
Ahhh ! Voilà le mot émigré OH que dis-je, immigré chez les Nokos.
Yaya, tu m’as fait tellement rire, oui je t’ai vu toi, ma grande sœur, être choquée d’apprendre que ton oncle par défaut n’acceptait nullement de donner une place d’immortalisation à ton frère Pas-triste. Mais arrête, qu’est ce que tu croyais Yaya ?
Arrête de rêver, on ne va pas refaire le monde, quel est cet oncle qui acceptera d’ériger dans son salon ne fût-ce que sur un coin perdu de sa magnifique salle à manger les traits d’un ex-neveu, qui criait haut et fort que la parcelle appartenait à notre père et que nous autres, étions et sommes les héritiers légaux et légitimes.
Qui acceptera d’éterniser la tronche de son Zabolo, dit moi ? Celui-là qui pendant plusieurs années représentait pour eux le danger, le diable ? Ne rêvons pas !
Ma mémoire, elle, n’oubliera jamais le visage de ce maçon de la mort, ricanant avec arrogance et sans remords aucun, fier de sa bâtisse maléfique. « Oui c’est moi qui lui ai arraché les dents et les ai gardées dans mon tiroir… » que croyait-il, qu’il allait ressusciter comme le christ, foutaise ! Non Jésus est un de nôtre, Dieu c’est notre père, pas le leur, c’est nous qui leur avons apporté la Bible !
Non arrêtez de vous faire du mal, de nous faire du mal, personne n’a envie de réveiller les vieux démons, la crise frappe déjà de plein fouet la maison. Le bateau a été sans capitaine de bord près de 500 jours ! Alors foutez-nous la paix avec votre sculpture de réparation historico machin
C’était une tentative à perte, cette demande était vouée à la négation
Seule La parcelle du père intéresse l’oncle pas ses enfants, pas ses fils tu ne le sais que trop bien.
Mais vous êtes indépendants ! Oui vous les enfants et çà depuis plus de cinquante-trois ans, nous vous l’avons rendu avec à la clef l’article 15 « débrouillez-vous ».
Alors ne venez plus nous faire chier avec vos famines, malaria, frais de scolarisations et autres besoins primaires !!! Regardez dans quel état vous avez rendu la parcelle !!!
Soyez maintenant fiers de vos actes
Lopango nde !
Là au moins nous pouvons entamer une discussion autour des maïs, des mangues de joailleries, des safus industriels, des papayes extractives, des patates douces, des lingots de maniocs jaunes, des puits d’ignames rouges, des kilos d’arachides scintillantes, des racines de pétrole, des criquets de cobalts, ou encore des pelouses de zinc, là ça va !

Yaya ! La tante Musula est arrivée hier, pour annoncer que chez eux là-bas, oui où vous êtes vous, que nos bâtards des gosses viennent trop déranger votre royal sommeil. Qu’est ce qu’ils croient dites-leur de rester ici dans votre chaleur négrière et bestiale, dans votre enfer préfabriqué et entretenu par tous, vous y compris, ça commence en faire trop, nous ne sommes pas Lampedusa, sinon vos enfants là, je vous les renverrais par colis. Faites en ce que vous voulez, trouver leur la bouffe vous-même ; mais surtout qu’ils ne foutent pas leurs sales pattes chez nous, Merde !
Oh honte à nous fils de mon père et de ma mère, fils de Nzinga Nkuvu et de Shamba Bolongongo
Descendants des hommes léopards, peuple de dignité et de divinités célestes,
Voila à quoi tu es réduit, à faire le rat dans les égouts des autres, à raser les murs comme des chats sorciers errants miaulant de tout bord à la recherche d’une femelle vie en chaleur, pleurnichant comme des crevards de l’humanité
Mais non bon sang ! Nous ne sommes pas les paillassons de l’humanité, Merde
Nettoyons notre parcelle et clôturons-la, puis bâtissons la maison…
Oh My God ! Même le voisin qui quémandait jadis nos papayes pour nourrir sa famille nombreuse, se permet aujourd’hui d’insulter la mémoire de notre mère et de notre père… Il s’arroge le luxe de venir cueillir sans crainte nos mangues que défunt père a eues à planter dans sa vigoureuse et battante jeunesse… Toutes les raisons sont aujourd’hui aux yeux du monde valables pour lui ; parce que soit disant les moustiques de son clan seraient logés dans cet arbre familial !
Insecticide ou pas il viendra quand il veut, tant que cet arbre continuera à faire ombrage dans sa minuscule de parcelle
Yaya ! Chose inimaginable, la grosse tante a pu venir jusqu’à Kinsuka dans notre parcelle familiale près du fleuve,
Parcelle dont les bananiers construisirent sa baraque à la Gombe, dont les cannes à sucres permis de climatiser ses toilettes,
Parcelle dont les mains coupées servir à orner son palais, à gonfler ses poches et vulcaniser ses pneus pour qu’il roule carrosse,
Venir jusqu’ici dans notre parcelle chez nous, nous dire que nous venons en trop là-bas ; c’est de l’amnésie provocatrice !
Ooo peuple dompteur de léopards assurément nous avons perdu notre tacheture et notre dignité, nous sommes devenus des félins édentés et dépigmentés, transformés en toutou de cirque !
Qui sommes-nous, que sommes nous devenus sinon des hommes incapables de défendre nos terres et nos mères, nos femmes et nos sœurs ! Nous n’avons qu’à nous castrer, ça ne nous sert plus à rien ce phallus de dignité mâle
Oui ! Impuissants sommes-nous tous devenus, nous mâles de la parcelle ? Non je ne crois pas ! Toutes les cartes ne sont pas jouées !
Dites à la tante Musula qu’elle nous saoule, elle n’a qu’à remettre toutes les photos de papa, les fourchettes de pépé, la casserole de grand-mère et les tabourets de mfumus qu’elle garde dans sa chambre à visite de Tervuren, merde !
On ne culbute pas un lion, bon sang ! On ne sodomise pas un léopard nom de Dieu !
Non jusqu’où tante vas-tu nous humilier ?
Regarde-toi bien dans la glace, relis l’histoire, tu verras bien que le cuivre qui te sert de poignet de ta chambre à coucher provient des entrailles de la parcelle de mon père…
Une chose est sûre c’est que le ciel n’aura jamais de couverture ; alors tôt ou tard il pleuvra, puis il neigera, puis le soleil sera à son comble et éclairera à nouveau nos esprits
ET ALORS tous les lionceaux auront des crinières et les petits fils de léopard des tachetures, et le règne de lions reviendra sur le trône !
Nous sommes de Simba, fils de Mufasa,
Je suis Rafiki, au fond des nuits profondes de nos âmes ; je crie de toutes mes forces à mon peuple… N’oublie pas qui tu es… n’oublie pas qui tu es… n’oublie pas qui tu es.

Munich – novembre 2013///Article N° : 11892

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